DON JI AN, PIIILIITE II
PHILIPPE II, A p»rl.
Quoiqu'il fasse , pas un des replis de son cœur ne m'échapi>cra. (AdunJuaQcn>'»»*cyant. ) Approdicz. (Don Juaa ta chercher un fauteuil cl vient h'aMCoir auprf'» de lui.)
PUILIPPB II, Après l'avoir rckprdè avec élonncutciit.
(A part.) Après tout, il ne me coimalt pas. (u.iut. ) On m'a dit beaucoup de bien de vous, seigneur don Juan.
Don ArAH.
J'aimerais mieux, seigneur comte, qu'on vous en eût dit un peu de mal ; je serais plus sfir de faire honneur à l'opinion que vous auriez de moi.
Voilà de l'humilité ; je vous en sois grc : c'est une des vertus que je désirais le plus vivement trouver en vous.
1H)V JilA'X.
Vous êtes trop bon; j'ai moins d'iiiiiiiiliU' que de rrancliisc.
Celte qualité m’est aussi parliciilicrcnicnl .agréable. Cl je vais la mettre à répreuve. Vous avez beaucoup médité, jeune homme?
Do^ nus.
Moi!-..
Beaucoup, je le sais. I.es réflexions mûrissent la jetines.se ; diles-moi quel a été le résultat des vôtres, et quelle est la carrière où votre nature vous porte de préférence. Que j’aie la satisfaction de vous entendre développer les plans que vous avez conçus dans la solitude pourvuireavenir, cl jusqu'aux sentinienls les plus intimes tle votre belle àrac. Ne vous Ironqiczvoiis pas stir votre vocation? expliquez-vous sans I aucun déguisement.
I DOX JI AX.
! Je ne vous laisserai rien à désirer. Ch bien donc,
I mon gentilhomme, partons d'tiii principe : il n’y a ^ que trois choses dans la vie : la guerre, les femmes et la chasse.
Comment? répétez; j’ai malentendu sans doute.
DOX iCAX.
Ou les femmes, la chas.se cl la guerre; dans l’ordre j que vous voudrez, je n'y tiens pas, |M>urvu que tout s’y trouve.
' Mc répondez-vous sérieusement?
[ DOX JI AX.
j Comme vous m'iiUerrogoz ; je ne puis pas dire plus.
Vous conviendrez que voilà de singulières dispositions pour entrer au couvent.
I DOX JCAX.
I Aussi n’en ai-je pas la mointire envie; et je mettrais plutôt le feu à tous les couvents de l’Rspagne que de ^ faire mes vœux dans un seul.
PHILIPPE II, AC ievAut avec vlvacUe.
' Miséricorde ! quelle vocation !
DOH JCAIA, fruldemciit. en frappanl Un rever» tie la injlit Atir le lAiiietill du rot.
Asseyez-vous, asseyez-vous donc. C’est la mienne : vocation vers la révolte, contre tout ce qui peut gêner ! mon indépendance ou mes plaisirs, vocation de corp-» cl d'àinc pour tout ce qui rend la vie douce on gloi rieuse !
PHILIPPE il.
•Alors, don Quexada s’est joué de moi.
DON JUAN D* AUTRICHE. — ACTE I
50K Jüà^.
Non pas rexcellent homme! c’est moi qui me suis jonc de loi, et je m’en accuse avec cette humilité que vous aimc7, et cette franchise qui vous est particuliè* rement agréable.
PBILlPrttl, «ér^mcnt.
Seigneur don Juan!... (&iNirt,en««raMe]rani.) Mais j’irai jusqu'au bout.
DOV jrAV.
Je crois vous avoir donne tous les renseignements désirables sur mes principes. J'ajouterai que vous voilà plus avant que moi dans mes affaires personnelles : car vous savez qui je suis, et je ne le sais pas; veuillez donc m'instruire, afin que je me connaisse aussi parfaitement que VOUS me connaissez vousméme.
Votre père, qui m'a revêtu de son autorité sur vous, a mis à la révélation de ce secret des conditions...
DOV JCAH.
Que je devine, et que je vous dispense de m'expliquer; mais mon père n'ëtait pas un despote.
Qu'en savez-vous?
DOV iOAN.
Étrange manière de me le faire aimer!
Peut-être avait-il le droit de l'être.
H05 JÜAIV.
Le roi ne l'a pas lui-même. Si mon père vivait encore , lui, dont on invoque l'autorité pour en abuser, il rougirait de la pousser jusqu'à la tyrannie.
On vous a dit qu'il ne vivait plus?
HOK /VAX.
Pour mon malheur ; mais, lui mort, je ne dois à qui que ce soit le sacrilicc de mes {>cnchanls et de ma dignité.
Ccpcndunl, je vous dirai qu’il dépen<l de vous d’être quelque chose dans le monde , ou de rester un homme de rien.
DOV JCAV.
Et je vous répondrai qu’on ne reste pas un homme de rien, quand on est un homme de cociir. I.a plus haute naissance ne vaut pas le prix dont il faudrait acheter la mienne. De quoi s'agit-il? d'un héritage qu'on me refuse? je m'en passerai ; d'iin nom qu’on veut me vendre trop cher? avec mon s.ang je saurai
! m’en faire un à meilleur marché. Maintenant parlez,
: si bon vous semble. Ne le voulez-vous pas? libre à vous; mais brisons là («n «c levant), et adieu , comte de . Sania-Fiorc; l'homme de rien n'a pas besoin de vous I |K)ur devenir quelque chose.
I PHILIPPE lI,en«ouriant.
I Asseyez-vous à votre tour, et causons sans nous ' nicher. Vous avez donc un penchant invincible pour les armes?
DOIfJLAH.
Invincible, je suis Castillan ; c'est tout dire. Âceusez-moi tf ambition , vous le pouvez : je conviens que j’en ai. Riez de mon orçueil , je vous le permets ; car , malgré mon néant, il me semble que je suis plulêt né pour commander que pour obéir. Je ne m'en ferai I pas moins soldat ; mais vous êtes puissant, et si, avec son aiiloritc, mon père vous avait transmis un pou de sa tendresse pour moi, je ne serais pas soldat long- I temps.
Il est vrai que je pourrais vous pous.scr dans cette carrière.
DON JtlAN , avec effusion.
I Faites-le donc, cl j’en serai reconnaissant toute ma vie.
I PDILIPPB II.
I Je ne m'engage pas; rcpeiidaiit je ne dis pas non.
I DOV JCAV,
f C'est quelque chose. Votre sévérité met entre nous i dix bonnes années; mais si je suis dans l'àge où on fait des folies, vous êtes encore dans celui où on les . pardonne. (RapprocbantMtnfauieuiltlcccliildiiroi.) Kl j’étais sùr que deux jeunes gens finiraient par s’cntcmlrc .
I Mais ai-je reçu toutes vos confidences de jeune i homme? l'amour de la liberté est-il bien véritablc- I ment le seul amour qui vous éloigne du cloître? Je vous le demande en ami.
I DOS JL’AÎI.
' Avant de répondre à cette question très-amicale, j'en aurais deux qui ne le sont pas moins .à vous adresser.
PHIUPPE II.
I Ivcsquclles?
DOS JCAS.
iVvez-vous jamais aimé, comte de .Santa-Kiorc?
Mais... oui.
OOV JCAV.
Aimez-vous encore ?
nO\ JUAN D’AUTRICHE. ~ ACTE I.
l»H(UPPE II.
Eh bien! je l’avonc, j’aime encoro.cl pruM'trcplus que je ne voudrais.
Do^ JTAS, Kc levant.
Vous aimer.! voilà qui nous rapproche tout à fait; cl moi aussi, j’aime la plus belle, lapins digne, la plus adorable femme qui soit au monde.
PHIMPPE ll,«; levant au«al.
Permeuez-moi de réclamer pour ma maîtresse.
D05 JVAÎI.
C’csi juste, ei je conviens d’avance que l'une n'csi pas moins belle que l’autre; mais je reste convaincu que si vous ne partagez pas tous mes sentiments pour la mienne, il vous sera du moins impossible de lui refuser votre admiration.
PHILIPPE il.
Encore faudrait-il que je la connussti!
DOn JUA?(.
C’est demander beaucoup; rcpcndani ccouiczuclle est ma conliance dans son empire sur ceux qui peuvcni la voir cl renicndre , que je veux bien en venir avec vous aux comblions. Faisons un Iraiié; si vous approuvez mon choix , vous donnerez votre consenicnicnlà un projet où j'attache mon Imnheur, et vous me direz le secret que je veux savoir; jurez-lc-moi, foi de Castillan !
Foi de Castillan!... si j'approuve votre choix; mais quand la verrai-je?
DUX JVAV
Aujourd’hui même, et cJiezellc,jen'y ironvcaucun inconvénient: car je suis majeur. Si j’obtiens votre agrément , j’en serai tout à la fuis heureux cl fier ; et si je ne l'obtiens pas, je vous avoue que je prendrai, a mon grand regret , le parti de m’en passer. Mais ne vous bkliez point, vous ne pourrez pasliit résister.
Je le souhaite pour vous.
DOl Jl'AV.
J'ea suis sûr, et je veux lui annoncer votre vi.siic. Après la messe, où nous allons tous deux , elle pour Dieu et moi pour elle, veuillez, si toutefois aucun autre rendez-vous ne s’y oppose, me rejoindre à sa demeure, cette jolie maison à l'entrée de Tolède, le cinquième balcon après l'église Sainl-Scbasticn.
Je vous promets de m’y rendre, {a part.) Mon père ne pourra pus dire que je n’ai pas fait tout en conscience.
DOX jrAH.
.\ revoir donc chez dona Florinde î je vous le ré-
[ pi’^ie, j’aurai votre consentement. J’en ai pour garants I les charmes dont je connais lo pouvoir et l’amitié qui I commence entre nous, (uii prenant la main.) Oui, comte,
' je vous le dis franchement, je vous aime déjà comme un frère.
I Vous allez vile.
I DOX JlAX.
C’est dans ma nature : j'aime ou je hais de premier mouvement.
Moi, je ne fais l’un ou rature qu’avec de bonnes raisons.
DOX JCAX.
C’est que vous èiesde lacour et que je n’ensiiispas.
(A don Qiirtada qui onlr'anvre la porte limklemcni.) Entrez ! donc, n'éles-voiis pas toujours mon père? entrez, il n'y a point d'indiscrétion.