SCÈNE IX
Le pourrai-jc?
PEBLO.
El si cctlc nuit est sombre...
DON JI AN
FRÈRE ARSÈNE, 1H)N Jl AN.
FRÈRE ARSÈNE
Approcliez, mon jeune ami.
Eh bien !
PEBIO.
Avec celte clef...
DON ZIAN
Après?
DON Jl'AN, A part.
Ce moine, je le déteste d’avance.
FRÈRE ARSÈNE, A part.
Il y a je ne sais quoi en lui , qui me remue le ccpur.
DON JUAN D’AUTRICHE. — ACTE III
D07« iUA'V.
F.h hieii, mon révérend? (a part.) Je trouve dans scs traits une bienvcillaoce à laquelle je ne m’attendais pas.
FRÈRE ARSÈNE
Vous avez donc rintenliu» de faire vos voeux üaii^ cette maisuii ?
noN Jl'AN.
Je ne sais pas feindre : j’y suis contre ma volonté.
FRÈRE ARSÈNF..
Comment?
DON JCAN.
On s’est cm|}.arc de moi parlaforre; c’est p.irla force qu’on m’a conduit ici.
FRÈRE ARSÈNE
Vous n’avicz donc pas de protecteur?
IK).N Jt’AN.
Jen avais un; il m’a traité vingt uns coimno son tils. J'ai pu commettre des fautes, je it'y clierclie pas d’excuses ; amis devait-il^ pour iii'cii îitlliger la peine, devenir le complice de cette infamie; lui, don Quexada!
FRÈRE ARSÈNE
Don Quexadaî qu’avez-vous dit? cesi à don i Quexada que vous avez été confié dès l'cnfaiice?
DON JIAN.
Il est vrai.
FRÈRE ARSÈNE
Vous VOUS nommez don Juan?
DON JUAN
Sans doute.
FRÈRE ARSÈNE, A pari.
C’est lui! mon fils!... (Haut.) Kst-il |>ossible? vous, don Juan, uiallieureux, lualliciireux près deinui! vous prisonnier dans ce cloître!
DON JEAN
Et pour la vie. Mais qu’avez-vous?
FRÈRE ARSÈNE
Uieu, non, rien. L'intérét... la pitié... (a pan.) Ah! restons maître de rémotiun qui m’agite.
DON JtAN.
Vous saviez mon nom !
FRERE ARSÈNE
Ne vicnl-on pas de me rapprendre? (a p»n.) Qu'il est bien ! que j’en suis fier ! est-ce que je n’oserai fuis l'embrasser?
DON JIAN.
Vous connaissez don Quexada ?
FRÈRE ARSÈNE
Je l'ai vu anircfois. Il commamlail ceux qui vous ont amené?
DON JCAN.
Lorsqu’ils ont porté la main sur moi , il était là, ce protecteur de ma jeunesse! 11 s’est fait le geôlier de son élève. Vous comprenez que je ne voulais plu.s le regarder, ni lui parler. Quand nous sommes arrivés à la première grille , il m’a dit tout bas : t 'Ke- » merciez -moi de vous avoir conduit dans ce couvent.
I I car j’avais l’ordre de vous ciiferiuer dans un autre. » j Vous conviendrez que je dois lui savoir gré de sa pro- ‘ tcction !
I FRÈRE ARSÈNE, A IMrl.
I Je reconnais là mon vieux conseiller, (a «lonjuao).
.Mais fiourquoi vous priver de votre liberté? de quel I droit? qui l’a commandé?
DON iUAN.
Le roi.
FRÈRE ARSÈNE, à pari.
Son frère ! ce serait horrible. (Haut.) Le roi, ditesvous?
DUN JCAN.
Cet ordre lui a été surpris par un lâche, qui a mieux aimé se déshonorer en iireiiq>risoiiiiaiii, que s'ex|M)Scr à me voir face à face, ré|>ée à la main.
FRÈRE ARSÈNE
Mais votre père ?...
DON Jl'AN.
C'est avec son nom qu’on me persécute ; c’est sous sa volonté qu’on m'écrase ; enfin , c'est lui, dit-on, lui qui m’a condamné à vivre, ou plutôt à mourir dans 4 cette prison.
FRÈRE ARSÈNE, vivciiiotU.
Cela n’est pas!... je veux dire que cela ne fient être ; qu'il eût désiré, |>ar des raisons dont il était le seul juge, vous voir embrasser une profession paisible et sacrée, je le comprends; mais qu’il ait voulu qu'on en vint contre vous à celle tyrannie, à ccUc violence! un père!... ali! je le répète , c'est impossible.
^ DON JIA.N.
> A4-il jamais été un fièrc pour moi!
j FRÈRE AR9ÈNE.
Êtes-vous sûr qu'il lui fût ficrmis de l’circ?
DUN je AN.
I Mon malheur m'a fait rédéchir; j'ai ouvert les ; yeux : on aflirme qu'il n’est plus; mais fieul-étre vit-il encore? f>cut-»Hre c’est un grand seigneur île I celle cour si pieuse, où, fx>ur avoir failli dans sa jeunesse, on devient dénaturé sur scs vieux jours.
I Qui sait s'il ne poursuit pas en moi un souvenir qui le gène , un lénioiii qui l'accuse , et si je ne suis pas le fruit de quelque faiblesse liutuaine, dont il n fdns de honte que de remords?
nON JUAN D’ALTRICHE. — ACIK 111.
rAtni ft p*rt
Ab! Dieu nrcn punie orucllcniciii.
Les voilà, ces gromis de la terre! pour elTacer jusqu a la trace d'une erreur, ils livrent leur sang, oui, leur propre sang, ils rabaiidonncnt à des mains étrangères ; ils jetlenl un m:illieiireu\ à la merci du hasard. Veille sur lui qui voudra au besoin, ils rcnferinent vivant dans un tumbcMu, aliu qu'il expie par ses austérités une naissance dont ils sont coupables; et se reposant de leur salut sur la pétiilcncc d'autrui, ils vivent eu paix avec eux-memes ; ils jouissent d'une réputation sans tache. Ainsi va le monde : ils ont commis un crime pour cacher une faute, et on les honore!
FRtaC ARstVE.
Ab! c'est trop! jeune liomme, craignez d'élre injuste.
DOV JCAV.
Je le suis; vous avez raison. douleur m'égare et me rend injuste envers mon père; mais croyez que j’exposerais cent fois ce que je tiens de lui pour venger son honneur mis en doute, ou sa mémoire outragée. Ah î s'il a cessé de vivre, je le pleure ; cl s’il existe, je lui pardonne.
FRÈBE ARSBVK.
Bien!... bien !.... voilà un mot de i’àiue qui me prouve que vous êtes digne d'uii meilleur sort.
DOX JCAV.
J'ai donc trouvé un ami où je ne croyais rencontrer que des persécuteurs. Ah! pourquoi Charles- Quint a-t-il expiré trop tôt ? Grâce à vous , je lui aurais parlé, peut-être.
raSRB ARSBVE.
Que vouliez-vous lui dire?
DOV Jl'AV.
Vous le demandez ! J'aurais embrassé scs genoux; je lui aurais dit : J'ai du cœur, jVimc la gloire, et on veut étoufler mon avenir dans un cloUre. Je n'ai que vingt ans, cl on viole toutes les lois divines pour ui’imposer une captivité sans lin ; je suis votre sujet, cl on m’opprime, au mépris de toutes les lois humaines. Vous avez été trop grand pour ne pas être Imn cl juste, et vous devez vous jeter entre l’oppresseur et moi... Kst'cc que je ne l'aurais pas attendri? raZBB ARSEXE, avec effuaiun.
Jusqu'aux larmes, don Juan, jusqu’aux lurines!
l>OX il AX.
Kl il m'aurait rendu au monde, n’est-cc pas? à tout ce qu'on m’a ravi, à ce iKmlicur dont le souvenir me dévore loin d'elle?
rRtRB AUiXE.
Loin d'elle !... que dites-vous?
I DOX JCAV.
I J’ai une amie... panlonncz-moi de vous ouvrir mon I cœur, une bien iiolde amie, que j'adore...
FRÈRE ARsEXB, A part.
Duis-je lui en faire un crime?
DOX JCAX.
El c'est au moment où nous allions nous unir, qu’on nous a séparés pour toujours.
FRÈRE ARSÈXE.
me soupçonnez pas d'une indiscrète curiosité; mais vous m’intéressez vivement: je veux vous être utile, cl pour vous servir, j'ai besoin de tout savoir. Quelle csi-elle, celle per:>onnc que vous aimez? quel est son nom ?
OOX Jt AX.
Florinde de S;mdoval.
FRtRE ARXÈXE.
Sandoval ? Ce n'est pas une famille d'anciens chrétiens.
Qu’importe !
DOX JUAX.
FRÈRE AR.XÊXE.
I Beaucoup aux yeux du monde ; mais, comme vous le dites, aux yeux de Dieu, que la fui soit ancienne ou récente, <]u'iuq>oric? pourvu qu'elle soit pure.
DOX JCAX.
I Quoi, vous êtes moine et vous parlez ainsi !
FRÈRE ARSÈXE.
Vous êtes jeune, et vous croyez déjà qu’il n’y a ni indulgence, ni raison sous l’habit qne je porte.
BOX JCAX.
Ah! loin de moi celle idée!
FRÈRE ARSÈXE.
I (^e Sandoval, il m'a rendu un service qti'il ne m'était pas permis d'oublier; et sa litle, je me souviens ‘ que je l'ai vucenfaul...
DUX Jl'AX.
Elle devait être bien jolie?
FRÈRE ARSÈXE.
Oui, charmante! charmante! uedoQ Ju.-m
pour racber ton «iiiotiuii. Quc dc tcndrcsse dans son regard! c’était celui de sa mère.... O mes beaux jours! où éles-vüus?
I>oX Jl'AX, reveuaDt vers lui.
I Vous parlez dc ma uièrc ! l’auricz-vous comme?
FRÈRE AR>ÈXE.
Moi:
DON JUAN D’AUTaiCIlE, — ACTE III.
Dun
Vous lavez connue» ab ! nomiocz-la ; faites que je la voie!
miK AM&n.
Pourquoi supposez-vous que j'oie pu bconiiatlre?
DOU JCATf
iK'ciJéiiicul je n'aurais jamais de réponse à cette question-là.
FKSRE ARSlEVe.
Cependant votre malheur me louche plus que je ne puis le dire» et c'est un devoir pour moi.... un devoir religieux de m*op|>oserà une violence que Dieu condamne. Vous sortirez d'ici.
DOX Jt AX.
Est-il possible? de grâce, aujourd'hui même!
FRÈRE ABSÈXE.
Je l’espère ; mais celte alliance <{ue vous projetez, je ne puis pas vous répondre quelle s'accomplisse jamais.
DOX Jl'AX.
Que je soit libre seulement» que je sois libn* !
FRÈRE AR8ÈXE.
Vous le serez. J'ai quelque crédit dans le monastcrc; je veux l'employer pour vous en ouvrir les |K)ries.
DUR JCAX, lui btlMOl le« iiiaid* avec IratiKport.
Mon pure.
FHÈRK ABSÈXE, Aparl, avec atleuürlMeoieul.
Son |»ère !... ( Fcachc «uritou Juan qui e*l A se* cenoui el
qu'il tient embrasse.) Jcuiie liomme» jc me sentais attiré vers vous : c'eût été le charme de ma solitude que do vous y voir sans cesse, le soulagement de mes maux (|ue de m'en plaindre â vous. O mon fils! mon lils! qu'il m'eût été doux de vieillir entre vos bras» el de rendre ma vie à Dieu sur ce coeur qui m'aurait aimé!
DOR JL'AR.
Ah! je vous en supplie» pas d'arrière-pensée!
FRÈRE AR8ÈRE
No craignez rien : je saurai sacriiier mon bonheur au vôtre.
DOX JtAX.
El toute une vie de reconnaissance et de l'espect ne suflira pas pour {>aycr ce service. Jc reviendrai vous voir, je reviendrai avec elle...
FRÈRE ARSÈRE, cn «OUrUiit-
Vous oublie/., don Juan, que les Icinmcs ne )>éiièticiit pas dans celle maison.
I l)OX JCAX.
Durdoii! ( A part. ) El une Juive ! j’avais là une belle idée.
FRÈRE ARSÈXE, R pari.
11 n'est pas le lils d'une reine» mais je l'aime mieux ^ que son frère.