L'ESCLAVE
Tunis, 1807.
Le vigilant derviche à la prière appelle Du haut des minarets teints des feux du couchant. Voici l'heure au lion qui poursuit la gazelle ; Une rose au jardin moi je m’en vais cherchant. Musulmane aux longs yeux, d’un maître que je brave Fille délicieuse, amante des concerts, Est-il un sort plus doux que d’être ton esclave,
Toi que je sers, toi que je sers?
Jadis, lorsque mon bras faisoit voler la prame Sur le fluide azur de l’abime calmé, Du sombre désespoir les pleurs mouilloient ma rame : Un charme m'a guéri : j'aime et je suis aimé. Le noir rocher me plaît; la tour que le flot lave Me sourit maintenant aux grèves de ces mers : Le flambeau du signal y luit pour ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers!
Belle et divine es-tu, dans toute ta parure, Quand la nuit au harem je glisse un pied furtif ! Les tapis, l’aloès, les fleurs et l’onde pure,
Sont par toi prodigués à ton jeune captif. :
Quel bonheur ! au milieu du péril que j'aggrave, T'entourer de mes bras, te parer de mes fers,
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Méler à tes colliers l'anneau de ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers!
Dans les sables mouvants, de ton blanc dromadaire Je reconnois de loin le pas sûr et léger; Tu m'apparois soudain : un astre solitaire Est moins doux sur la vague au pauvre passager ; Du matin parfumé le souffle est moins suave, Le palmier moins charmant au milieu des déserts, Quel sultan glorieux égale ton esclave,
Toi que je sers, toi que je sers!
Mon pays, que j'aimois jusqu’à l'idolätrie,
N'est plus dans les soupirs de ma simple chanson ;
Je ne regrette plus ma mère et ma patrie;
Je crains qu'un prêtre saint n'apporte ma rançon,
Ne m'affranchis jamais ! laisse-moi mon entrave!
Oui, sois ma liberté, mon Dieu, mon univers!
Viens, sous tes beaux pieds nus, viens fouler ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers!