LES VIEILLARDS
Écoutons !
MOÏSE, inspiré.
Anathème à ta race volage, Jacob! si par tes mains tu te fais une image! Que maudit soit ton champ, ton pavillon, ton lit, Et que sur Gelboé ton figuier soit maudit :
Tombant dans l'avenir d’abimes en abîmes, De malheurs en malheurs et de crimes en crimes, Un jour on te verra couronner tes forfaits En égorgeant l’Agneau descendu pour la paix.
Alors, peuple proscrit dispersé sur la terre, Tu traîneras partout ta honte et ta misère ; Tu viendras pauvre et nu, enfant déshérité, Pleurer sur les débris de ta triste cité, Dans ces débris épars trouver pour ton supplice D'un Dieu ressuscité la tombe accusatrice, Et mourir de douleur près du seul monument Qui n’aura rien à rendre au jour du jugement. LES VIEILLARDS.
Ciel!
AARON
Arrachons Nadab à son indigne flamme, Je l’ai fait appeler pour attendrir son âme ; Sans doute il va venir, il m’obéit encor.
A Moïse, Prêtez-moi de vos vœux le fraternel accord ; Brisez de Jéhovah la flèche dévorante ; Éteignez le courroux dans sa droite fumante.
Vous avez comme moi de chers et doux liens :
Pensez à vos enfants, vous prîrez pour les miens. MOÏSE.
Il reste au Tout-Puissant une tribu fidèle, Je vais m'y réunir ; je marche où Dieu m'appelle, AARON.
Prophète, que Nadab ne soit pas condamné !
Si mon fils est coupable, il est infortuné.
MOÏSE, Vous allez voir Nadab : eh bien! qu’il se repente, Que du chemin du crime il remonte la pente,