‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 15 sur 40 · DOUZIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME MÉMOIRE

Des Tempéraments acquis.

INTRODUCTION

Nous avons reconnu que la différence des tempéraments tient aux dispositions primitives du système, et à la manière dont s'exercent les fonctions' que chaque tempérament est déterminé par les habitudes de la sensibilité générale , et par celles des organes particuliers. '

Nous avons également reconnu que toute fonction tout acte , tout mouvement quelconque , exécuté dans l'économie animale, est produit par des impressions antérieures, soit externes, soit mternes ; que les impressions , en se réitérant , rendent les mouvements subséquents plus faciles ; qu'ellesmêmes ont d'autant plus de tendance à se reproduire qu'elles ont eu lieu plus souvent, ou duré plus long-temps ; et qu'ainsi la répétition fréquente des mêmes impressions, et des mouvements qui s'y rapportent , est capable de modifier beaucoup l'action des organes, et même les dispositions primitives de la sensibilité

43o DES. TEMPÉRAMENTS ACQUIS.

Si donc les causes de certaines impressions agissent assez fréquemment, ou durant un temps assez long, sur le système, elles pourront changer ses habitudes et celles des organes; elles pourront conséquemment introduire les dispositions accidentelles, ou les tempéraments nouveaux, que ces habitudes constituent. Telle est la véritable source des tempéraments acquis.

Les dispositions accidentelles étant susceptibles de se fortifier de plus en plus, de se fixer et de se transmettre dans les races, les tempéraments acquis sembleraient pouvoir être considérés sous deux pomts de vue différents : je veux dire, comme produits éventuellement chez les individus, sans qu'on puisse en trouver le germe particuHer dans leur organisation originelle ; ou comme développés lentement et successivement dans les générations confirmés par l'action constante de leurs causes ' et transmis des pères aux enfants, à travers une longue succession d'années. Mais il est évident que cette dernière classe rentre dans celle des tempéraments primitifs ou naturels. En effet , la nature est pour nous l'état ou l'ordre présent des choses, quelques changements ou quelques altérations qu'elles aient pu d'ailleurs subir dans les temps antérieurs : elles ne peut être, à nos yeux, 1 état primordial, presque toujours nécessairement inconnu ; elle est uniquement l'ordre fixe des choses, tel que le passé nous l'a transmis. Il faut donc entendre par tempérament naturel celui qui naît

avec les individus, ou dont ils apportent les dispositions en venant au jour; et par tempérament acquis, celui qui se forme chez tes individus par la longue persistance des impressions accidentelles auxquelles ils sont exposés.

Aux différentes époques de la vie , le système contracte de nouvelles dispositions : les fonctions des organes ne s'exécutent pas de la même manière ; il s'établit entre eux de nouveaux rapports. Dans les deux sexes, l'aptitude aux diverses impressions, et la tendance aux mouvements analogues, ne sont pas les mêmes; les diverses habitudes organiques ont plus ou moins de propension à s'établir : il en est enfin qui sont, en quelque sorte, inséparables du sexe, ou dont le principe, agissant dans les individus dès le premier moment de la vie , se développe successivement avec toutes leurs autres facultés particulières. D'après ce qui vient d'être dit ci-dessus, ces deux genres de dispositions et d'habitudes sont encore étrangers à ce qui doit porter proprement le nom de tempérament acquis. Quoique tout tempérament de ce dernier genre ne se forme que successivement et par • l'effet de certaines impressions dont plusieurs viennent du dehors , cependant sa cause fait partie des secrets de l'organisation primitive ; et il entre dans le plan de la nature, qu'il se manifeste constamment au temps marqué.

Les causes capables de changer ou de modifier le tempérament sont les maladies, le chmat,

^'^^ ^^-^ TEMPERAMENTS ACQUIS.

|e régime , les travaux habituels du corps ou de 1 esprit. ^

Observons seulement que la puissance de ces causes est toujours subordonnée, jusqu'à certain point, aux tendances qui résultent de l'empreinte ongmelle. Si cette empreinte est profonde l'ex penence nous apprend qu'elle peut résister à toutes les impressions ultérieures; et lors même qu'elle est plus superficielle , elle tempère toujours l'action des causes qui tendent à l'altérer : car elle ne leur est soumise qu'en tant que l'économie animale est susceptible de recevoir des séries d'impressions nouvelles; et le caractère de ces impressions dépend lui-même, en grande partie, des dispositions antérieures de tout l'organe sentant.

Lorsqu'on suit avec attention la marche des diflerentes maladies , et qu'on les compare entre elles avec discernement, elles présentent , dans leurs phénomènes et dans leurs résultats , des caraclères particuliers qui ne peuvent être méconnus. Chaque tempérament originel, chaque disposilon prim^itive des organes modifie, sans doute, les ettets des puissances délétères, ou morbifiques; et la souplesse de ressources qu'exige dans le médecm la juste application des moyens de traitement confirme, parla pratique, une vérité dont la théorie seule pourrait, en quelque sorte, four-

nir d'avance la démonstration. Mais chaque espèce de maladie n'en a pas iTioins sa nature propre : et, soit par celle de sa cause, soit par sa marche'et sa terminaison, soit enfin parles traces qu'elle laisse après elle , certains signes distinctifs la caractérisent toujours aux yeux de l'observateur. 1 • j

Une première différence générale divise dans la nature , comme dans nos classifications , les maladies en aiguës et chroniques. Ces deux genres ne sont pas moins dissemblables par leurs effets sur le système, que par la durée de leur cours. Dans les maladies aiguës, les mouvements sont, pour l'ordinaire, puissants et vigoureux : ces maladies deviennent souvent de véritables crises; c'est-à-dire , qu'elles servent à résoudre et à dissiper d'autres maladies antérieures, auxquelles les forces conservatrices n'ont opposé qu'une résis- -tance inutile , ou dont l'art a vainement tenté la guérison. Dans les maladies chroniques, au contraire, la nature n'emploie que des moyens de réaction faibles et languissants. Aussi ne sont-elles presque jamais critiques : il est même assez rare que la nature les guérisse par une suite de mouvements réguliers ; et, contre l'opinion reçue , c est . surtout dans leur traitement que se manifeste, et . conséquemment que doit être invoquée la puissance de l'art, sans le secours duquel plusieurs d'entre elles sont communément incurables. Les changements que produisent dans le système les

434 DES tj;mpi^ra.M£Nïs acquis.

maladies aiguës, sont fréquemment utiles; ceux, qui surviennent à,Ja suite et par l'effet des'maladies chroniques , sont presque toujours désavantageux.

Il est cependant vrai que si les fièvres vives continues, et même certaines fièvres d'accès, qui n'en doivent point être distinguées sous ce rapport, opèrent souvent la solution de plusieurs ma- ■ ladies chroniques antérieures; quelquefois aussi, par leur caractère opiniâtre et pernicieux, ou par le vice des moyens employés dans leur trai^ tement, elles commencent la chaîne de diverses autres maladies chroniques subséquentes, dont on peut, à juste titre, les regarder comme les causes directes. Il est même constant que dans certains cas une maladie chronique très -caractérisée en fait disparaître une autre qui l'était moins, ou qui appartenait à des genres différents. Alors celle qui est survenue la dernière peut se guérir sans que la première reparaisse; de sorte qu'elle doit être considérée comme remplissant, à son égard, les fonctions de crise. Mais ce sont là des détails particuliers de théorie, sur lesquels il nous est absolument inutile de nous arrêter.

Quoi qu'il en soit, au reste, de la cause et de la nature des changements introduits dans le systènie par les différentes maladies, l'observation nous apprend qu'ils peuvent être portés jusqu'au point d'imprimer de nouvelles habitudes aux or-

^anes, ou de développer de nouveaux tempéraments.

L'introduction des nouvelles habitudes par les maladies est plus ou moins facile , suivant la nature des changements qu'elle exige ; les dispositions du système nerveux et l'état des organes ne s'altèrent pas avec la même promptitude dans tous les sens, ou ne retiennent pas les empreintes accidentelles avec le même degré de force et de fixité; et les modifications diverses xjue les tempéraments peuvent subir par cette cause s'offrent plus ou moins fréquemment à robservation. Ainsi, les maladies produisent presque toujours, et laissent après elles une prédominance notable du système sensitif sur les forces motrices. Il est, au contraire, assez rare que leur 1- effet soit d'émousser la sensibilité de l'organe nerveux, et d'élever la puissance des organes musculaires au-dessus du rapport ordinaire. I.e ■tempérament désigné sous le nom de sanguin se rapproche assez fréquemment du raélancoHque; \ le mélancolique ne se rapproche jamais, ou presque jamais de lui. Le bilieux revient avec peine, ou même il se refuse entièrement à revenir vers, le sanguin ; il ne descend au phlegmatique que par une dégradation absolue de toute la constitution; il passe plus facilement au mélancohque, en retenant toutefois plusieurs traits de son caractère primitif. Enfin, le phlegmatique acquiert ^ '28.

436 UES tkmpéhaments ACQurs.

souvent un surcroît de sensibilité qui lui fait imiter quelques-unes des habitudes du mélancolique; et quand il éprouve une augmentation simultanée et, proportionnelle des forces musculaires, il peut imiter le sanguin; mais il diffère toujours' beaucoup de l'un et de l'autre, et jamais il ne présente le moindre trait du bilieux (i).

Ordinairement les maladies hâtent ou préparent les développements de la sensibilité; le moral des enfants maladifs est généralement précoce. Quoique cet effet puisse quelquefois résulter d'impressions étrangères à l'état accidentel des organes, il est certain qu'en général l'affaiblissement ou le désordre des mouvements vitaux , en multipliant ou diversifiant les impressions reçues, communique au système nerveux un surcroît d'action; et même, dans certains cas, les altérations directes, produites par l'état morbifique, augmentent immédiatement les forces ou l'activité de l'organe pensant. Les affections de l'estomac et des entrailles, les engorgements des viscères hypocondriaques, les maladies des organes de la génération, augmentent presque toujours la mobilité du système, et rendent ses extrémités sen-

(i) Je me sers ici des mots reçus, sans m'écartcr de la classification qu'ils supposent. Le lecteur peut voir, dans le sixième Mémoire, quel sens précis j'attache à ces mots , et quelle classification j'admets pour les tempéraments.

tantes plus susceptibles de toutes les impressions. Quand la marche chronique des mêmes affections permet que cet état devienne une véritable habitude il se perpétue le plus souvent encore après que ses causes elles-mêmes ont entièrement disparu Certaines affections mélancoliques ou vaporeuses développent tout à coup des facultés intellectuelles extraordinaires; elles font éclore des sentiments ignorés jusque alors de l'mdividu ; et quoique leurs effets s'affaiblissent communément après la cessation finale des accès, communément aussi l'organe cérébral conserve des traces durables de ce mouvement singulier, que de grands désordres physiques peuvent seuls, imprimer à toutes ses fonctions. Les fièvres aiguës ont fait disparaître quelquefois des causes d'imbécillité qui duraient depuis la naissance, ou qui s'étaient formées dans le premier âge; et d'un idiot on les a vues quelquefois faire un homme d'esprit, et même un homme distingué. On sait que le rachitis hâte, pour l'ordinaire, le développement moral des enfants : mais ses effets ne se renferment pas dans la première époque de la vie - ils s'étendent à toute sa durée; et les observateurs les plus superficiels n'ignorent pas que les personnes chez lesquelles il a laissé des empreintes visibles, sont en général remarquables par la finesse et la vivacité de leur esprit. Or, ces diverses maladies ne peuvent produire de sembla-

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bles résultats, sans accroître l'activité du système nerveux, sans étendre ou rendre plus vive la faculté de sentir.

Telle est l'influence la plus ordinaire des maladies. Cependant toutes n'augmentent pas ainsi la sensibilité; quelques-unes, au contraire, la débilitent et l'émoussent. La plupart des affections du système absorbant et de l'organe cellulaire et même une classe entière de celles des nerfs et' du cerveau, frappent immédiatement, ou médiatement, de stupeur les facultés sentantes, sans ra^ baisser au même degré les forces musculaires et motrices. Bien plus, il en est dont l'effet direct est d'accroître ces dernières forces au-delà de toute proportion. Les maladies épileptiques , par exemple, offrent presque toujours les mouvements convulsifs les plus puissants, joints à l'hébetation profonde du système sensitif A la suite de ces fièvres aiguës qui remplissent les fonctions de crises à l'égard d'autres maladies antérieures , les rapports mutuels de puissance et d'action entre les deux systèmes sentant et moteur changent ordinairement en faveur du dernier; et quoique la sensibilité ne diminue pas alors jusqu'au point de détruire l'équilibre, les organes musciilc"ires acquièrent toujours l'exercice et le sentiment d'une plus grande vigueur.

Mais, malgré ces faits très-constants, et beau- i coup d'autres analogues , dont on pourrait encOreK les fortifier, il est infiniment rare que les change-

ments occasionés par les maladies , dans les habitudes des organes, développent le tempérament particulier qui caractérise la prédommance du système moteur sur le système sentant.

Quelques affections de poitrine , accompagnées de fièvre lente, introduisent assez souvent dans l'économie animale une partie des habitudes propres au tempéramment sanguin; et dans les cas, à la vérité peu communs, où la marche funeste de ces affections peut être arrêtée , les chspositions organiques développées par leur mfluence persistent encore, et peuvent devenir un état faxe et permanent. D'autres fièvres lentes, jomtes a la débilité générale des organes, et dégagées de toute résistance spasmodique, amènent avec elles à peu près la même suite d'impressions, qm sont également susceptibles de prendre un certain caractère de fixité. On rencontre aussi dans ki pratique quelques affections du système cérébral et nerveiix, dont le propre est de rendre toutes les impressions heureuses et riantes, et cl attacher un sentiment d'aisance et de bien-être aux ditte-

rentes fonctions. .

Suivant le degré de leur violence , et suivant 1 état dans lequel elles rencontrent le système , les maladies produisent des effets très-divers. Amsi,les engorgements hypocondriaques , lorsqu'ils se forment dans un tempérament sanguin, le font passer au bilieux, s'ils sont légers; au mélancolique s'ils sont prononcés très - fortement. Lorsquils

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surviennent dans un tempérament bilieux ils le tout passer tantôt au mélancolique doux, 'tantôt au maniaque emporté. Ainsi, quelquefois les fièvres intermittentes résolvent ces mêmes engorge n^eots, et chaque accès tend directement au butd autres fois, au contraire, ce sont elles qui les produisent; ils s'aggravent à mesure que les accès se multiplient, et les nouvelles incommodités qu Ils trament à leur suite ne peuvent être utilement combattues, qu'autant qu'on joint à leurs remèdes propres ceux qui coupent la chaîne des mouvements fébriles. Or, dans ces diverses circonstances, les maladies ne laissent point, à beaucoup près, les mêmes empreintes dans les habitudes du tempérament. Ainsi, l'on voit encore les irritations extraordinaires des organes de la génération faire naître tour à tour, suivant l'état antérieur du système et leur propre degré d'intensité, les dispositions du sanguin, celles du bilieux, ou celles du mélancolique. Ces irritations peuvent même être portées au point de changer 1 ordre de tous les mouvements, et d'altérer la nature ou le caractère des impressions.

Il est cependant quelques maladies qui produisent des effets constants sur les dispositions et sur les habitudes des organes. Les engorgements de la veine-porte, par exemple, entraînent constamment à leur suite les habitudes mélancoliques et les désordres nerveux que ces habitudes déterminent à leur tour. Nous avons vu que les

affections chroniques de l'estomac et des entrailles augmentent la sensibilité dans le même rapport qu'elles affaiblissent les puissances de .mouvement. Il en est de même de celles du diaphragme, qui les accompagnent presque toujours : leur effet immédiat est de faire prédommer les forces sentantes sur les forces motrices; comme, de leur côté, toutes les causes capables de refouler la sensibilité vers le centre nerveux accroissent, par cela seul, et dans des proportions presque indéfinies, les forces musculaires, tandis qu'elles semblent interrompre les commumcations de l'organe cérébral avec le monde extérieur, et suspendre, en quelque sorte, les sensa-

tions.

En général, pour influer sur le tempérament, une maladie doit pouvoir contribuer à produire les dispositions constantes des organes; elle doit même en faire partie. Pour l'altérer, il faut qu elle efface leurs habitudes, et qu'elle les remplace par des habitudes nouvelles. Enfin , pour rendre le changement durable, il faut quelle ait réduit à l'inaction les causes déterminantes de 1 état antérieur, ou du moins qu'elle imprime à celles de l'état actuel un degré considérable de pmssance et de fixité.

Le régime qui comprend toutes les habitudes de la vie, considérées dans leur ensemble, dépend, sous beaucoup de rapports, du climat c'est-à-dire de toutes les circonstances physiques propres à chaque locahté : mais il peut en être indépendant, à plusieurs autres égards; et c'est pour cela que, en cherchant à déterminer l'influence de l'un et de l'autre sur les opérations de l'intelligence et de la volonté, nous avons traité d'abord du régime, et puis du climat. En parlant de leur influence sur le tempérament, je ne pense pas que nous devions suivre le même ordre : comme ce que nous avons à dire touchant le climat se réduit à quelques observations générales, c'est par lui que nous allons continuer cet examen. .1

Les deux extrêmes du chaud et du froid produisent deux états du système animal entièrement opposés. Dans les pays très-froids , les forces musculaires sont actives et puissantes, les forces sensitives engourdies et faibles. Voilà ce qu'attestent les relations de tous les voyageurs, et notamment celles de Gmelin , de Pallas, de Linné, de Dixon, de Mears, de Vancouvers, etc. Dans les pays très-chauds, au contraire, les forces musculaires sont débiles et languissantes, tandis que la sensibilité est très-développée , très-étendue, très-vive. Voilà ce que certifient encore les médecins les plus célèbres qui ont exercé leur art

dans ces derniers pays, tels que Kempfer Bontius Russel, Poissonnier, Bajon ,Hillary, Chalmers, et plusieurs autres. Ainsi, le tempérament caractérisé par des i„,pressions obscures peu nombreuses, et par le surcroît de puissance et d action dans les organes du mouvement, appart.en aux régions boréales; celui que caraclensent , au contraire, le grand nombre , la variété , la v.vac.te des impressions, et la débilité, l'mertie, ou du lins le défaut de tenue et de persistance des forces musculaires, appartient aux régions de 1 equateur et des tropiques. Ajoutons ^«"lement pour complétera dernière partie de 1 observation, que des membres vigoureux peuvent se développer sous un ciel brûlant ; mais que le système y contracte toujours des habitudes convulsives, et que ces habitudes ont elles-mêmes pour cause directe les écarts continuels d'une excès-

sive sensibilité. „

Un passage important d'Hippocrate, relatif aux habitants du Phase, et cité dans un des précédents Mémoires, nous a déjà fait connaître le „enre de chmat capable de produire le tempérament ^n'^\ipUesmaiiquc;<^..^ Tva et marécageux; c'est un air épais, charge de vapeurs; ce sont des eaux stagnantes, saturées de l'infusion des végétaux éclos dans leur sem; ce sont en un mot, toutes les circonstances loca es propres à débiliter le système et à ralentir les mouvements vitaux.

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A ce sujet, je ne puis déguiser que des hommes d'un gr-and mérite, et dont l'autorité doit, à tous égards, être imposante pour moi, croient devoir attribuer ce tempérament à d'autres causes, ou le caractériser par d'autres circonstances organiques. Suivant ces physiologistes , sa formation dépendrait du défaut d'équilibre entre les différents genres de vaisseaux ; il consisterait dans la prédommanee habituelle du système absorbant Cette opinion pouvait être Ikcilement ramenée à ma manière générale de considérer les tempéraments ; et je conviendrai qu'elle s'est d'abord offerte à moi sous ce point de vue, et comme probable. Mais, après l'avoir examinée plus attentivement, j'avoue avec la même candeur, qu'il ne m'est pas possible de l'adopter. En effet, 1° les hommes du tempérament dit phlegmatiqL sont précisément ceux chez lesquels les absorptions mternes se font avec le plus de lenteur et le plus mcomplètement. i- Les maladies qui se rapprochent de ce tempérament demandent, pour leur guérison , que les forces absorbantes soient excitées, qu'elles deviennent plus puissantes et plus actives. 3° Pour obtenir cet effet, on ne met point en usage des moyens qui fortifient exclusivement le système lymphatique sans agir sur les autres parties vivantes : les seuls qui soient véritablement efficaces augmentent également le ton de tous les organes, et stimulent à la fois tous les mouvements. L'absorption qui se fait par

DES TEMPliRAMENTS ACQUIS. 445

les extrémités externes des vaisseaux se comporte absolument de la même manière que celles qui s'opèrent à l'intérieur. Une personne placée dans le bain absorbe nne quantité d'autant momdre d'eau, que son tempérament est plus près du phlegmatiqae , et d'autant plus considérable , qu û en est plus éloigné (.). Rien ne peut faire penser que les choses se passent autrement a 1 égard de rair atmosphérique, dont il est notoire que nos corps aspirent plus ou moins d humidité. Remarquons setderaent, que plus les mdividus sont faibles (et les phlegmatiques le sont tous , au moins

fO Si je voulais établir une .hoorie et des lois générales >, eel égard, je ne serais pas éloigné de penser que les uiels cL. lesquels le système absorbant et lymphauque prlmine .éritablemen. sont les vaporeux et les melan- : liques. Je les ai vus constamment absorber .nte quan .t plus eonsidérable de l'eau de lea« /.f.;'^^^/;;. que l'absorption des boissons abondantes se fa.t le plus ra pidement, et avee le moins de fatigue pour les organes de la S gestion U me paraît aussi que leur corps pompe avec une aSé trés-grande l'humidité de l'air; et peut-être est-ce

Héme ca?,se qu'il faut attribuer cette ^^"^^^ dinaire de salive, ou d'urine aqueuse, qu.ls rendent inces

Tvois an contraire, toutes les résorptions se taire leute- ™eut, péniblement et d'une manière incomplète , chez lespitulteux' ou flegmatiques : un air humide les énerve ; ils pompent très-peu de l'ean de leurs bains; les boissons abondantes leur fatiguent l'cs.omae et les intestms, et souvent elles passent chc. eux tout debout, en devo.ement aqueux.

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relativement), plus aussi- la transpiration insensible est chez eux facilement répercutée : circonstance dont il faut tenir soigneusement compte, si l'on ne veut pas tomber dans de graves erreurs en évaluant la quantité réelle d'absorption.

Il y a cependant un fait qui paraît favorable à l'opinion dont je parle , et qui pourrait en avoir fourni la première indication. Dans certains cas d'hydropisie, l'accumulation des eaux augmente journellement bien au-delà du volume de la boisson et du poids total des aliments. On ne peut douter que ce surplus de fluide étranger ne provienne de l'humidité de l'air pompée avec plus de rapidité par les pores absorbants. Les observations ont, dans ces cas, prouvé que plus l'air devient humide, plus aussi cette quantité des eaux absorbées devient considérable: et, d'après les récits de plusieurs médecins très -dignes de foi, elle a quelquefois été si grande, qu'ils ont craint d être taxés d'impx)sture en racontant ce qu'ils avaient sous les yeux. Mais supposons tous ces récits parfaitement exacts (et, quant à moi, je n'en conteste point la véracité), le surcroît d'action des vaisseaux absorbants cutanés ne prouvera point celui de leur force réelle; il peut en être de ces vaisseaux , dans le cas supposé, comme des mtestins dans plusieurs cas de dévoiement, ou lactipn précipitée et tumultueuse de ces derniers organes est l'effet de leur énervation directe. D'ailleurs, ce sont uniquement ici les ab-

sorbants externes dont les fonctions paraissent jouir accidentellement d'un plus grand degré d'activité ; tous les autres sont au contraire plongés dans la plus profonde langueur.

La douceur du climat, la sérénité du ciel, la lé-èreté des eaux , la constance dans la température et dans la pureté de l'atmosphère, développent la sensibilité des extrémités nerveuses , et produisent l'aisance des mouvements. A ces circonstances physiques réunies appartiennent donc particulièrement les habitudes des organes, désignées sous le nom de tempérament sanguin. Une •chaleur vive , des changements brusques dans l'état de l'air, une grande diversité dans le caractère des objets environnants, contribuent puissamment à produire le tempérament appelé bi- Meux. Le mélancolique paraît propre à des pays chauds, mais où les alternatives de température sont habituelles, dont l'air est chargé d'exhalai sons, et les eaux dures et crues, c'est-à-dire, saturées de sels peu solubles , ou de principes terreux. Une température douce et jointe à toutes les autres circonstances heureuses , mais agitée par des variations fréquentes, fournit les premiers traits du sanguin-bilieux; et, pour peu que le régime, les travaux et les diverses causes morales favorisent alors sa formation, ce tempérament devient bientôt commun à tout un pays. Les qualités qu'il produit ou qu'il suppose paraissent être les plus favorables au bonheur particulier et aux progrès

(le l'état social, tant à cause du juste degré d'activité qu'il imprime, que de la souplesse d'esprit et de la douceur des manières qui le caractérisent En général, c'est ce tempérament qui prédomine en France. Si nous voulions entrer dans quelques détails, il serait facile de voir qu'il a constamment influé sur nos habitudes nationales, depuis que les travaux de la civilisation ont fixé définitivement notre climat. Le bilieux - mélancolique ^^x. au contraire , le plus malheureux et le plus funeste de tous. C'est celui qui paraît propre aux nations fanatiques, vindicatives et sanguinaires C'est lui qui détermine les sombres emportements des Tibère et des Sylla • les fureurs hypocrites des Domimque, des Louis XI et des Robespierre; les atrocités capricieuses des Henri VIII; les vengeances réfléchies et persévérantes des Philippe II: il joint l'audace et la violence à la profondeur de 1 ambition et des ressentiments; et la noire terreur, qui le pousse de crime en crime , s'accroît encore de ses propres résultats.

Je répète ici, touchant le climat, ce que j'ai dit Cl -dessus des maladies. Le climat ne change, n'altère, et même ne modifie le tempérament, que lorsqu'il agit avec assez de force, et pendant un temps assez long, pour effacer, au moins en partie, les habitudes antérieures des organes. Cependant ces deux genres de causes diffèrent essentiellement. La maladie est, en général, un état passager; et d'autres impressions font bientôt dis-

paraître celles qui lui sont particulières. Le climat présente , au contraire , des caractères fixes ; ses effets sont persistants : je veux dire qu'il suffit de rester dans un pays, pour vivre sans cesse environné des mêmes circonstances locales; pour éprouver l'action des mêmes objets; en un mot, pour recevoir constamment les mêmes impressions.

§IV

La puissance du climat paraîtra bien plus étendue , si l'on observe que celle du régime en dépend à plusieurs égards. En effet, c'est le climat qui détermine la nature des aliments et des boissons; il modifie Tair qu'on respire; il impose le plus grand nombre des habitudes de la vie ; il invite plus particulièrement à certains travaux. L'action du régime ne peut donc être séparée que par abstraction , de celle du climat : ces deux causes agissent ordinairement de concert; et les changements les plus profonds et les plus durables que l'économie animale soit susceptible d'éprouver leur sont presque toujours dus en commun.

Ainsi, l'effet des aliments et des boissons sur ks habitudes organiques semble ne pouvoir être complet que lorsqu'il est fortifié par celui du climat. Nous avons cependant observé , dans un autre Mémoire , que les habitants de pays trèsvoisins , et dont plusieurs circonstances physiques se ressemblent beaucoup, offrent les plus frap- 4. ^9

pailles différences de tempérament et de constitution ; et nous avons reconnu que de bonnes ol de mauvaises eaux, des aliments fins ou grossiers et l'usage ou la privation du vin, peuvent alors en être regardés comme la principale cause. Les Turcs habitent le même pays que les anciens Grecs : peut-on néanmoins apercevoir le moindre trait de ressemblance entre ces corps massifs, ces tempéraments immobiles, et les constitutions que nous ont dépeintes Hippocrate et les autres médecins ses compatriotes ? et les races des Grecs modernes, quoique mêlées partout avec celles de leurs stupides oppresseurs , n'en diffèrent-elles pas encore essentiellement à tons égards? Les empreintes durables cpie laisse dans le système l'action répétée de l'opium et des autres narcotiques paraissent surtout établir de notables différences entre, les peuples qui les emploient journellement, etl ceux qui les réservent pour le traitement des ma- • ladies, ou qui ne les connaissent même pas.

On peut admettre , en général , que l'usage du i vm joint à des aliments tout ensemble nourrissants . et légers rapproche, à la longue, les tempéraments du sanguin; que les aliments grossiers, mais nourrissants, tendent à faire prédominer les forces musculaires; que les boissons stimulantes, comme le café, combinées avec l'usage des aro- , iTîates, font, au contraire, prédominer les forces 1 sensitives; que l'abus des épiceries et des liqueurs fortes pousse le tempérament vers le bilieux; que

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a production du mélancolique est puissamment ■avorisée par l'emploi journalier d'aliments de difficile digestion, et d'eaux crues et dures, particulièrement lorsque ces causes agissent de concert avec d'autres capables d'exciter vicieusement la sensibilité; qu'enfin, l'habitude des narcotiques affaiblit directement le système nerveux , et qu'elle dégrade indirectement le système musculaire, quoiqu'un effet de ces substances soit d'augmenter momentanément, sinon l'énergie radicale, au moins la puissance d'action de ce dernier.

L'excès ou le défaut de sommeil peut aussi changer beaucoup, avec le temps, l'état générale! particulier des organes. Cette circonstance est surtout capable d'introduire des rapports entièrement nouveaux entre les différentes facultés et les différentes fonctions.

Mais les travaux habituels exercent sur le tempérament une influence bien plus remarquable. I Pour se convaincre que cela ne saurait être autrement, il suffit de considérer que, suivant leur différente nature, les travaux peuvent tantôt servir de moyens de guérison pour des maladies antérieures, et tantôt produire, comme artificiellement, des maladies nouvelles; qu'ils déterminent presque toutes les habitudes accidentelles de la vie; et que Féiat moral et l'état physique leur sont également subordonnés sous un grand nombre de rapports.

Nous savons, par exemple, que les travaux qui

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s'exécutent par de grands mouvements, et qu demandent de grandes forces musculaires, culti. vent ces mêmes forces, les développent et les accroissent, tandis qu'au contraire ils émoussent k sensibilité du système nerveux. Nous savons aussi que les travaux sédentaires, qui n'exigent qua peu de mouvements et point d'efforts physiques énervent le système musculaire; et, pour peJi qu'ils exercent le moral, ces travaux donnent àt tout l'orgaoe cérébral et sensitif un surcroît remarquable de finesse et d'activité. Les bûcherons,, les portefaix, les ouvriers des ports, en un mot,' tous les hommes de peine, sont moins sensibles et' plus vigoureux; les cordonniers, les tailleurs, les brodeurs , etc. , etc. , sont plus faibles et plus susceptibles de toutes les impressions.

Quand les travaux ou les violents exercices du corps sont accompagnés de circonstances capables d'exciter vivement les passions de l'ame, ils impriment plus ou moins au tempérament' les habitudes du bilieux. Voilà pourquoi ces mêmes habitudes semblent famihères aux hommes de guerre et aux ardents chasseurs, particulièrement à ceux de ces derniers qui vont attaquer les betes farouches dans le sein des bois et dans le fond des déserts. Quand les travaux sédentaires sont de nature à beaucoup exercer l'organe moral, et que leur continuité produit, comme il arrive communément alors, l'engorgement des viscères hypocondriaques et de tout le système de

la veine -porte, on voit, par suite, se développer en peu de temps non -seulement les affections nerveuses et les bizarreries d'imagination propres au tempérament mélancolique, mais encore tous les autres désordres des fonctions par lesquels il est patliologiquement caractérisé. C'est une observation qu'on n'a malheureusement que trop d'occasions de faire chaque jour chez les artistes, les gens de lettres et les savants.

Je crois inutile d'entrer ici dans le détail des maladies que les différents travaux peuvent faire naître : elles sont très-variées et très-nombreuses; et leurs effets sur le système sont plus ou moins fixes , comme plus ou moins importants.

Nous gUsserons également sur celles dont certains travaux particuliers peuvent produire ou favoriser la guérison. 11 est peu de maladies chroniques pour lesquelles l'exercice du corps ne soit . directement utile : plusieurs d'entre elles ne demandent même pas d'autre traitement.

Il suffit d'indiquer ces deux causes secondaires . d'altération du tempérament.

Mais si le tempérament peut être véritablement changé, c'est lorsque toutes les causes réunies agissent de concert : encore même serait -il assez difficile de citer des exemples bien constants d'un changement complet dans les dispositions du système; quand l'empreinte originelle est ferme et profonde, il est rare qu'elle s'efface. Les circonstances accidentelles de la vie y mêlent, à la vé-

nté, d'autres empreintes plus superficielles; elle» la modifient, elles donnent de nouvelles directions aux habitudes organiques; mais, ordinairement, c'est à cela que se borne leur effet. Ces modifications dans l'état du système, ces directions nouvelles des habitudes constituent ce qu'on peut appeler les tempéraments «c^^^/^ ; jamais ou presque jamais l'observation positive et la réalité des choses n'offrent rien de plus.

Les effets moraux des tempéraments acquis sont plus variés peut-être, et non moins étendus que ceux des tempéraments originels; mais ce que nous pourrions établir en général sur ce sujet rentrerait presque toujours dans des considérations exposées ailleurs assez en détail (voyez Mémoires 6, 7, 8 et 9); ou ce que nous pourrions i ajouter encore nous forcerait de tracer des tableaux de maladies , et d'entrer dans des explications médicales, trop circonstanciés les uns et les autres , et qui seraient absolument étrangers au but et au plan de cet ouvrage.

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