‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 28 sur 669 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

< Tii nous rends nos derniers signaux ;

» \jO long du bon) le cAbIc crie ;

• I.'aiicrc sel«ve et son des eaux;

• l.a voile s'ouvre; adieu» pairie !

» Dos flols l’un par l’aulrc heurtes

* Je vois fuir les cimes mouvantes,

* Comme les flocons ai^entcs

> Des toisons sur nos monts errantes.

I Je vois se dérouler les nœuds

• Qui mesurent l’huniide plaine,

» Et je vogue, averti par eux

> Que loin de toi le vent lu'cnlraîne.

» Doux pays, !>ois sacrés, l)caux lieux.

» Je pars, cl pour toujours peut-être I » Disait un Grec dans ses adieux \ Cypre <pii l’avait vu naître ;

< Sur vos rives la liberté,

* Ainsi que la gloire , est proscrite;

> Je pars, je les suis, cl je quitte

> Le beau ciel qu’elles ont quitté- i

II chercha la liberté sainte D'Agrigcnic aux vallons d'Enna...

Sa flamme antique y semble éteinte, C^mme les flammes de l'Etna.

A Naplc, il trouva son idole Qui tremblait un glaive A la main;

11 vit Home, et pas un Domain Sur les débris du Capitole !

O Venise, il vit ic-s guerriers;

Mais ils ont perdu leur audace

I Plus vite que tes gondoliers N’ont oublié les vers du Tasse.

Il chercha sous le ciel du Nord Pour les Grecs un autre Alexandre...

Ah î dit-il , le Phénix est mort ,

El ne renaît plus de sa cendre !

A Vienne, il apprit dans les rangs Des oppresseurs de l’Ausonic Que le succès change en tyrans Les vainqueurs de la tyrannie.

Il trouva les Anglais trop fiers ; Albion se dit magnanime ;

Des noirs elle a lirisé les fers.

Et ce sont les blancs quelle opprime.

Il parcourt Londre , en y cherchant Cet homme l'effroi de la terre.

Dont la splendeur A son couchant I Pour tombeau choisit l'ADglcierrc.

j Mais elle a craint ce prisonnier , j Et, reculant devant sa gloire,

I A mis l’Océan tout entier I Entre un seul homme et la victoire.

j Sur loi , Cadix , il vient pleurer ;

I Nos soldats couvraient ton rivage;

I II vient, maudiss.int leur courage ;

I II part , de peur de l’admirer.

I Paris t’appelle; au seuil d'un temple i ^ Le Grec, dans nos murs arrête.

{ Sur l’autel voit la Lilicrté...

; M.'iis c’est un marbre qu’il ronlcinple ,

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LE VOYAGEÜK.

Semblable i ces dieui inconnus ,

A ces images immortelles Dont les formes sont encor belles ,

Dont la divinité n'est plus.

Pour revoir son Mo ebérie ,

U franehit les flots écumants ,

Mais le courroux des Musulmans Avait passé sur sa patrie.

Des débris en couvraient les bords.

Et de leur cendre amoncelée Les vautours, prenant leur volée.

Emportaient les lambeaux des morts (1 J.

n dit, s’élançant dans l'abtmc :

I Les peuples sont nés pour soulTrir ;

■ Noir Océan , prends ta victime ,

I S'il faut être esclave ou mourir ! <

Ainsi l’alcyon, mo'ms timide.

Part et se croit libre en quittant

La rive où sa mère l'attend Dans le nid qu’il a laissé vide.

Il voltige autour des palais ,

Orgueil de la cité prochaine ,

Et voit scs frères, qu'on enchaîne , Se débattre dans des filets.

n voit le rossignol , qui clianle Les amours et la liberté ,

Puni par la captivité

Des doux sons de sa voix touchante.

De l’Olympe il voit l’aigle altier Briser, pour sortir d’esclav.igc.

Son front royal et prisonnier Contre les barreaux de sa cage.

Vers sa mère il revient tremblant , Et l'appelle en vain sur la rive ,

Où flotte le duvet sanglant De quelque plume fugitive.

(1)C7prc fui dételée par let Turci au moi* d'août 1829. Soixante bour|;« ou rillacet avaient entièrement ditparu au iDoit de leptembre dn la mémo année.

, Hutoire inédite de Ut Rigéniration de (n Grèce, V\e. it. 1

L'olscau roconnall ces débris,

Il suit le flot qui les emporte ,

Rase l'onde en poussant des cris , Plonge et meurt... où sa mère est morte.

SIXIEME ME8SENIENNE

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