‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 44 sur 276 · PAR JOHN SMITH · texte numérisé non relu

PAR JOHN SMITH

Le succès des poëmes d’Ossian en Angleterre fit naître une foule d'imitatéurs de Macpherson. De toutes parts on prétendit découvrir des poésies erses ou galliques; trésors enfouis que l’on déterroit, comme ceux de quelques mines de la Cornouaille, oubliées depuis le temps des Carthaginois. Les pays de Galles et d'Irlande rivalisèrent de patriotisme avec l'Écosse ; ‘toute la littérature se divisa : les uns soutenoient avec Blair que les poëmes d’Ossian étoient originaux; les autres prétendoient avec Johnson qu'Ossian n'étoit autre que Macpherson. On se porta des défis; on demanda des preuves matérielles : il fut impossible de les donner, car les textes imprimés des chants du fils de Fingal ne sont que des traductions galliques des prétendues traductions angloises d'Ossian.

Lorsqu’en 1793 la révolution me jeta en Angleterre, j'étois grand partisan du barde écossois : j’aurois, la lance au poing, soutenu son existence envers et contre tous, comme celle du vieil Homère. Je lus avec avidité une foule de poëmes inconnus en France, lesquels, mis en lumière par divers auteurs, étoient indubitablement à mes yeux du père d'Oscar, tout aussi bien que les manuscrits runiques de Macpherson. Dans l’ardeur de mon admiration et de mon zèle, tout malade et tout occupé que j'étois ‘, je traduisis quelques productions ossianiques de John Smith. Smith n’est pas l'inventeur du genre; il n’a pas la noblesse et la verve épique de Macpherson, mais peut-être son talent a-t-il quelque chose de plus élégant et de plus tendre. Au reste, ce pseudonyme, en voulant peindre des hommes barbares et des mœurs sauvages,

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