‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 6 sur 304 · PEN TN A PUS SONT DO À PI TS AR TO CNT · texte numérisé non relu

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ÉPOQUES DE

nent de ,FAsie était suliétois contigu avec celui de la Nouvelle-Hollande , lequel s’aiguise ct aboutit en pointe vers le midi, comme tous les autres grands continents.

Ces bouleversements si multi et si évidents dans les mers méridiona l’envahissement tout aussi évident des anciennes terres orientales par les eaux de ce même Océan , nous indiquent assez les prodigieux changements qui sont arrivés dans cette vaste partie du monde, surtout dans les contrées voisines de l'équateur : cependant ni l’une ni Pautre dé ces grandes causes n’a pu produire la séparation de l'Asie et de l'Amérique vers le nord; il semblerait au contraire que , si ces continents eussent été séparés au lieu d'être continus , les affaissements vers le midi et l'irruption des eaux dans les terres de l’orient , auraïent dû attirer celles du nord, et par conséquent découvrir la terre de cette région entre l'Asie etl’Amérique : cette considération confirme les raisons que j'ai données ci-devant pour la contiguité réelle des deux continents vers le nord en Asie.

Après la séparation de l'Europe et de l'Amérique , après la rupture des détroits , les eaux ont cessé d’envahir de grands espaces ; et dans la suite, la terre a plus gagné sur la mer qu'elle n’a perdu; car , indépendamment des terrains de l’intérieur de l'Asie nouvellement abandonnés par les eaux , tels que ceux qui environnent la Caspienne et l’Aral , indépendamment de toutes les côtes en pente douce que cette dernière retraite des eaux laissait à découvert, les grands fleuves ont presque tous formé des iles et de nouvelles contrées près de leurs embouchures. On sait que le Delta de l'É-

"gypte , dont l'étendue ne laisse pas d'être considérable , n’est qu’un alterrissement produit par les dépôts du Nil. Il en est de même de la grande île à l'entrée du fleuve Amour , dans la mer orientale de la Tartarie chinoise. En Amérique, la partie méri-

.dionale de la Louisiane , près du fleuve Mississipi, et la partie orientale située à l'embouchure de la rivière des Amazones , sont des terres nouvellement formées parle dépôt de ces grands fleuves. Mais nous ne pouvons choisir un exemple plus grand d'une contrée récente que celui des vastes terres de la Guyane ; leur aspect nous rappellera l'idée de la nature brute, et rous présentera le tableau nuancé de la formation successive d’une terre nouvelle.

. Dans une étendue de plus de cent vingt

lieues, depuis à ure de la rivière

de Cayenne jusqu'à celle des Amazones À

la mer, de niveau avec la terre, n'a d'au-.

tre fond que de la vase, et d’autres côtes

qu’une couronne de bois aquatiques , de

mangles où palétuviers ; dont les raciñes *

les tiges et les branches courbées trempent également dans l'eau salée, et ne présen-

tent que des halliers aqueux qu'on ne peut

pénétrer qu'en canot et la hache à la main.

Ce fond de vase s'étend en pente douce à plusieurs lieues sous les eaux de la mer. Du côté de la terre , au-delà de cette large lisière de palétuviers, dont les branches, plus inclinées vers l’eau qu'élevées vers le ciel, forment un fort qui sert de repaire aux animaux immondes , s'étendent encore des savanes noyées, plantées de palmiers lataniers ; et jonchées de leurs débris ; ces lataniers sont de grands arbres, dont à la vérité le pied est encore dans l'eau, mais dont Ja tête et les branches élevées et garnies de fruits invitent les oiseaux à s’y percher. Au-delà des palétuviers et des lataniers , l’on ne trouve encore que des bois mous ; des comons, des pineaux, qui ne croissent pas dans l'eau, mais dans les terrains bourbeux auxquels aboutissent les sayanes noyées ; ensuite commencent des forêts d’une autre essence : les terres s’élèvent en pente douce et marquent, pour ainsi dire, leur élévation par la solidité et la dureté des bois qu’elles produisent : k fin après quelques lieues de chemin en ligne directe de la mer, on trouve des collines dont les coteaux, quoique rapides , et même les sommets, sont également garnis d’une grande épaisseur de bonne terre , plantée partout d'arbres de tout âge , si pressés, si serrés les uns contre les autres, que leurs cimes entrelacées laissent à peine passer la lumière du soleil, et sous leur ombre épaisse entretiennent une humidité si froide, que le voyageur est obligé d'allumer du feu pour y passer la nuit; tandis qu'à quelque distance de ces sombres forêts , dans les lieux défrichés , la chaleur excessive pendant le jour est encore trop grande pendant la nuit. Cette vaste terre des côtes et de l'intérieur de la Guyane n’est done qu'une forêt tout aussi vaste , dans laquelle des Sauvages en petit nombre ont fait quelques clairières et de petits abatis, pour pouvoir s'y domicilier sans perdre la jouissance de la chaleur de la terre et de la lumière du jour.

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La grande épaisseur de terre végétale qui se trouve jusque sur le sommet des collines, démontre la formation récente de toute la contrée ; elle l’est en ie 23 point qu'audessus de l’une de ces collines nommée /a Gabrielle , on voit un petit lac peuplé de crocodiles caymans, que la mer y a laissés, à cinq ou six lieues de distance et à six ou sept cents pieds de hauteur au-dessus de son niveau. Nalle part on ne trouve de la pierre cal- Caire; car on wir de France la chaux nécessaire pour à Cayenne : ce qu’on appelle pierre à ravets n’est point une pierre ,

ais une lave de volcan, trouée comme les era des forges ; cette lave se présente en

blocs épars ou en monceaux irréguliers , dans quelques montagnes où l’on voit les bouches des anciens volcans qui sont actuellement éteints, parce que la mer s’est retirée et éloignée du pied de ces montagnes. Tout concourt donc à prouver qu'il n’y a pas long-temps que les eaux ont abandonné ces collines , et encore moins de temps qu’elles ont laissé paraître les plaines el les terres basses ; car celles-ci ont été presque entièrement formées par le dépôt des eaux courantes. Les fleuves, les rivières, les ruisseaux sont si voisins les uns des autres , et en même temps si larges , si gonflés , si rapides dans la saison des pluies, qu'ils entraînent incessamment des limons immenses, lesquels se déposent sur toutes les terres basses et sur le fond de la mer en sédiments vaseux (l).Ainsi cette terre nouvelle s’accroîtra de siècle en siècle , tant qu'elle ne sera pas peuplée; car on doit compter pour rien le petit nombre d'hommes qu’on y rencontre : ils sont encore , tant au moral

qu’au physique ; dans l'état de pure nature;

ni vêtements, ni religion , ni société qu’entre quelques familles dispersées à de grandes distances , peut-être au nombre de trois ou quatre cents carbets, dans une terre dont l'étendue est quatre fois plus grande que celle de la France.

Ces hommes, ainsi que la terre qu'ils habitent , paraissent être les plus nouveaux de l'univers : ils y sont arrivés d ays plus élevés et dans des temps postérieurs à l’établissement de l'espèce humaine dans les hautes contrées du Mexique, du Pérou et du Chili; car , en supposant les premiers hommes en Asie, ils auront passé par la même

(1) Voyez ci-après les notes justificatives des faits. ,

route que les étéplints , et se seront, en arrivant , répandus dans les terres de l'Amérique septentrionale et du Mexique ; ils auront ensuite aisément franchi les hautes terres elà de l’isthme , et se seront établis d elles du Pérou, et enfin ils auront pénétré jusque dans les contrées les plus reculées de l'Amérique méridionale. Mais n’estil pas singulier que ce soit dans quelquesunes de ces dernières contrées qu’existent encore de nos jours les géants de l'espèce humaine , tandis qu’on n’y voit que des pygmées dans le genre des'animaux ? car on ne peut douter qu'on n'ait remcontré dans l’Amérique méridionale des hommes en grand nombre, tous plus grands, plus quarrés, plus épais et plus forts que ne le sont tousles autres hommes de la terre. Les races de géants , autrefois si communes en Asie, n’y subsistent plus. Pourquoi se trouvent-elles en Amé. rique aujourd'hui? Ne pouvons-nous pas croire que quelques géants, ainsi que les éléphants, ont passé de l’Asie en Amérique, où s'étant trouvés, pour ainsi dire , seuls ; leur race s’est conservée dans ce continent désert, tandis qu’elle a été entiérement détruite par le nombre des autres hommes dans les contrées peuplées ? Une circonstance me paraît avoir concouru au maintien de cette ancienne race de géants dans le continent du Nouveau-Monde ; ce sont les hautes montagnes qui le partagent dans toute sa longueur et sous tous les climats. Or on sait qu’en général les habitants des montagnes sont plus grands et plus forts que ceux des vallées ou des plaines. Supposant donc quelques couples de géants passés d'Asie en Amérique , où ils auront trouvé la liberté, la tranquillité, la paix , ou d’autres avantages que peut.

être ils n'avaient pas chez eux, n’auront:ils-

pas choisi dans les terres de leur nouveau domaine celles qui leur convenaient le mieux, tant pour la chaleur que pour la salubrité de l'air et des eaux ? ils auront fixé leur domicile à une hauteur médiocre dans lesméentagnes; ils se seront arrêtés sous le climat le plus favorable à leur multiplication ; et comme ils avaient peu d'occasions de se mésallier, puisque toutes les terres voisines étaient lésertes, ou du moins tout aussi nouyellement peuplées par un petit nombre d'holfines bien inférieurs en forge , leur race gigantesque s’est propagée sans obstacles et Presque sans mélange : elle a duré et subsisté jusqu’à ce jour , tandis qu'il y a nombre de siècles qu'elle a été détruite dans les lieux

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