‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 228 sur 276 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Parcourir les sentiers et l'arène sauvage.

Dathan, dont l'amitié ne craint aucun péril,

Amène auprès de vous vos compagnes d’exil.

On vous rend des honneurs inconnus sous nos tentes,

Dathan entre en ce moment sur la scène, suivi du chœur des jeunes filles Amalécites il se retire ensuite, et Nébée va se placer à la tête du chœur au fond du théâtre.

Et bientôt au milieu des pompes éclatantes, Rendue à vos sujets, embrassant l'avenir, \ Vous perdrez de Nadab l’importun souvenir.

ARZANE,

Arzane par vos mains à la mort fut ravie,

Et d’un nouveau bienfait cette grâce est suivie! Mon cœur reconnoissant ne peut s'exprimer mieux Que par mon peu d’ardeur à sortir de ces lieux.

NADAB,

A ce langage adroit je ne puis me méprendre, Vous flattez l'ennemi dont vous croyez dépendre, Mais, nourrie à Séir pour plaire et pour aimer, Nos farouches vertus ne peuvent vous charmer.

ARZANE

Amalec et Jacob diffèrent de maxime,

Il est vrai : nous croyons, sans nous en faire un crime, Qu’aimer est le bonheur, plaire un don précieux,

Et que la volupté nous rapproche des dieux.

Sous des berceaux de fleurs, nos heures fortunées : S'envolent mollement l’une à l’autre enchaînées.

Le dieu que nous servons approuve nos désirs :

Dans une île féconde, au doux chant des plaisirs,

La beauté l’enfanta sur les mers de Syrie ;

Il préside en riant aux banquets de la vie.

Pour attirer sur vous ses bienfaisants regards,

J'ai déjà, les pieds nus et les cheveux épars,

De nos rites sacrés suivant l’antique usage,

Trois fois pendant la nuit conjuré son image.

Mais n’ai-je point, Nadab, armé votre courroux?

Vous détestez le dieu que je priois pour vous. Pardonnez à ces vœux que dans mon innocence M'arracha le transport de la reconnoissance,

MOISE

NADAB

Qu’entends-je! Amalécite, apprenez donc mon sort. Longtemps de mon amour je captivai l'essor ;

Vous adorant toujours, mais respectant vos larmes,

Je n’aurois pas osé vous parler de vos charmes :

Un mot, dont l’homme heureux ne sent pas la valeur, Trop souvent peut blesser l'oreille du malheur.

Quand Moïse vivoit vous aviez tout à craindre ;

À cacher mon ardeur je savois me contraindre : Aujourd’hui que le ciel pour vous se veut calmer, Votre bonheur me rend le droit de vous aimer.

, ARZANE

Épargnez.

NADAB

Vous sauver changea ma vie entière!

Ce cœur, que vous avez habité la première, Vit l'amour se lever terrible et violent Comme l’astre de feu dans ce désert brûlant.

Le repos pour jamais s’envola de mon âme ; Mon esprit s'égara dans des songes de flamme. Abjurant la grandeur promise à nos neveux, A l'autel des Parfums je n’offrois plus mes vœux; Je n’allois plus, lévite innocent et modeste, Chaque aurore au désert cueillir le pain céleste. Dans les champs de l’Arabe, et loin des yeux jaloux, Mon bonheur eût été de me perdre avec vous. 5 De toi seule connue, à toi seule asservie, L'Orient solitaire auroiït caché ma vie.

Pour appui du dattier empruntant un rameau, Le jour j’aurois guidé ton paisible chameau ; Le soir, au bord riant d’une source ignorée, J'aurois offert la coupe à ta bouche altérée, Et sous la simple tente, oubliant Israel, Pressé contre mon cœur la nouvelle Rachel.

ARZANE

Confuse, à vos regards je voudrois disparoître ;

Mais je suis votre esclave et vous êtes mon maître. NADAB,.

À qui maudit vos fers le reproche est bien dur!

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