SCÈNE III
CLOCESTER, TYRREL.
ULOCB.STER.
C'est Tyrrel qu'on vous nomme ?
TYRREL.
James Tyrrel, milord.
CLOCESTER.
Vous êtes geiuilhomine?
TYRREL.
D'assez bonne maison ; c'est là mon beau côté : Cardes biens paternels mon nom seul m'est resté.
Qu'il vienne. Sur son bras puisse compter au moins? f.i,ocE.>iTER.
Je l'esjwre, et malheur au scrupuleux complice. Vous avez dévoré plus d'un rlclio héritage ?
LES ENFANTS n’ÉDOl'ARD. — ACTE II.
Quatre.
TYMSl.
GLOCK5TER.
Vous en auriez dissipé davantage.
TYRRIL.
Je le présume aussi ; mais , pour m'en assurer,
Je n’ai plus par malheur de parents à pleurer.
GLUCRSTER.
Vous auriez mis, dit-on, seigneur de haut lignage, l*our cent livres sterling tous vos aïeui en gage.
TTRRtL.
Cesl une calomnie, et milord le sent bien!
Vu que sur des aïeux un juif ne prèle rien.
GLOCE8TER.
Voilà votre raison?
TYRREL.
Elle est bonne.
GLOCESTER
Vous êtes
Décrié pour vos mœurs, écrasé sous vos dettes. Sans principes, sans frein...
TYEREI.
Ajoutez sans crédit,
El, cela fait, milord, vous n'aurez pas tout dit.
Joueur!
GLOr.ESTCR.
TYRREL.
Qui ne l'est pas?
GLOCESTER
Joueur déraisonnable!
Si j’avais ma raison, je serais plus coupable.
GLOCESTBR.
Le vin, en vousTOUiiit, vous rendit querelleur...
TYRREL.
Il cul donc tous les torts ; je n'eus que du malheur.
GLUC ESTER.
Furieux.
TYRREL.
Cesl sa faute.
bLOCESTCR.
El iiicurlrier par siiile.
Tl nilEI., frutijrmi'nl.
C’csl pourUiil là, lullurd, que mène riiii'omliiile.
UI.Ue ESTER.
A TjUurn.
TVRREI.
Où j'allcmis qu’un lioiiil préêipilé Me lance dans l'espace cl dans rélernilé.
I CLOEE.STER.
I LclermcduvojTigc csl forl Irislc.
I TYRREl.
j Sansiloiilc;
Mais je me suis du moins amusé sur la roule.
I ULUrESTCR.
I Je vois que les eadiols ne vous oui poiul change.
TYRRRI..
Tanl que je n’aurai rien je serai corrigé.
tEI«,E.VTER
Mais si l’on vous pardonne?
^ TVRREI.
On perdra sa elémence.
I OEOEESTER.
' El si l’on vous rend loul, TyrrcI?
I Je rccuinmcnce.
' .V l’àgc rcspcclable oii je suis parvenu,
Hors la verlu, milord, rien ne m’csl inconnu.
Mais à mourir demain je me sounicls d'avaiiee.
S'il faul |>our me sauver faire sa coimaissaiiee.
.Moi, cainnic un aposlal, renier mes licaiiv jours! Jamais! Grands airs, grand irain, duels, folles ainonrs,
' J'avais lous les défauls qu’un genldliommc alliclic!
I El des amis !... jiigei : je fus quaire fois riche.
' .Nous élions l>caux à voir autour d’un bol en feu, lîuvanl sa flamme, en proie aux bourrasques du jeu, Quand il faisait rouler sous nos mains forcenées i l.e flux cl le reflux des piles de gninées.
Quelles nuits! beau joueur, et plus heureux amani. J’eus un fds, bien à moi ; je ne sais pas commcnl;
I Mais je l’idolàli-ais. Il élail adorable,
‘ Lorsqu’au milieu des dés, qui parcouraient la Ubie,
' Il Irépignail sur l’or par scs pieds dispersé;
Je le précliais d’exemple; il m’aurail surpassé.
Et déjà son enfance, en malices féconde, l'roineltail le démon le plus eharmanldu monde...
(!e n’est qu'un ange, hélas! Dieu me l’a retiré !
, Je l’ai pleuré, ce fils, ah! je l’ai bien pleuré!
J’étais mort à la joie, et j’ai voulu renaître;
Jetant trésors, contrats, regrets, par la fenêtre,
J'y jetai ma raison : il fallait oublier.
Du désordre opulent qui m’était familier, ,
. Je descendis plus bas; je bas jusipi’à la lie.
I De la taverne enfin la grossière folie ,
: F!t d’excès en excès je tombai, je roulai I Jusiju'au fond de l'abime, où, de plaisirs brillé,
! Mais trop pauvre d’argent |)Our mourir dans l’ivresse. En m’éveillant à jeun, je connus ma détresse.
I Vous parlez de Tyburn ; me voilà : je suis prêt.
' ^'ayalll plus un schciling, je n'ai pas un rcgiel.
«<Ji
LKS ENFANTS D’JiDOUARD. — ACTE II.
Que le néant, le ciel ou Fenfer me réclame, Mou corps est arrivé : bon voyage à mon àme !
Convenez-en, Tyrrel, vous seriez hoiiimc encor A la vendre au démon, s'il vous oiïrail de For.
TVRREL.
Je ne marchande pas, (|iiel(|ue prix tpi'il y meUe; Mais il Faura pour rien, je douie qu’il Fachèle.
CLOCeSTEa.
Cl s’il fuit le marché?
C'est une du|H*.
GLOCB9TER.
Veux-iu la vendre?
Ch bien!
TYRREi.
A qui ?
GLOCESTER
Je Facltèlc.
TYRREL.
(iombien ?
GLOCESTER
Je le rcuds tout.
TYRREL.
Voyons!