‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 150 sur 669 · U CI LE · texte numérisé non relu

U CI LE

J'espérais au foyer trouver madame Estelle;

Mais je ne la vois i>as... Pardon!

CEANVILLE.

Mademoiselle,

Puis-jc vous demauder si l'on dispute encor?

LCCILS.

Tout le moude à la fois, jusqu'à monsieur Victor. Euûn madame Lslellc est ma seule espérance.

GKANYILLI.

Ces débats sont fréquents , selon toute apparence?

LtClLE.

C'est ainsi qu'on répète.

(.EAflVlLLE.

Avec ce même accord?

UCILE.

Oui.

(rest plus fatigant que je n'ai cru d’abord. LrciLB, ralMnt un mouvement pour torlir.

Permettez...

caAiwiu.x.

Un moment, ècoulez-moi, de grâce.

A part.

Ma déclaration quelque peu m'embarrasse...

, Voulez-vous m'honorer d'un regard?.. Les beaux yeux!.. ' Je vais vous étonner : me trouvez-vous bien vieux?

IVCIEE.

Que veut dire monsieur ?...

GU1VVIELE.

Parlez, un long voyage .A da brunir mou teint et creuser mon visage; Mais j'ai trente-six ans.^

Ll'CILE.

Je ne devine pas...

GBAXV1I.LX.

Les voyages sur mer n'ont pour vous nul appas?

IICIIE,

Non, monsieur.

GEAXVIILE.

C'est dommage; et si, par aventure.

Un marin dont l'esprit ne fût pas san.s culture ,

Grand voyageur, bien franc, tourné dans ma façon. Ayant mes traits, mon air, bonnèle bomrac cl garçon, I De mon âge à peu près, d'un joyeux caractère. Tombait dans ce foyer de quelcjuc autre lièmispbèrc , Et jurant â vos pieds l'amour le plus constant , Appuyait son aveu d'un million comptant ,

Vous offrait un bétel , un briibnt équipage...

LICUB.

Je ne saurais, monsieur, comprendre ce lang;igc; Souffrez...

j GEAXVILLB.

I Non pas , un mol doit calmer votre effroi.

Votre tuteur m'approuve ; au moins écoulez-inoi. Dans ce maudit foyer tout prèle â l'équivoque; J'explique en l'aclicvanl un discours qui vous clioquc.

LES COMÉDIENS. — .\CTE III

Ce voyageur» c est moi ; son portrait » c'est le mien »

Et c'est avec son nom qu'il vous ollro son bien.

LCCILB.

Cette preuve d'estime et me touche et m'honore.

Le monde, je le vois, me rciul justice encore ;

Mais l'accueil du public a passé mes désirs.

Mes devoirs, grâce à lui, sont pour moi des plaisirs; Contente de mon sort, lieureusc près d'un père,

Je ne veux...

GRATt VILLE.

Je suis franc : seriez-vous moins sincère? Expliquons ce refus : certain monsieur Victor A surpris votre cœur et me fait un grand tort.

LCCILE.

Je suis fîère , il est vrai , de l’amour qu'il m'inspire : Son talent...

GRAXVILLB.

Ah! talent dont on ne peut rien dire, Qui n'est pas bien prouvé.

LICILE.

Qui doit l'étre ce soir ,

Qui le sera, monsieur.

ORAXVILLB.

C'est ce qu'il faudra voir.

Un poêle !

LCCILE.

Il est loin d'élre millionnaire;

Alors, pour bien des gens, c'est un homme ordinaire ; Qu'il le soit à vos yeux, rien de plus naturel :

Il n'olfre pas d'écrin , d'équipage , d'iiùtcl :

Non ; mais je l'aime.

Eh ! c'est cet amour dont j'enrage, Pour qui j'aurais cent fois donné mon héritage.

Que vous manquerait-il si j'étais votre époux?

Si vous m'aviez aimé...

Ll'CILE.

Je n'eusse aimé que vous.

Crand merci pour Victor! D'une mer turbulente 11 va sur un théâtre ailronter la loumienie. Quelle audace! malgré son mérite et vos vœux , Je crains fort qu’il n'échoue.

LCCILE.

Il sera malheureux ;

Et je l'cn chérirai, s'il se peut, davantage.

Mais, affranchi par là du serment tjui l'engage, Votre tuteur enfin...

I LCCILB

; Je connais mon devoir ;

^ Mon tuteur sait aussi jusqu'où va son pouvoir,

I A sur mes sentiments l'autorité suprême;

Mais je u'cii dois, monsieur, ré|>ondre qu'à lui-méme.

Elle f«ll UDU rCviîrcncc cl «orl.

i SCÈNE III.

! GILVNVILLE.

Eli bien! de son refusje suis tout stu|>éruii!

I Avec emportement.

Préférer un Victor!... qui me vaut bien au fuit. Monsieur le légataire , allons, point de faiblesse;

Je saurai si Victor mérite sa leudrcsso.

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