QUATRIÈME EXPÉRIENCE
Je fis peser dans l'air s l’eau trois morceaux de ces pierres, . comme l'on voit, avaient subi la plus grande chaleur qu'elles pussent éprouver sans se réduire en chaux , et j'en comparai la pesanteur spécifique avec celle de trois autres morceaux à peu près du même volume , que j'avais fait prendre dans d'autres quartiers de cette même pierre qui n'avaient point été employés à la construction du fourneau, ni par conséquent chauffés , mais qui avaient été tirés de la même carrière neuf mois auparavant , et qui étaient restés à l'exposition du soleil et de l'air, Je trouvai que la pesanteur spécifique des pierres échauffées à ce grand feu pendant cinq mois avait augmenté ; qu'elle était constamment plus grande que celle de la même pierre non échauffée, d’un 8Le sur le premier morceau , d’un 90e sur le second, et d'un 85e sur le troisième: donc la pierre chauffée au degré voisin de celui de sa calcination gagne au moins un 86+ de masse À au lieu qu'elle en perd trois huitièmes par la calcination , qui ne suppose qu'un degré de chaleur de plus. Cette différence ne peut venir que de ce qu'à un certain degré de violente chaleur ou de feu , {it l'air et tout l'eau transformés en matière fixe dans de pierre repre leur première parure D leur élasticité, volatilité, et que dèslors ils se dégagent de la pierre et s'élèvent en vapeurs , que le feu enlève et entraîne avec lui. Nouvelle preuve que la pierre calcaire esten très-grande partie composée d’air fixe et d’eau fixe saisis et transformés en maüière solide par le filtre animal,
Après ces expériences , j'en fis d'autres sur cette même pierre échauffée à un moindre degré de chaleur, mais pendant u temps aussi long; je fis détacher pour cela trois.
morceaux de parois extérieures de la lunette de la tuyère dans un endroit où la chaleur était à peu près de 95 degrés , parce que le soufre appliqué contre la muraille s’y ramollissait et commençait à fondre, et que ce degré de chaleur est à très-peu près celui auquel le soufre entre en fusion. Je trouvai, par trois épreuves semblables aux précédentes, que cette même pierre, chauffée à ce degré pendant cinq mois , avait augménté en pesanteur spécifique d'un 65e, c'est-à-dire de presque un quart de plus que celle qui avait éprouvé le degré de chaleur Voisin de celui de la calcination ; et je conclus de cette
différence que l'effet de la calcinatïon commençait à se préparer dans la pierre qui avait subi le plus grand feu, au lieu que celle qui n'avait éprouvé qu’une moindre chaleur avait conservé toutes les parties fixes qu’elle y avait déposées.
Pour me satisfaire pleinement sur ce sujet, et reconnaitre si toutes les pierres calcaires augmentent en pesanteur spécifique
une chaleur constamment et long-temps
appliquée, je fis six nouvelles épreuves sur deux autres espèces de pierres. Celle dont était construit l’intérieur de mon fourneau , et qui a servi aux expériences précédentes , s'appelle dans le pays pierre à feu, parce qu'elle résiste plus à l’action du feu que toutes les autres pierres calcaires. Salsubstance est composée de petits graviers calcaires liés ensemble par un ciment pierreux qui n’est pas fort dur , et qui laisse quelques interstices vides; sa pesanteur est néanmoins plus grande que celle des autres pierres calcaires d'environ un 20e. En ayant éprouvé plusieurs morceaux au feu de mes chaufferies , il a fallu pour les calciner plus du double du temps de celui qu'il fallait pour réduire en chaux les autres pierres ; on peut donc être assuré ques expériences précédentes ont été faites sur la pierre calcaire la plus résistante au feu. Les pierres auxquelles je vais la comparer étaient aussi de très-bonnes pierres calcaires, dont on fait la plus belle taille pour les bâtiments : l'une a le grain fin et presque aussi serré que celui du marbre ; l'autre a le grain un peu plus gros ; mais toutes deux sont compactes et pleines ; toutes deux font l'excellente chaux grise, plus liante et plus forte que la chaux commüune , qui est plus blanche.
En pesant dans l'air et dans l'eau trois morceaux chauffés et trois autres non chauffés de cette première pierre dont le grain était le plus fin , j'ai trouvé qu'elle avait gagné un 56e en pesanteur spécifique, par l'application constante pendant cinq mois d'une chaleur d'environ 90 degrés; ce que j'ai reconnu, parce qu'elleétait voisine de celle dont j'avais fait casser les morceaux dans la voûte extérieure ‘du fourneau , et que le soufre ne fondait plus contre ses parois En ayant donc fait enleyer trois morceaux encore chauds pour les peser et comparer avec d’autres morceaux de la même pierre qui étaient res-
tés exposés à l'air libre , j'ai vu que l'un des... élevée à la ierre par la chalens 48 morceaux äyait augmenté d'un 60e, le se= L
cond d'un 62e le troisième d’un 56e, Ainsi
DES MINÉRAUX
cette pierre à grain très-fin a augmen pesanteur spécifique de près d'un tiers plus que la pierre à feu chauffée au degré, voisin de celui de la calcination , et aussi d'environ un 7e de plus que cette mêm pierre à feu chauffée à 95 degrés, c'est-à-dire à une chaleur à peu près égale.
La seconde pierre, dont le grain était moins fin, formait une assise entière de x voûte extérieure du fourneau , et je fus mais, tre de choisir les morceaux dont j'avais be:
soin pour l'expérience, dans un quartieriq avait subi pendant le même temps den mois le même degré 95 de chaleur quel pierre à feu : en ayant done fait casser ok morceaux ; et m'étant muni de trois autres qui n'avaient pas été chauffés, je trouvt que l’un de ces morceaux chauffés avaitat meénté d’un 5e, le second d'un 63°, et 1 et ro sième d'un 66e; ce qui donne pour la mesur moyenne un 6le d'augmentation en pesa teur spécifique. ju
Il résulte de ces expériences : Le querto pierre calcaire, chauffée pendant long et 1ps acquiert de la masse et devient plus pesan cette augmentation ne peut venirquedesp:
ticules de chaleur qui la pénètrent ets'yum sent par leur longue résidence , et qui dès lors en deviennent partie constituantésot une forme fixe; 20 que cette augmentati de pesanteur spécifique , étant d'un 61e d’un 56: ou d'un 65e, ne se trouve varier que par la nature des différentes pié "re s que celles dont le grain est le plus finst celles dont la chaleur augmente le plu masse, et dans lesquelles les pores étant p petits, elle se fixe plus aisément et en plu grande quantité ; 3°.que la quantité « el leur qui se fixe dans la pierre est encore d plus grande que ne le désigne ici l'augmet tation de la masse ; car la chaleur, ayant de se fixer dans la pierre, a commencé par € chasser toutes les parties humides que contenait. On sait qu’en distillant la. ier calcaire dans une cornue bien fermée, tire de l’eau pure jusqu’à concurrence dh seizième de son poids; mais, comme une € leur de 95 degrés , quoique appliquée} dant cinq mois, pourrait néanmoins produi à cet égard de moindres effets que le feu wi lent qu'on applique au vaisseau dans lequel on distille la pierre , réduisons de moitié et même des trois quarts cette quantité dem
grés ; on ne pourra pas disconvenir que | quantité de chaleur qui s'est fixée dmsn
* pARTIE EXPÉRIMENTALE.
teur acquise, I] en est de même dela dureté : après quelques mois d'exposition à l'air , les
pierre, ne soit d’abord d'un 60e indiqué par l'augmentation de la pesanteur spécifique , et encore d’un 64e pour le quart de la quantité d’eau q elle contenait, et que cette chaleur fait sortir; en sorte qu'on peut assurer, SANS craindre de se tromper, que la chaleur qui pénètre dans la pierre, lui étant appliquée pendant long-temps , s’y fixe en assez grande quantité pour en augmenter la masse tout au moins d’un trentième , même dans la supposition qu'elle n'ait chassé pen= dant ce long temps que le quart de l'eau que la pierre contenait. $ CINQUIÈME EXPÉRIENCE.
Toutes les pierres'calcaires dont la pesanteur spécifique augmente par la longue application de la chaleur, acquiérent par cette espèce de dessèchement , plus de dureté qu'elles n'en avaient auparavant. Voulant reconnaître si cette dureté serait durable , et si elles ne perdraient pas avec le temps non-seulemént cette qualité, mais celle de l'augmentation de densité qu’elles avaient acquise par la chaleur , je fis exposer aux injures de T'ar plusieurs parties des trois espèces de pierres qui avaient servi aux expériences précédentes , et qui toutes'avaient été plus ou moins chauffées pendant cinq mois. Au bout de quinze jours , pendant lesquels il y avait eu des pluies , je les fis sonder et frapper au marteau par le même ouvrier qui les avait trouvées très - dures quinze jours auparavant : il reconnut avec moi que la pierre à feu , qui était la plus poreuse, et dont le grain était le plus gros, n’était déjà plus aussi dure, et qu’elle se laissait travailler plus aisément. Mais les deux autres espèces , et surtout celle dont le grain était le plus fin, avaient conservé la même dureté ; néanmoins elles la perdirent en moins de six semaines : et, les ayant fait alors éprouver à la balance hydrostatique , je reconnus qu'elles avaient aussi perdu une assez grande quantité de la matière fixe que la chaleur y avait déposée ; néanmoins , au bout de plusieurs mois, elles étaient toujours spécifiquement plus pesantes d’un 150e
u d'un 160+ que celles qui n'avaient point
té chauffées. La différence devenant alors trop difficile à saisir entre ces morceaux et ceux qui n'avaient pas été chauffés, et qui tous étaient également exposés à Fair, je fus forcé de borner là cette expérience ; mais je suis persuadé qu'avec beaucoup de temps ces pierres auraient perdu toute leur pesan-
ouvriers les ont traitées que les autres pierres d n'avaient point été chauffées.
Il résulte de cette expérience queles particules de chaleur qui se fixent dans la pierre n'y sont, comme je l'ai dit, unies que par force ; que, quoiqu'elle les conserve après son entier refroidissement, et pendant assez long-temps , si on la préserve de toute humidité, elle les perd néanmoins peu à peu par les impressions de l'air et de la pluie, sans doute parce que l'air et l’eau ont plus d'aflinité avec la pierre que les parties de la chaleur qui s'y étaient logées. Cette chaleur fixe nest plus active; elle est pour ainsi dire te et entièrement passive : dès-lors, bien loin de: pouvoir chasser l'humidité , celle-ci la chasse à son tour et reprend toutes les places qu'elle lui avait cédées. Mais , dans d'autres matières qui n’ont pas avec l’eau autant d'aflinité que la pierre calcaire, cette chaleur une fois fixée n'y demeure-t-elle pas constamment et à toujours ? C'est ce que j'ai cherché à constater par l'expérience suivante... *
L'aussi aisément me espèce qui