‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 215 sur 276 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

NADAB, seul,

1 regarde quelque temps autour de lui, comme pour reconnoître les lieux où ii se trouve,

A la porte du camp, sous ces palmiers antiques, Où des vieillards hébreux les sentences publiques Des diverses tribus terminent les débats,

Par quel nouveau sentier ai-je égaré mes pas?

Après un moment de silence, en s’avançant sur la scène.

Silencieux abris, profonde solitude

Ne pouvez-vous calmer ma noire inquiétude?

Soulève enfin, Nadab, ton œil appesanti;

Vois les fils de Jacob au pied du Sinaï,

Le désert éclatant de miracles sans nombre,

La colonne à la fois et lumineuse et sombre, l’eau sortant du rocher, des signes dans les airs, Dieu prêt à nous parler du milieu des éclairs : Prétends-tu, sourd au bruit de la foudre qui gronde, Coupable fils d’Aaron, changer le sort du monde? Mais que te fait, Nadab, le Seigneur et sa loi?

Le monde et les Hébreux ne sont plus rien pour toi.

1 s'approche du cercueil de Joseph.

MOISE

Ma main aux bords du Nil déroba cette cendre ;

Je pouvois sans rougir alors m'en faire entendre.

0 Joseph! fils aimé, qui dors dans ce tombeau,

À l'épouse du roi toi qui parus si beau,

Rends mon cœur moins ardent, ou ma voix plus puissante, Ou donne-moi ton charme, ou ta robe innocente !

De Joseph retrouvé je n’ai point la grandeur,

Mais de Joseph perdu j'ai l’âge et le malheur.

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