‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 211 sur 276 · CHARLOTTEMBOURG, OU LE TOMBEAU DE LA REINE DE PRUSSE · texte numérisé non relu

CHARLOTTEMBOURG, OU LE TOMBEAU DE LA REINE DE PRUSSE

Berlin, 4821.

LE VOYAGEUR

Sous les hauts pins qui protègent ces sources, Gardien, dis-moi quel est ce monument nouveau ?

1. Ce Souvenir renfermoit des pensées de l’illustre voyageur, et étoit orné de fleurs. peintes par Mme de Grollier,

LE GARDIEN, Un jour il deviendra le terme de tes courses : O voyageur ! c’est un tombeau.

LE VOYAGEUR

Qui repose en ces lieux ?

LE GARDIEN

Un objet plein de charmes.

LE VOYAGEUR, Qu'on aima ?

LE GARDIEN, Qui fut adoré.

LE VOYAGEUR

Ouvre-moi.

LE GARDIEN, Si tu crains les larmes, N'entre pas.

LE VOYAGEUR, J'ai souvent pleuré.

Le voyageur et le gardien entrent.

LE VOYAGEUR

De la Grèce ou de l'Italie On a ravi ce marbre à la pompe des morts.

Quel tombeau l’a cédé pour enchanter ces bords? Est-ce Antigone ou Cornélie?

LE GARDIEN

La beauté dont l’image excite tes transports Parmi nos bois passa sa vie.

LE VOYAGEUR

Qui pour elle à ces murs de marbre revêtus À suspendu ces couronnes fanées?

LE GARDIEN

Les beaux enfants dont ses vertus Ici-bas furent couronnées.

LE VOYAGEUR

On vient.

LE GARDIEN

C'est un époux : il porte ici ses pas Pour nourrir en secret un souvenir funeste.

LE VOYAGEUR

Il a donc tout perdu ?

LE GARDIEN

Non : un trône lui reste.

LE VOYAGEUR

Un trône ne console pas.

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