‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 150 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

étant évaluées, il reste une forte présomption qu’Archimède avait en effet inventé ces miroirs , et qu'il s’en était servi contre les Romains. Feu M. Melot, que j'ai cité dans mon Mémoire , Ët qui avait fait des recherches particulières et très-exactes sur ce sujet, était de ce sentiment; et il pensait qu'Archimède avait en effet brûlé les vaisseaux à une distance médiocre, et , comme le dit Tzetzès , à la portée du trait. J'ai évalué la portée du trait à 150 pieds, d’après ce que m'en ont dit des savants très-versés dans la connaissance des usages anciens : ils m'ont assuré que toutes les fois qu'il est question , dans les auteurs, de la portée du trait , on doit entendre la distance à laquelle un homme lançait à la main un trait ou un javelot ; et si cela est, je crois avoir donné à cette distance toute l'étendue qu'elle peut comporter. |

J’ajouterai qu’il n'est question , dans aucun auteur ancien , d'une plus grande distance , comme de ‘trois stades; et j'ai déjà

dit quel'auteur qu'on m'avait cité, Diodore

de Sicile , n'en parle pas, non plus que du siége de Syracuse ; et que ce qui nous reste de cet auteur finit à la guerre d'Ipsus et d'Antigonus , environ soixante ans avant le siége de Syracuse. Aïnsi on ne peut pas excuser Descartes , en supposant qu'il a cru que la distance à laquelle on a prétendu qu'Archimède avait brûlé était très-grande , comme , par exemple, de trois stades, puisque cela n'est dit dans aucun auteur ancien , et qu'au contraire il est dit, dans Tzetzès , que cette distance n’était que de la portée du trait; mais je suis convaincu que c'est cette même distance que Descartes a regardée comme fort grande , et qu'il était persuadé qu'il n’était pas possible de faire des miroirs pour brûler à 150 pieds ; qu’enfin c'est pour cetle raison qu'il a traité ceux d’Archimède de fabuleux.

Au reste , les effets du miroir que j'ai construit ne doivent être regardés que comme des essais sur lesquels , à Ja vérité , on peut Slatuer, toutes proportions gardées, mais qu'on ne doit pas considérer comme les plus grands effetsipossibles ; car je suis convaincu que si on voulait faire un-miroir semblable , avec toutes les attentions nécessaires , il produirait plus du double de l'effet. La première attention serait de prendre des glaces de figure ‘hexagone , ou même de 24 côtés, au lieu de les prendre barlongues, comme celles que j'ai employées, et cela , afin d'a-

voir des figures qui pussent s’ajuster ensemble, sans laisser de grands intervalles , et qui approchassent en même temps de la figure circulaire. La seconde serait de faire ! polir ces glaces jusqu'au dernier degré par un lunetier , qu lieu de les employer telles qu'elles sortent derla manufacture , où le poliment se faisant par une portion de cercle, les glaces sont toujours un peu concaves et irrégulières. La troisièméattention serait de choisir, parmi un grand nombre de glaces à celles qui nneraient à une grande distance une image plus vive et mieux terminée , ce qui est extrêmement important , et au point qu'il y a dans mon mireir des glaces qui font seulestrois fois plusd'effet que d’autres à une grande distance , quoiqu’à une petite distance , comme de 20 ou 25 pieds , l'effet en paraisse absolument le même. Quatrièmement , il faudrait des glaces d’un demi-pied tout au plus de surface, pour brûler à 150 ou 200 pieds, et d’un pied de surface pour brûler à 3 ou 400 pieds. Cinquièmement, il faudrait les faire étamer avec plus de soin qu'on ne le fait ordinairement. J’ai remarqué qu’en général les glaces fraîchement étamées réfléchissent plus de lumière que celles qui le sontanciennement ; l'étamage, en se séchant, se gerce , se divise , et laisse de petits intervalles qu'on aperçoit en y regardant de près avecune loupe ; et ces petits intervalles donnant passage à la lumière ; la glace en réfléchit d'autant moins. On pourrait trouver le moyen de faire un meilleur étamage , et je crois qu'on y parviendrait en employant de l'or et du vif-argent : la lumière serait peutêtre un peu jaune par la réflexion de cet étamage; mais, bien loin que cela fit un désavantage , j'imagine au contraire qu'il y aurait

à gagner , parce que les rayons jaunes sont

ceux qui ébranlent le plus fortement la rétine, et qui brûlent le plus violemment , comme je crois m'en être assuré , en réunissant, au moyen d'un verre lenticulaire , une quantité de rayons jaunes qui m'étaient fournis par un grand prisme, et en comparant leur action avec une égale quantité de rayons de toute autre couleur, réunis par le même verre lenticulaire , et fournis, par le même prisme. | Sixièmement , il faudrait un châssis de fer ét des vis de cuivre , et un ressort pour assujétir chacune des petites planches qui portent les glaces , tout cela conforme à un mo. dèle qué j'ai fait exécuter par le sieur Cho- pitel, afin que la sécheresse et l'humidité,

DES MINÉRAUX

qui agissent sur le châssis et les vis en bois; ne causassent pas d'inconvénient , et que Je foyer , lorsqu'il est une fois formé, | re fût pas sujet à s'élargir, et à se déranger lors qu'on fait rouler le miroir sur son pivot, € qu'on le fait tourner autour de son axe pour suive le soleil. Il faudrait aussi y ajouter unt alidade avec deux pinnules au milieu e partie inférieure du châssis, afin des’assu de la position du miroir par rapport au 50 leil; et une autre alidade semblable , n Û dans un plan vertical au plan de la premièr:

pour suivre le soleil à ses différentes hautet Au moyen de toutes ces attentions, crois pouvoir assurer, par l'expérience j'ai acquise en me servant de mon mi roi qu'on pourrait en réduire la grandeu moitié, et qu'au lieu d’un miroir le si pieds avec lequel j'ai brûlé du boïs à pieds, on produirait le même effet avec miroir de cinq pieds £, ce qui n’est, comx l'on voit, qu'une très- médiocre grandi pour un très-grand effet; et de même crois pouvoir assurer qu'il ne faudrait qu'un miroir de quatre pieds 4 pour brû 100 pieds, et qu’un miroir de trois pi brûlerait à 60 pieds , ce qui est une dis bien considérable en comparaison du mètre du miroir. . “SR Avec un assemblage de petits mir plans bexagones et d'acier poli, quia plus de solidité, plus de durée que les & étamées , et qui ne seraient point sujets altérations que la lumière du soleil ait | à la longue à l’étamage, on pourrait.

duire des effets très-utiles, et qui L éd mageraient amplement des dépen: es | construction du miroir. | ER lo, Pour toutes les évaporations des salées , où l’on est obligé de com omm bois et du charbon , ou d’employe Y'a bâtiments de graduation qui coû ent ] coup plus que la construction de plusi miroirs tels que je les propose. Il né drait, pour l’évaporation des ea sa qu'un assemblage de douze miro “I d’un pied quarré chacun : la chaleur q réfléchiront à leur foyer, quoique dix au-dessous de leur niveau, et à 15 ou 164 de distance, sera encore assez grandes faire bouillir l’eau , et produire parce quent une prompte évaporation'; leur de l'eau bouillante n’estque triple chaleur du soleil d'été : et, comme flexion d'une surface plane bien m diminue la chaleur que de moitié,

Page 1