‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 140 sur 162 · SARDOINE · texte numérisé non relu

SARDOINE

LA sardoine ne diffère de la cornaline que par sa couleur qui n'est pas d'un rouge pur; mais d'un rouge orangé , et plus ou moins mêlé de jaune ; néanmoins cette couleur orangée de la sardoine , quoique moins vive, est plus suave , plus agréable à l'œil que le rouge dur et sec de la cornaline ; mais comme ces pierres sont de la même essence, on passe par nuances de l'orangé le plus faible au rouge le plus intense , c’est-à-dire de la sardoine la moins jaune à la cornaline la plus rouge , et l'on ne distingue pas l’une de l'autre dans les teintes intermédiaires entre l'orangé et le rouge, car ces deux pierres

ont la même transparence , el leur densité, leur dureté et toutes leurs autres propriétés sont les mêmes ; enfin , toutes deux ne sont que de belles agates teintes par le fer en dissolution.

La sardoine est très-anciennement connue ; Mithridate avait ; dit-on , ramassé quatre mille échantillons de cette pierre, dont le nom, suivant certains auteurs, vient de celui de l'ile de Sardaigne, où il s’en trouvait en assez grande quantité : il parait que cette pierre était en grande estime chez les anciens (1); elle est en effet plus rare que la cornaline , etse trouve rarement en aussi grand volume

PRASE.

Cerre pierre a été aussi célébrée par les anciens ; c'est une agate verte ou verdâtre, souvent tachée de blanc, de jaunâtre , de brun, et qui est quelquefois aussi transparente que les belles agates, dont elle ne diffère que par le nom : les prases ne sont pas fort communes , cependant on en trouve non-seulement en Asie , mais en Europe , et particulièrement en Silésie. M. Lebman a donné l'histoire et la description de cette prase de Silésie, ainsi que de la chrysoprase du même pays , qui n’est qu'une prase dont la couleur verte est mêlée de jaune (2). Ce savant minéralogiste dit qu’on trouve les prases et Les chrysoprases dans une terre argileuse verte , et souvent mêlée d'opales , ————————— qu'elle arrête le sang quand on la met sur la plaie... On trouve souvent des pierres fort ressemblantes à l'akjk ou à la cornaline, parmi celles de Camboye , qu'on nomme pierres de mockha , et dont on porte une grande quantité de Suralc, tant à la Chine qu'en Europe. (Description de l'Arabie , par M. Niebubr , pag. 125.) Les plus belles cornalines sont celles que l'on apporte des environs de Babylone ; ensuite viennent celles de Sardaigne ; les dernières sont celles du Rhin, de Bohéme et de Silésie; pour leur donner le plus grand brillant, on met dessous, en les montant, une feuille d'argent. ( Dictionnaire Encyclopédique de Chambers.)

(1) Polycrate , tyran de Samos, croyait expier suflisamment le bonheur dont la fortume s'était plue constamment à le combler , par le sacrifice volontaire d'une sardoine qu'il jeta dans la mer, et qui fut retrouvée dans les entrailles d'un poisson destiné pour la table de ce tyran. (Pline, livre 37 , chap. 1.)

(2) Mémoires de l'Académie de Berlin, année 1755-

dé calcédoïines et d’asbeste ; et comme elles sont à très-peu près de la même pesanteur spécifique (3)', et qu'elles ont la même dureté, et prennent le même poli que les agates , on doit les mettre au nombre des agates colorées ; la cornaline l’est de rouge , la sardoine de jaune-orangé, et la prase l'est de vert. M. Demeste pense que cette couleur verte de la prase provient du mélange du

cobalt, parce que cette pierre étant fondue :

avec deux parties de borax elle produit un beau vert bleu (4) ; mais peut-être cette couleur bleue provient du borax qui, comme je l'ai dit (5), contient des parties métalliques; on pourrait s'assurer du fait en fondant la prase sans borax , car si elle donnait également un verre bleu , l'opinion de M. Demeste serait pleinement confirmée; mais ile croire que la prase serait , comme l'agate, très-réfractaire au feu , et qu'on ne pourrait la faire fondre sans addition , soit du borax ou d’un autre fondant, et dans ce cas , il faudrait employer un fondant purement salin qui ne contint pas, comme le borax , des parties métalliques.

Au reste, quelques naturalistes ont donné le nom de Prase à la prime d'émeraude qui n'est point une agate , mais un cristal vert, défectueux , inégalement coloré , et dont messes

(3) La pesanteur spécifique de l'agate orientale est de 25091 , et celle de la prase est de 25805.

(4) Lettres de M. Demeste, ete., tom. 1, pag. 484 et 485,

(5) Voyez l'artiele du borax dans le premier volume de cette Histoire des Minéraux.

certaines parties plus parfaites que les autres, sont de véritables et belles éméraudes ;

cette substance qui n'est qu'une éméraude imparfaite assez bien désignée par la déno-

le nom de prase a donc été mal appliqué à mination de prime ou matrice d'éméraude.

Page 1