‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 105 sur 162 · DES CRISTALLISATIONS · texte numérisé non relu

DES CRISTALLISATIONS

Lonsque les matières vitreuses, calcaires et limoneuses sont réduites à l'homogénéité par leur dissolution dans l'eau , les parties similaires se rapprochent par leur aflinité , et forment un corps solide ordinairement transparent ;, lequel en se solidifiant par le dessèchement , ressemble plus ou moins au cristal ; et comme ces cristallisations prennent des formes anguleuses , et quelquefois assez régulières , tous les minéralogistes ont cru qu'il était nécessaire de désigner ces formes différentes par des dénominations géométriques etdes mesures précises, jlé en ont même fait le caractère spécifique de chacune de ces substances : nous croyons que pour juger de la justesse de ces dénominations ,

il est nécessaire de considérer d'abord les solides les plus simples , afin de se former ensuite une idée claire de ceux dont la figure est plus composée,

La manière la plus générale de concevoir la génération de toutes les formes différentes des solides , est de commencer par la figure plane la plus simple , qui est le triangle. En établissant donc une base triangulaire équilatérale, et trois triangles pareils sur les trois côtés de cette base, on formera un tétraédre régulier dont les quatre faces triangulaires sont égales ; et en alongeant ou raccourcis-

(1) Voyez ci-devant l'article de l’albâtre et celui

de la terre végétale. +

ême point "

< ES MINÉRAUX. A1 sant les trois triangles qui portentsur lestrois triangles et les joignant ensuite base contr. on aura des tétraèdres base , on aura des solides dont mbr

côtés de cette base , 5 S aigus ou obtus , mais toujours à tr faces semblables sur une base ou quat face

e équilatérale : et si l'on rend riangulaire inégale Le" à côtés, sles tétraèdres possiblés, c’est-à.

dés à quatre faces, réguliers

triangulair cette baset

itée tétraèdre base à base avec raèdre semblable , on aura un sdre #vsix faces triangulaires , et par conséquent tous les hexaèdres possibles à ointe triangulaire comme les tétraèdres.

Maintenant si nous établissons un quarré our base , et que nous élevions sur chaque

face un triangle , nous aurons un pentaèdre”

ou solide à cinq faces, en forme de pyramide, dont la base est quarrée et les quatre autres faces triangulaires : deux pentaèdres de cette espèce, joints base à base, forment un octaèdre régulier.

Si la base n’est pas un quarré, mais un losange, et qu’on élève de même des triangles sur les quatre côtés de cette base en losange , on aura aussi un pentaèdre , mais dont les faces seront inclinées sur la base ; et en joignant base à base ces deux pentaëdres , l'on aura un octaèdre à faces triangulaires et obliques relativement à la base.

Si la base est pentagone , et qu’on élève des triangles sur chacun des côtés de cette base , il en résultera une pyramide à cinq faces à base pentagone, ce qui fait un hexaè-

dre qui, joint base à base avec un pareil hexaèdre , produit un décaèdre régulier dont les dix faces sont triangulaires , et selon que ces triangles seront plus ou moins alongés ou raccourcis , et selon aussi que la base pentagone sera composée de côtés plus ou moins inégaux , les pentaèdres et décaëdres qui en résulteront seront plus ou moins réguliers.

Si l'on prend une base hexagone, et qu'on élève sur les côtés de cette base six triangles,

on formera un heptaèdre ou solide à sept.

faces , dont la base sera un hexagome, et les six autres faces formeront une pyramide plus ou mains alongée ou accoureie, selon que les triangles seront plus ou moins aigus , et en joignant base à base ces deux heptaèdres, ils formeront un dodécaèdre ou solide à douze faces triangulaires.

En suivant ainsi toutes les figures polygones de sept, de huit , de neuf , etc., côtés, et en aisnt te s côtés de la base des

THÉORIE DE rene. Z'ome III.

des faces sera toujours double de celui de:

triangles élevés sur cette base, et par ce pro: grès on aura la suite entière de tous les solide: possibles qui se terminent en pyramides sim ples ou doubles. :

Maintenant , si nous élevons trois parallé logrammes sur les trois côtés de la bas. triangulaire , et que nous supposions un pareille face triangulaire au-dessus , nou:

aurons un solide pentaèdre composé de troi faces rectangulaires et de deux faces trian gulaires.

Et de même , si sur les côtés d’une bas.

quarrée , nous établissons des quarrés at lieu de triangles , et que nous supposion:

une base quarrée au-dessus égale et semblable à celle de dessous , l’on aura un cube ot hexaèdre à six faces quarrées et égales ; e si la base est en losange , on aura un hexaë:dre rhomboïdal dont les quatre faces sont inclinées relativement à leurs bases.

Et si l’on joint plusieurs cubes ensemble, et de même plusieurs hexaèdres rhomboiïdaux par leurs bases, on formera des hexaè dres plus ou moins alongés, dont les quatre faces latérales seront plus ou moins longues, et les faces supérieures et inférieures toujours égales. s

De même , si l'on élève des quarrés sur une base pentagone, et qu'on les couvre d'un pareil pentagone, on aura un heptaèdre dont les cinq faces latérales seront quarrées , et les faces supérieures et inférieures pentagones. Et si l’on alonge ou raccourcit les quarrés, l'heptaèdte qui en résultera , sera toujours composé de cinq faces rectangulaires plus ou moins hautes.

Sur une base hexagone , on fera de même un octaèdre , c’est-à-dire unMsolide à huit faces, dont les faces supérieures et inférieu-

res seront hexagones ;, et les six faces laté-

rales seront des quarrés ou des rectangles plus ou moins longs. |

On peut continuer cette génération de solides par des quarrés posés sur les côtés d'une base , d’un nombre quelconque de côtés , soit sur des polygones réguliers, soit sur des polygones irréguliers.

Et ces deux générations de solides , tant par des triangles que par des quarrés posés sur des bases d’une figure quelconque, donneront les formes de tous les solides possibles , réguliers ou irréguliers , à l'exception de ceux dont la superficie n’est pas composée

de faces planes et rectilignes, tels que les solides Mphériques , elliptiques , et autres dont la surface est convexe ou concave , au lieu d'être anguleuse ou à faces planes,

Or , pour composer tous ces solides anguleux , de quelque figure qu'ils puissent être, il ne faut qu'une agrégation de lames |" sen gulaires, puisque avec des triangles on peut faire le quarré , le pentagone , 1 hexagone et toutes les figures rectilignes possibles, et l'on doit supposer que ces lames triangulaires , premiers éléments du solide cristallisé, sont très-petites et presque infiniment minces. Les expériences nous démontrent que si l’on met sur l’eau des lames minces en

forme d'aiguilles ou de triangles alongés , .

elles s’attirent et se joignent en faisant l’une contre l'autre des oscillations jusqu'à ce qu'elles se fixent et demeurent en repos au point du centre de gravité , qui est le même que le centre d'attraction , en sorte que le second triangle ne s'attachera pas à ta base du premier, mais à un tiers de sa hauteur perpendiculaire , et ce point correspond à celui du centre de gravité, par conséquent tous les solides possibles peuvent être produits par la simple agrégation des lames triangulaires , dirigées par la seule force de leur attraction mutuelle et respective dès qu'elles sont mises en liberté.

Comme ce mécanisme est le même et s'exécute par la même loi entre toutes les matières homogènes qui se trouvent en liberté dans un fluide, on ne doit pas être étonné de voir des matières très-différentes se cristalliser sous la même forme. On jugera de cette similitude de cristallisation dans des substances très-différentes par la table ci-jointe (1), qu'on pourrait sans doute

(1} Table de la forme des cristallisations.

1. Tétraède régulier, et qui forme un solide qui n'a que quatre faces, toutes quatre triangulaires et équilatérales.

Spath cacleaire, Marcassite.

Mine d'argent grise.

Page 1