‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 129 sur 162 · FOR · texte numérisé non relu

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… mère qu’elle lance en rayons aussi vifs que 0 doux, semble , dit Pline, brillanter l'air l'environne , et teindre par son irradia- Veau dans laquelle on la plonge (1) :

toujours belle, toujours éclatante, soit

| quel pétille sous le soleil , soit qu'elle luise : -- ph ou qu’elle brille dans la nuit aux lumières qui ne lui font rien perdre des agréments de sa couleur dont le vert est touani anciens, au rapport de Théophraste (3), se plaisaint-ils à porter l’'éme- raude en bague , afin de s'égayer la vue par . son éclat et sa couleur suave ;ils la taillaient, soiten cabochon pour faire flotter la lu- . soit en table pour la réfléchir comme

= #68 soit en creux régulier , dans lequel, sur un fond ami de l'œil, venaient se Peindre les objets en raccourci (4)- C'est ainsi que l’on peut entendre ce que dit Pline Eu d'un empereur qui voyait dans pre aproude - ‘les combats des gladiateurs : gere 2 méraude s usages, ajoute le naturaliste | romai ; D cn mt beautés naturelle ,0n semblait être convenu de ne point Fentamer par le burin (5); cependant il re- —.(onnait lui-même ailleurs que les Grecs

mants blancs : elle est la seule pierre de na Are cette prérogative, parce que le ! =0 | + oi eR in couleur , la rend plus

Eusal Dpte veloutée, au lieu que le contraire arrive >" éveé toc e pierre de couleur.

| + oi 4 “Hæ de Théophraste (lap. et gemm., },sur quoi les commentateurs sont tombés dans jule de doutes et de méprises , cherchant mal

os comment l'émeraude pouvait donner à l'eau féinture verte, tandis que Théophraste n'entend “harler que du reflet de la lumière qu'elle y répand. À (2) « Nullius coloris aspectus jucundior est ; nam ber ue virentes frondesque avidè spectamus : 1 cit >s ver tantà libentiüs quoniam nihil omninè viridiu: comparatum illis viret. Præterea soli gemcontuitu éculos implent rec satiant ; quin et À ntione aliä obseurata aspectu smaragdi recrea- = |lur acies.… Ita viridi lenitate lassitudinem mulcent. +. Prmteres longinquo amplifcantur visu inficientes circa * sééribe: sum aëra; non sole mutali, non umbrä, non s, semperque sensim radiantes et visum admit- » (Plin. , lib. 37 , n° 16.) Lapid. et gremm., n° 44.

(4) « Plerümque concavi ut visum colligant.... m verd corpus extensum est ; eâdem quâ spe- > superi imagines reddunt. Nero princeps n pugnas spectabat smaragdo. » ( Idem ,

« q Les.

‘ibidem.) à (5) « Quaproptiér decreto hominum ïis parcitur scalpi vetitis. » (Loco cit.) é

Lnéonme pe LA TERRE. Z'ome III.

DES MINÉRAUX. sal

avaient quelquefois gravé sur cette pierre (6), dont la dureté n'est en effet qu'à peu près égale à celle des belles agates ou du cristal de roche.

Les anciens attribuaient aussi quelques propriétés imaginaires à l'émeraude; ils croyaient que sa couleur gaie la rendait propre à chasser la tristesse , et faisait disparattre les fantomes mélancoliques, appelés mauvais esprits par le vulgaire. Ils donnaient de plus à l'émeraude toutes les prétendues vertus des autres pierres précieuses contre les poisons et différentes maladies : séduits par l'éclat de ces pierres brillantes, ils s’étaient plu à leur imaginer autant de vertus que de beauté ; mais au physique comme au moral , les qualités extérieures les plus brillantes ne sont pas toujours l'indice du mérite le plus réel ; les émeraudes réduites en poudre et prises intérieurement ne peuvent agir autrement que comme des poudres vitreuses , action sans doute peu curative et même peu salutaire : et c'est avec raison que l'on a rejeté du nombre de nos remèdes d'usage, cette poudre d’émeraude et les cinq fragments précieux , autrefois si fameux dans la médecine galénique.

Je ne me suis si fort étendu sur les propriétés réelles et imaginaires de l'émeraude, que pour mieux démontrer qu'elle était bien connue des anciens , et je ne conçois pas commenñt on a pu de nos jours révoquer en doute l’existenee de cette pierre dans l’ancien continent, et nier que l'antiquité en eût jamais eu connaissance ; c'est cependant l'assertion d’un auteur récent (7), qui prétend que les anciens n'avaient pas connu l’émeraude , sous prétexte que dans le nombre des pierres , auxquelles ils ont donné le nom de smaragdus, plusieurs ne sont pas des. émeraudes ; mais il n'a pas pensé que ce mot

(6) Livre 37 , n° 3. 11 parle de deux émerandes, sur chacune desquelles était gravée Amymone , l'une des Danaïdes, et daus le même livre de son Histoire Naturelle , n° 4, il rapporte la gravure des émerau-

des à une époque qui répond en Grèce au règne du

dernier des Tarquins. — Selon Clément Alexandrin, le fameux cachet de Polycrate était une émeraude gravée par Théodore de Samos. (B. Clem. Alex. Paædag., lib. 3.) — Lorsque Lucullus , ce Romain si célèbre par ses richesses et par son luxe , aborde à Alexandrie, Ptoiomée, occupé du soin de lui plaire, ne trouve rien de plus précieux à Jui offrir qu'une émeraude sur laquelle était gravé le portrait du moparque égyptien. (Plut in Lucull.) (7) M. Dutens,

smaragdus était une dénomination générique pour toutes les pierres vertes , puisque Pline comprend sous ce nom des pierres opaques qui semblent n'être que des prases ou même des jaspes verts; mais cela n'empêche pas que la véritable émeraude ne soit du nombre de ces smaragdes des anciens : il est même assez étonnant que cet auteur , d'ailleurs trèsestimable et fort instruit, n’ait pas reconnu la véritable émeraude aux traits vifs, et brillants , et aux caractères trè$-distinctifs sous lesquels Pline a su la dépeindre. Et pourquoi chercher à atténuer la force des témoignages en ne les rapportant pas exactement? Par exemple , l'auteur cite Théophraste comme ayant parlé d'une émeraude de quatre coudées de longueur , et d'un obélisque d’émeraude de quarante coudées ; mais il n'ajoute pas que le naturaliste grec témoigne sur ces faits un doute très-marqué, ce qui prouve qu'il connaissait assez la véritable émeraude pour être bien persuadé qu’on n'en avait jamais vu de cette grandeur ; en effet , Théophraste dit en propres termes, que l'éméraude est rare et ne se trouve jamais en grand volume (1), « à moins , ajoutetil, qu'on ne » crioe aux Mémoires égyptiens, qui parlent » d'émeraudes de quatre et de quarante cou- » dées : » Mais ce sont choses, continue-t-il, qu'il faut laisser sur Leur bonne foi (2) ; et à l'égard de la colonne tronquée ou du cippe d’émeraude du temple d'Hercule à Tyr, dont Hérodote fait aussi mention , il dit que c'est sans doute une fausse émeraude (3).

Nous conviendrons , avec M. Dutens, que des dix ou douze sortes de smaragdes, dont Pline fait l'énumération , la plupart ne sont en effet que de fausses émeraudes ; mais il a dû voir comme nous que Pline en distingue trois comme supérieures à toutes les autres (4). Il est donc évident que dans ce grand

(1) ’Eoi d amuw'e, nai 70 uryclos cÙ jryudy.

( De Lapid., pag, 87. )

(2) « Atque bac quidefh ita abipsis referuntur, » ( De Lapid., pag. 87.)

(3) « Nisi fortè pseudosmaragdus sit. » ( Jbidem.)

(4) La première est l'émeraude nommée par les anciens , pierre de Seythie, et qu'ils ont dit étre la plus belle de toutes. La seconde qui nous paraît étre aussi une émeraude véritable est la bactrianne, à laquelle Pline attribue la même dureté et le même éclat qu'à l'émeraude scythique , mais qui, ajoute-til , est Loujours fort petite. La troisième qu'il nomme émeraude de Coptos, et qu'il dit étre en morceaux assez gros, mais qui est moins parfaite, moins transparante ayant pas le vif éclat de deux premières ,

nombre de pierres auxquelles les anciens donnaient le nom générique de smaragdes, ils avaient néanmoins très-bien su distinguer et connaître l'émeraude véritable qu'ils caractérisent à ne pas s'y méprendre, par sa couleur , sa transparence et son éclat (5).

L'on doit en effet la séparer et la placer à une grande distance de toutes les autres pierres vertes, telles que les prases, les fluors verts , les malachites , et les autres pierres vertes opaques de la classe du jaspe, auxquelles les anciens appliquaient improprement et génériquement le nom de s”aragdes. x Ce n'était donc pas d'éméraude, mais de quelques-uns de ces faux et grands smaragdes, qu'étaient faites les colonnes et les statues prétendues d'émeraude dont parle l'antiquité (6), de même que les très - grands vases Où morceaux d’émeraudes que l'on montre encore aujourd'hui dans quelques endroits , tels que la grande jatte du trésor de Gènes (7) , la pierre verte pesant vingtneuf

Les neuf autres sortes étaient celles de Chypre, d'Éthiopie , d'Herminie , de Perse , de Médie, de l'Attique, de Lacédémone, de Carthage , et celle d'Arsabie, nommée cholus..... La plupart de celles-ci disent les anciens eux-mêmes, ne mérilaient pas le nom d'émeraudes, et n'étaient suivant l'expression de Théophraste , que de fausses émeraudes , pseudo- -smaragdi juos 45 et 46. On les trouvait communément del, environs des mines de cuivre, circonstance qui peut nous les faire regarder comme des fluors verts. on peut-être même des malachites.

(5) Voyez Théophraste, no 44 ; et Pline, liv. 37» n°-16. !

: (6) Telle était encore la statue de Minerve , faile d'émeraude , ouvrage fameux de Dipœnus et Seyllis. ( V. Jun. de Piet, vel.)

(7) M. de la Condamine qui s'est trouvé à Gènes avec MM. les princes Corsini, petits-neveux du pape Clément XII, a eu par leur moyen occasion d'examiner attentivement ce vase à Ja lueur d'un flambeau. La couleur lui en a paru d'un vert très-foncé ; il n'y aperçut pas la moindre trace de ces glaces ; pailles , nuages et autres défauts de transparence si communs dans les émeraudes et dans toutes les pierres précieuses un peu grosses , même dans le cristal de roche , mais il y distingua très-bien plusieurs pelits vides semblables à des bulles d'air, de forme ronde ou oblongue , telles qu'il s'en trouve commu-

némeut dans les cristanx ou verres fondus, soit blaucs, soit colorés. ...

Le doute de M. de la Condamine sur ce soidisant d'émeraude, n'est pas nouveau. Il est, dit-il, clairement indiqué par les expressions qu'employait Guillaume , archevêque de Tyr, il y a quatre siècles, en disant qu'à a prise de Césarée, ce vase

res; donnée par Charlemagne au couvent de teichenau près Constance (L), ne sont que des primes ou des prases, ou même des | ices : or, comme ces émeraudes :s ne prouventrien aujourd'hui conistence de la véritable émeraude , ces eurs dans l'antiquité ne prouvent atage. # Pos près tous ces faits, comment peut-on eh ju > de l'existence de l’'émeraude en Italie, — cn Grèce ét dans les autres parties de l'anh continent , avant la découverte du nou- Rs à ? Comment d’ailleurs se prêter à la sup- M: vo « tion forcée que la nature ait réservé lusivement à l'Amérique cette production tse trouver dans tous les lieux où ormé des cristaux ? et ne devons-nous e circonspects lorsqu'il s'agit d'adfe des faits extraordinaires et isolés, aime le serait celui-ci? Mais ,indépendamdé la multitude des témoignages anqui prouvent que les émeraudes étaient nues ét communes dans l’ancien continent nt la découverte du nouveau , on sait par »pvations récentes qu'il se trouve auird'hui des émeraudes en Allemagne (2), enAngleterre , en Italie : et il serait bien étrar 7e , quoi qu'en disent quelques voyamer ré qiw'il n’y en eût point en Asie. Taver- Hier et Chardin ont écrit que les terres de PME me produisaient point d'émeraudes , imoins Chardin , relateur véridique,

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pour une grande somme d' argent aux Génois le crurent d'émeraude et qui le montrentencore tel et comme miraculeux aux voyageurs.

continue l'auteur, il ne tient qu'à ceux à s peuvent déplaire , de les détruire t pas fondés. (Mémoires de l'Académie des énces , année 1757 , pag. 340 et suiv.) Mme montra (à l'abbaye de Reichenau près D anc ) une prétendue émeraüde d'une prodindeur;: elle à quatre côtés inégaux dont le tit n'a pas moins de neuf pouces et dont le ; a près de deux pieds, son épaisseur est pouce , ét son poids de vingt-neuf livres. Le ur du couvent l'estime cinquante mille flois ce prix se réduirait à bien peu , si, commé 1e, celle émeraude n'élait autre chose qu'un re transparent d'un assez beau vert. ( Lettres liam Coxe, sur l'état dela Suisse, pag. 21.) est parlé dans quelques relations d’une tasse éraude de la grandeur d’une tasse ordinaire , qui érvée À Vienne dans le Cabinet de l'Empeét que des morceaux qu'on a ménagés en creutosse , on en a fait une garniture complète pour J'im rice. (Voyez la Relation historique du | voy | Allemagne, Lyon, 1676, pag. 9 et 10.Y

sum ‘3

convient qu'avant la découverte du Nouveau- Monde , les Persans tiraient des émeraudes de l'Égypte , et que leurs anciens poètes en ont fait mention (3); que de son temps on connaissait en Perse trois sortes de ces pierres ; savoir, l'émeraude d'Égypte qui est la plus belle , ensuite les émeraudes vieilles et les émeraudes nouvelles : il dit même avoir vu plusieurs de ces pierres, mais il n’en iudique pas les différences , et il se contente d'ajouter que quoiqu’elles soient d’une trèsbelle couleur et d’an poli vif, il croit en avoir vu d'aussi belles qui venaient des Indes occidentales ; ceci prouverait ce que l'on doit présumer avec raison , c'est que l'émeraude se trouve dans l'ancien continent aussi bien que dans le nouveau, etqu'elle est de même nature en tous lieux ; mais comme l’on n'en connait plus les mines en Égypte ni dans l'Inde , et que néanmoins il y avait beaacoup d'émeraudes en Orient avant la découverte du Nouveau-Monde , ces voyageurs ont ima-

‘ giné que ces anciennes émeraudes avaient

été apportées du Pérou aux Philippines, et de là aux Indes orientales et en Égypte. Selon Tavernier , les anciens Péruviens en faisaient commerce (4) avec les habitants des

(3) Sefi-coulikean , gouverneur d'Irivan , m'apprit que dons les poètes persans , les émeraudes de vieille roche sont appelées émeraudes-d’Égypte, el qu'on tient qu’il y en avait une mine en Égypte qui est à présent perdue, (Voyage de Chardin, etc. , Londres,

- 1686 , pag. 264.)

(4) Pour ce qui est enfin de l'émeraude, c'est une erreur ancienne de bien des gens, de croire qu'elle se trouve originairement dans l'Orient, parce qu'avant la découverte de l'Amérique l'on n'en pouvait autrement juger ; et même encore aujourd'hui, la plupart des joaillers et orfèvres, d'abord qu'ils voient une émeraude de couleur haute tirant sur le noir, sont accoutumés de dire que c'est une émeraude orientale , je crois bien qu'avant que l'on eût découvert cette partie du monde qne l’on appelle vulgaire. ment les Indes occidentales, les émeraudes s'apportaient d'Asie en Europe, maïs elles venaient des sources du royaume du Pérou; car les Américains , avant que nous les eussions connus , trafiquaient dans les îles Philippines où ils apportaient de l'or et de l'argent, mais plus d'argent que d'or, vn qu'il y a plus de profit à l'un qu'à l'autre ; à cause de la quantité de mines d'or qui se trouvent dans l'orient : aujourd'hui encore ce même négoce continue, et ceux du Pérou passent tous les ans aux Philippines avec * deux ou trois vaisseaux où ils ne portent que de l'argent et quelque peu d'émeraudes brutes, et même depuis quelques années ils cessent d'y portér des ëme. raudes, Jes envoyant toutes en Europe par la mer du Nord. L'an 1660 je les ai vus donner à vingt pour

Ai its

iles orientales de l'Asie; et Chardin, en adoptant cette opinion (1), dit que les émeraudes qui, de son temps , se trouvaient aux Indes orientales, en Perse et en Égypte, venaient probablement de ce commerce des Péruviens qui avaient traversé la mer du Sud , long-temps avant que les Espagnols eussent fait la conquête de leur pays; mais était-il nécessaire de recourir à une supposition aussi peu fondée pour expliquer pourquoi l’on a cru ne voir aux Indes orientales ,

cent meilleur marché qu'elles ne vaudraient en France, Ces Américains étant arrivés aux Philippines, ceux de Bengale, d'Aracan, de Pégu , de Goa et d'autres lieux y portent loutes sortes de toiles et quantité de pierres en œuvre, comme diamants, rubis , avec plusieurs ouvrages d'or, étofles de soie et tapis de Perse; mais il faut remarquer qu'ils ne peuvent rien vendre directement à ceux du Pérou , mais à ceux qui résident aux Manilles, et ceux-ci les revendent aux Américains ; et même si quelqu'un obtenait la permission de retourner de Goa en Espagne Par la mer du sud, il serait obligé de donner son argent à quatre-vingts ou cent pour cent jusqu'aux Philippines, sans pouvoir rien acheter , et d’en faire de même des Philippines jusqu’à la Nouvelle-Espagne. C'est donc là ce qi se pratiquait pour les émeraudes avant que les Indes occidentales fusseut découvertes; car elles ne venaient en Europe que par cette longue voie et ce grand tour ; tout ce qui n’était pas beau demeurait en ce pays-là, et tout ce qui était beau passait en Europe. (Les six Voyages de Tavernier etc. Rouen , 1713, tom. 4, pag. 42 et sniv.) (1) Les Persans font une distinction entre les émeraudes comme nous faisous entre les rubis; ils appellent la plus belle émeraude d'Égypte, la sorte suivante émeraude wieille, et la troisième sorte émeraude nouvelle. Avantla découverte du Nouveau- Monde, les émeraudes leur venaient d'Égypte » plus hautes en couleur, à ce qu'ils prétendent, et plus dures qne les émeraudes d'occident, Ils m'ont fait voir plusieurs fois de ces émeraudes qu'ils appellent senoroud Mersi ou de Misraïno l'ancien nom d'Égypte , et aussi seneroud asvaric d'asvan ville de Ja Thébiade, nommée Syène par les anciens géographes ; mais quoiqu’elles me parussent très-belles , d'un vert foncé et d'un poliment fort vif, il me semblait que j'en avais vu d'aussi belles des Indes occidentales, Pour ce qui est de la dureté, je n'ai jamais eu le moyen de l'éprouver , et comme il est certain qu'on n'entend point parler depuis long-temps des mines d'émeraude en Égypte, il pourrait être que les émeraudes d'Égypte étaient apportées par le canal de la mer Rouge, et venaient ou des Indes occidentales par les Philippines, on du royaume du Pégu ou de celui de Golconde sur la eôte de Coromandel , d'où l'on tire journellement des émeraudes. (Voyage de Chardin, Amsterdam, 1711, tom. 2, pag. 25.)

eu Égypte et en Perse, que des émeraudes des Indes occidentales? La raison en est bien simple ; c’est que les émeraudes sont les mêmes partout, et que, comme les anciens Péruviens en avaient ramassé une trèsgrande quantité , les Espagnols en ont tant apporté aux Indes orientales, qu’elles ont fait disparaître le nom et l’origine de celles qui s’y trouvaient auparavant, et que, par leur entière et parfaite ressemblance, ces émeraudes de l'Asie ont été et sont encore aujourd'hui confondues avec les émeraudes de l’Amérique.

Cette opinion que nous réfutons, parait n'être que le produit d’une erreur de nomenclature; les naturalistes récents ont donné avec les joailliers , la dénomination de pierres ortentales à celles qui ont une belle transparence , et qui en même temps sont assez dures Pour recevoir un poli vif; et ils appellent pierres occidentales (2), celles qu'ils croient être du même genre , et qui ontmoins d'éclat et de dureté. Et comme l’émeraude n'est pas plus dure en Orient qu'en Occident, ils ont conclu qu’il n'y avait point d'émeraudes orientales , tandis qu'ils auraient dû penser que cette pierre étant partout la même ; comme le cristal, l'améthyste, etc. , elle ne Pouvait pas être reconnue ni dénommée par la différence de son éclat et de sa dureté.

Les émeraudes étaient seulement plus rares et plus chères avant la découverte de l’Amérique ; mais leur valeur a diminué en même raison que leur quantité s’est augmentée.

« Les lieux, dit Joseph Acosta, où l’on a » trouvé beaucoup d’émeraudes, et où l’on en » trouvait encore de son temps en plus grande » quantité, sont au nouveau royaume de » Grenade et au Pérou; proche de Manta et » de Porto-viel ; ll y aun terrain qu'on ap- » pelle terres des émeraudes, mais on n'a ” point encorefait la conquête de cette terre. » Les émeraudes naissent des pierres en forme » de cristaux... j'en ai vu quelques-unes » qui étaient moitié blanches et moitié vertes, » et d'autres toutes blanches... En l’année » 1587, ajoute cet historien, l'on apporta des

ns

(2) Boëce paraît être l'auteur de la distinction des émeraudes en orientales et occidentales : il caractérise les premières par leur grand brillant, leur pureté et leur excès de dureté. Il se trompe quant à ce dernier point, et de Laët s'est de même trompé d'après lui, car on ne Irouve pas entre les émeraudes cette différence de

dureté, toutes n'ont à peu près que la dureté du eris= ta] de roche.

- “Indes occidentales en Espagne, deux canons * d'émeraude , dont chacun pesait pour le » moins quatre ‘arobes (1).» Mais je soup- . conne avec raison que ce dernier fait est exagéré; car Garcillasso dit que la plus grosse "de cette espèce , que les Péruviens ado- -raient comme la déesse-mère des émeraudes, n'était que de la grosseur d'un œuf d'autruche, c’est-à-dire d'environ six pouces sur son grand diamètre (2) : et cette pièce mère des émeraudes n'était peut-être elle-même qu'une « ere d'émeraude qui , comme la prime d'a- , n'est qu'une concrétion plus ou ‘moins confuse de divers petits canons ou cristaux de ces pierres. Au reste ; les primes d'é- | meraude sont communément fort nuageuses, … etleur couleur n'est pas d'un vert pur, mais Put de nuances jaunâtres : quelquefois - néanmoins cette couleur verte est aussi franche dans quelques endroits de ces primes que l'émeraude même , et Boëce remarque t bien que dans un morceau de prime néet sonséclat (3) , il se trouve souvent

Histoire naturelle des Indes, par Acosta, Pame. 1600 , pag. 57 et suiv.

Histoire des Incas, tom. 1. — Du temps des es Incas, on ne trouvait dans le Pérou que des tur- | quoises ; des émeraudes et du cristal fort net, mais les Indiens ne savaient pas meltre en œuvre. Les faudes viennent dans les montagnes qu'on ap- ; dépendantes de Puerto-Vicjo. Il a été le aux Espagnols, quelque peine qu'ils se données , de découvrir la mine ; ainsi l'on ne av presque plus d'émeraudes dans cette province ï fournissait autrefois les plus belles de cet empire. en a apporté cependunt une si grande quantité , qu'on ne les estime plus. L'émeraude a de se mûrir comme le fruil; elle commence = blanche, ensuite elle devient d'un vert ob- A « seur, êt commence par se rendre parfaite par un de À. + Pés qui sans doute regarde le soleil levant, et É belle couleur se répand ensuite par toute son ue. J'en ai vu autrefvis dans Cusco d'aussi grosses ] de petites noix, parfaitement rondes et percées le milieu ; les Indiens les préféraient aux tur- . Ils connaissaient les perles, mais ils n’en aucun usage , car les Incas ayant vu la peine l et le danger avec lesquels on les tirait de la mer , en ; t l'usage , aimant mieux conserver leurs su. {jets qu'augmenter leurs richesses. On en a péché une quantité qu ‘elles sont devennes communes, Le . Acosta dit qu'elles élaient autrefois si recom- Milsble qu'il n'était permis qu'aux rois et à leur famille d'en porter, mais qu'elles sont aujourd'hui si 3 communes que les Nègres en ont des chaînes et des + (Histoire des Incas , Paris, 1744, tom, 2, g. 289 et sui v.)

Hi dit de prase, mais il est clair que sa prase

An

quelque partie brillante qui, étant enlevée et taillée, donne une vraie et belle émeraude.

Il serait assez naturel de penser que la belle couleur verte de l'émeraude lni a été donnée par lecuivre ; cependant M. Demeste dit (4) : « Que cette pierre parait devoir sa » couleur verte au cobalt , parce qu’en fon- » dant des émeraudes du Pérou avec deux » parties de verre de borax, on obtient un » émail bleu. » Si ce fait se trouve constant et général pour toutes les éméraudes, on lui sera redevable de: lavoir observé le premiér, et dans ce cas on devrait chercher ,; et on pourrait trouver des émeraudes dans le voisinage des mines de cobalt. :

Cependant cet émail bleu que donne l’émeraude fondue avec le borax , ne provient pas de l'émeraude seule ; car les émeraudesqu'on a exposées au miroir ardent ou au feu violent de nos fourneaux (5), commencent par y perdre leur couleur verte ; er Ecrit friables , et finissent par se fondre sans addition d'aucun fondant , etsans prendre une couleur bleue ; ainsi l'émail bleu , produit par la fusion de l'émeraude au moyen du borax , provient peut-être moins de cette pierre que du borax même qui, comme je l’aidit, contient une base métallique : et ce que cette fusibilité de l'émeraude nous indique de plus réel, c'est que sa substance quartzeuse est mêlée d’une certaine quantité de schorl, qui la rend plus fusible que celle du cristal de roche pur.

La pierre à laquelle on a donné le nom d'émeraude du Brésil, présente beaucoup plus de rapport que l'émeraude ordinaire avec les schorls ; elle leur ressemble par la forme , et se rapproche de la tourmaline par ses propriétés électriques (6); elle est plus pesante (7) et d'un vert plus obscur que l'éme-

er

est la prime: « Prasius..….. mater smaragdi mullis putatur et non immeritô, quôd aliquandà in eâ reperiatur etiamsi non semper; nam quæ parles viridiores absque flavedine et perspicusæ in prasio reperiuntur , smaragdi ritè appellari possunt , ‘ut illi quorum flavedo aurea est, chrysoprasii, » (Gemm. et lapid. hist., pag. 23.)

(4) Lettres de M. Demeste, tom. 1 , pag. 426.

(5) Voyez l'article des pierres précieuses dans l'Encyclopédie.

(6) Voyez la Lettre de M. Demeste, tom. 1,

pag. 427.

(7) La pesanteur spécifique de l'émeraude du Brésil est de 31555 , et celle de l'émeraude du Pérou n'est que de 27755.

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re dit 2

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raude du Pérou (3); sa couleur est à peu près la meme que celle de notre verre à bouteilles, ses Cristaux sont fortementstriés ou cannelés dans leurlongueur, et ils ont encore un autre rapport avec les cristaux du schorl par la pyramide à trois faces qui les termine ; ils croissent , comme tous les autres cristaux , contre les parois et dans les fentes des rochers vitreux ; on ne peut donc pas douter que cette émeraude du Brésil nesoit , comme les autres émeraudes, une stalactite vitreuse, teinte d'une substance métallique , et mêlée d'une grande quantité de schorl qui aura considérablement augmenté sa pesanteur; car la densité du schorl vert est plus grande que celle de cette émeraude (1) ; ainsi c'est au mélange de ce schorl vert qu'elle doit sa couleur , son poids et sa forme.

L'émeraude du Pérou , qui est l'émeraude de tout pays, n'est qu'un cristal teint et mêlé

. d'une petite quantité de schorl , qui suflit

pour la rendre moins réfractaire que le cristal de roche à nos feux ; il faudrait essayer si l'émeraude du Brésil , qui contient une plus grande quantité dé schorl ;et quien a pris son plus grand poids et emprunté sa figura-

tion, ne se fondrait pas encore plus facilement * que l'émeraude commune.

Les émeraudes , ainsi que les améthystes violettes ou pourprées , les cristaux-topazes,. les chrysolites dont le jaune est mêlé d'un peu de vert , les aigues-marines verdâtres ou bleuâtres , le saphir d'eau légèrement teint de bleu, le feld-spath de Russie , et toutes les autres pierres transparentes que nous avons ci-devant indiquées, ne sont que des cristaux vitreux , teints de ces diverses couleurs par les vapeurs métalliques qui se sont rencontrées dans/le lieu de leur formation , et qui se sont mêlées avec le suc vitreux qui fait le fond de leur essence; ce ne sont que des cristaux colorés dont la substance , à l'exception de la couleur, est la même que celle du cristal de roche pur, ou de ce cristal mêlé de feld-spath et de schorl, On ne doit donc pas mettre les émerandes au rang des pierres précieuses qui, par la densité , la dureté et l'homogénéité , sont d’un ordre supérieur, €t dont nous prouverons que l'origine est toute différente de celle des émeraudes et de toutes

les autres pierres transparentes, vitreuses ou calcaires.

PÉRIDOT.

1x en est du péridot comme de l'émeraude du Brésil; il tire également son origine du schorl ; et la même différence de densité qui se trouve entre l'éméraude du Brésil et les autres émeraudes , se trouve aussi entre la chrysolite et le péridot ; cependant on n'avait Jusqu'ici distingué ces deux dernières pierres que par les nuances des, couleurs jaunes et vertes dont elles sont toujours teintes. Lé jaune domine sur le vert dans les chrysolites, et le vert domine sur le jaune dans les péridots, et ces deux pierres offrént toutes les nuances de couleurs entre les topazes , qui sont toujours purement jaunes et les émeraudes qui.sont purement vertes. Mais les chrysolites diffèrent des péridots par le caractère essentiel de la densité ; le péridot pèse spécifiquement beaucoup plus (2), et il pa-

(1) La pesanteur spécifique du schorl vert est de 34527 , et celle de l'émeraude du Brésil de 31555.

(2) La pesanteur spécifique de la chrysolite du Brésil est de 26923 , et celle de Ja chrysolite de l'ancien contient est de 27821; ce qui ne s'éloigne pas beaucoup de la pesanteur 26548 du cristal et de celle

rait par Ron des pesanteurs respectives, que la chrysolite, comme nous l'avons dit, est un extrait du quartz, un cristal coloré, et que les péridots, dont la pesanteur spécifique est bien plus grande (3), ne peuvent provenir que des schorls également denses. On doit donc croire que les péridots sont des extraits du schorl, tandis que les chrysclites sont des cristaux du quart d Nous connaissons deux sortes de péridots , l’un qu'on nomme oriental , et dont la densité est considérablement plus grande que celle du péridot occidental : maïs nous connaissons aussi des schorls dont les densités sont-dans le même rapport; le schorl cristallisé correspond au péridot occidental , et le schorl spathique au péridot oriental , et même cette densité du péridot oriental n'est pas encore aussi grande que celle du schorl

de la lopaze de Bohème , qui est de 26541. (w oyez la Table de M. Brisson.)

(3) La pesanteur spécifique du péridot occidental est de 30989, et celle du schorl cristallisé est de 30926. (Idem , ibidem.)

wert(l}; et ce qui confirme ici mon opinion , c'est que les péridots se cristallisent en pris- “mes striés comme la plupart des schorls, | j'ignore à la vérité si ces pierres sont fusibles F comme les schorls , mais je crois pouvoir le ésumer , et jinvite les chimistes à nous dre.

M. l'abbé de Rochon , qui a fait un grand - nombre d'expériences sur la réfraction des

\ transparentes , m'a assuré que le péidot donne une double réfraction beaucoup

sl

#4 | : à autre pierre transparente qui; comme le ot et l'émeraude du Brésil, nous pavenir da schorl, est celle qu'on a saphir du Brésil, et qui ne diffère > Qué par sa couleur bleue, de l'émeraude du … même climat : car leur dureté et leur densité sont à tré les ren-

sont à très-peu près égales (2) et on les contre En. mêmes lieux. Ce saphir du si a plus de couleur et un peu plus d’é-

» Nous avons rapporté au feld-spath l'œil de chat gris , l'œil de chat me et l'œil de chat . | mordoré rd arce que leur densité est à très- | peu D. que celle de ce verre pri- 2 d.: la pierre à laquelle on a donné le nom d'œil de chat noirätre est beaucoup plus - den: > que les trois autres : sa pesanteur spéfique approche de celle du schorl violet du The 3). RL D D res vitreuses et transparen- tes dont les pesanteurs spécifiques se trouvent entre 25 et 28 mille, sont des stalacti- 1 quartz et du feld-spath desquels les sités sont aussi comprises dans les mêmes tes; et toutes les pierres vitreuses et arentes dont les pesanteurs spécifiques tre 30 et 35 mille, doivent se rap-

., celle du schorl spathique est de 33852, { du schorl olivâtre ou vert est de 34729, loyez la table de M. Brisson.)

) La pesanteur spécifique du saphir du Brésil est

, 307, et celle de l'émeraude du Brésil est de 31555. {Idem , ibidem.) (3) La pesanteur spécifique du schorl violet du Hhiné est de 32956 ; celle de l'œil de chat noi- + râtre, de 32593. (Idem , ibidem.)

plus forte que celle du cristal de roche s et moindre que celle du cristal d' nde; de plus, le péridot a , comme le cristälde roche , un sens dans lequel il n’y a point de double réfraction ; et puisqu'il y a une différence encore plus grande dans les deux réfractions du péridot que dans celles du cristal , on doit en conclure que sa substance est composée de couches alternatives d'une densité plus différente qu'elle ne l'est dans celles qui composent le cristal de roche.

rt SAPHIR DU BRÉSIL.

clat que notre saphir d’eau , et leur densité respective est en même raison que celle du schorl au quartz : ces deux saphirs sont des extraits ou stalactites de ces verres primitifs, et ne peuvent nine doivent être comparés au vrai saphir , dont la densité est d'un quart plus grande , et dont l'origine est aussi très-différente.

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