‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 4 sur 276 · Nous avions été tous deux cinq jours sans nourriture · texte numérisé non relu

Nous avions été tous deux cinq jours sans nourriture

Tandis que ma famille étoit ainsi massacrée, emprisonnée et bannie, une de mes sœurs, qui devoit sa liberté à la mort de son mari, se trouvoit à Fougères, petite ville de Bretagne. L’armée royaliste arrive; huit cents hommes de l’armée républicaine sont pris et condamnés à être fusillés. Ma sœur se jette aux pieds de M. de La Rochejaquelein, et obtient la grâce des prisonniers. Aussitôt elle vole .à Rennes, se présente au tribunal révolutionnaire avec les certificats qui prouvent qu’elle a sauvé

Ja vie à huit cents hommes, et demande pour seule récompense qu’on mette ses sœurs en liberté. Le président du tribunal lui répond : 12 faut que tu sois une coquine de royaliste, que je ferai guillotiner, puisque les brigands ont tant de défé-

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De tous mes manuscrits sur l'Amérique je n'ai sauvé que quelques fragments, en particulier Atala, qui n’étoit elle-même qu’un épisode des Natchez :. Atala a été écrite dans le désert et sous les huttes des Sauvages. Je ne sais si le public goûtera cette histoire, qui sort de toutes les routes connues et qui présente une nature et des mœurs tout à fait étrangères à l’Europe. 1l n'y a point d'aventure dans Atala. C’est une sorte de poëme*, moitié descriptif, moitié dramatique : tout consiste dans la peinture de deux amants qui marchent et causent dans la solitude, et dans le tableau des troubles de l'amour au milieu du calme des déserts. J'ai essayé de donner à cet ouvrage les formes les plus antiques; il est divisé en prologue, récit et épilogue. Les principales parties du récit prennent une dénomination, comme es chasseurs, les laboureurs, etc.; et c’étoit ainsi que dans les premiers siècles de la Grèce les rhapsodes chantoient sous divers titres les fragments de l’Iiade et de l'Odyssée.

Je dirai aussi que mon but n’a pas été d’arracher beaucoup de larmes : il me semble que c’est une dangereuse erreur avancée, comme tant d’autres, par Voltaire, que les bons ouvrages sont ceux qui font le plus pleurer. Il y a tel drame dont personne ne voudroit être l’auteur, et qui déchire le cœur bien autrement que l'Énéide. On n’est point un grand écrivain parce qu’on met l'âme à la torture. Les vraies larmes sont celles que fait couler une belle poésie; il faut qu’il s’y mêle autant d’admiration que de douleur.

C’est Priam, disant à Achille :

"Avdpès maudopdvoo mort oréua LE” dpéyécha.

Juge de l'excès de mon malheur, puisque je baise la main qui a tué mon fils,

C’est Joseph s’écriant :

Ego sum Joseph, frater vester, quem vendidistis in Ægyptum.

Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour l'Égypte,

rence pour toi. D'ailleurs, la république ne te sait aucun gré de ce que tu as fait : elle n’a que trop de défenseurs, et elle manque de pain. Voilà les hommes dont Buonaparte à délivré la France !

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