‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 155 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

plus de distance qu'on ne le voit pendant le Jour. Nous savons que du fond d'un puits très-profond l’on voit les étoiles en plein Jour (1): pourquoi donc ne verrait-on pas de même les vaisseaux éclairés des ayons soleil, en se mettant au fond d'une na. À galerie fort obscure, et située sur le bord de la mer, de manière qu'elle ne recevrait aucune lumière que celle de la mer lointaine et des vaisseaux qui pourraient Sy trouver ? Cette galcrie n’est qu'un puits horizontal qui ferait le même effet, pour la vue des vaisseaux , que le puits vertical pour la vue des étoiles ; et cela me parait si simple , que je suis étonné qu'on n'y ait pas songé. I me semble nant: pour faire l’obseryation , les heures du jour où le $oleil serait derrière WE ie, c'est-à-dire le temps où les vaisseaux seraient bien éclairés , on les verrait du fond de cette galerie obscure, dix fois au moins mieux qu'on ne peut les voir en pleine lumière. Or, comme nous l'avons dit, on distingue aisément un homme ou un cheval à une lieueyde distance, lorsqu'ils sont éclairés des rayons du soleil; et, en supprimant la lumière intermédiaire qui nous environne et offusque nos yeux, nous les verrions au moins dix fois plus loin , c'est-àdire à dix lieues : donc on verrait les vaisseaux , qui sont beaucoup plus gros, d'aussi loin que la courbure de la terre le pérmettrait (2), sans autre instrument que nos yeux.

-. Mais un miroir concave d'un assez grand diamètre et d’un foyer quelconque, placé au fond d'un long tuyau noirci, ferait , pendant le jour, à peu près le même effet que nos grands objectifs de même diamètre et de même foyer feraient pendant la nuit; et C'était probablement un de ces miroirs concaves d'acier poli (è ferro sinico) qu'on avait

(1) Aristote est, je crois, le premier qui aït fait mention de cette observation , el j'en ai cité le passage à l'article du Sens de la vue.

(2) La courbure de la terre pour uw degré ou 25 lieues de 2283 toises, est de 2988 pieds; elle croît comme Je quarré des distances : ainsi, pour 5 lieues, elle est vingt-cinq fois moindre, c'est-àdire d'environ 120 pieds. Un vaisseau qui a plus de 120 pieds de mâture peut donc être vu de cinq lieues étant même au niveau de Ja mer; mais si l'on s'elevait de 120 pieds auverrait de cinq lieues le corps entier du vaisseau jnsqu’à la ligne de l’eau ; et, en s'élevant encore duvantage, on pourrait apercevoir le haut des mâts de plus, de dix li A

du niveau de la mer, on

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