‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 244 sur 276 · ACTE HI, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE HI, SCÈNE IV

ARZANE, Eh bien! que ferez-vous?

NADAB

Ce que j’avois promis.

Devenez mon épouse, et mes nombreux amis, Annonçant aux soldats la fertile Idumée, Rangeront à vos pieds le conseil et l’armée.

Je ferai plus : il faut à la fille d’Édom Un époux revêtu des pompes de Sidon.

Demain, pour égaler l'honneur de ma conquête, L'huile sainte des rois coulera sur ma tête.

Donnez par votre amour une âme à mes projets, Et j’abaisse Moïse au rang de mes sujets.

ARZANE

À part. Haut.

Ciel! le dessein est grand! je le pense moi-même; Il n’est pour nous, Nadab, d’abri qu’au rang suprême. Mais mesurez la cime avant que d’y monter; Dans l'arène glissante où vous voulez lutter, En songeant au succès, prévoyez la défaite. Pourrez-vous étouffer la voix d’un vieux Prophète Parlant au nom des cieux à des hommes tremblants, Dans l’imposant éclat de ses longs cheveux blancs? Ë

NADAB

Si vous m’aimez, alors tout me sera facile.

ARZANE

Voulez-vous d’un esprit aussi ferme qu’habile D'un pouvoir souverain créer les éléments ?

De la foi d’Israel changez les fondements.

Si le peuple, poussé vers des dieux qu’il appelle, Est plus que vous encore à Moïse rebelle, :

Les Juifs, craignant ce chef implacable et jaloux, Pour se sauver de lui se donneront à vous.

Tout indique à vos yeux la route qu'il faut suivre : Onze de vos tribus aujourd’hui veulent vivre Sous le dieu d’Amalec : secondez leurs efforts. Dans cette Arche nouvelle enfermez des ressorts : À des miracles feints opposez des miracles; Commé Moïse, ayez des prêtres, des oracles,

MOISE

Et bientôt le soleil vous verra dans ces lieux Le pontife et le roi d’un peuple glorieux.

NADAD.

Nadab, lâche apostat! Arzane en vain l'espère! Vous-même chérissez les dieux de votre père : Si je vous proposois aussi de les quitter ?

Quand auprès d’Astarthé je voudrois m'acquitter Des tendres et doux vœux que son culte réclame, La foiblesse me sied : et que suis-je? une femme! Mais un homme au-dessus des vulgaires mortels Prend conseil de sa gloire et choisit ses autcls. Votre Dieu vous menace et sa loi vous condamn® : Vous ne pouvez régner que par le dieu d’Arzanc. Régnez sur elle ; allez au premier feu du jour Chercher votre couronne au temple de l'Amour,

Et tandis qu'Amalec frappera la victime,

Vous offrirez des fleurs : ce n’est pas un grand crime,

NADAB

O magique serpent! décevante beauté, Par quels secrets tiens-tu tout mon cœur enchanté? Es-tu fille d’Enfer ou des Esprits célestes ? Réponds-moi !

ARZANE

Du malheur je suis les tristes restos, SUPOUAN ES à vos pieds, sans trône et sans ÉpOUX, Je n'ai d'autre soutien ni d'autre espoir que vous.

NADAB

C'en est fait : il le faut! A toi je m'abandonnel Qu'importe le poison quand ta main me le donne? Mais en goûtant au fruit, présent de ton hymen, Du moins entre avec moi sous les berceaux d’ Éden, Ève trop séduisante, au jardin des délices

Que nos félicités précèdent nos supplices !

Tu ne m'as point encor révélé tes secrets,

Et même en ce moment tes regards sont muets.

Un mot peut tout fixer dans mon âme incertaine,

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