Theodor., lib. v, cap. xv, p
de Théodose, où sa tête tomba peu d’instants après sa couronne'.
Un an avant la victoire de Théodose sur Maxime, la sédition d’Antioche avoit eu lieu; Libanius et saint Chrysostome nous en ont conservé le double récit. Théodose , bien qu’il eût prononcé une sentence terrible, se laissa toucher et pardonna : trois ans plus tard il ne montra pas la même indulgence pour Thessalonique. A Antioche on avoit renversé les statues de l’empereur, de son père Théodose, de sa première femme Flacilla, de ses deux fds Arcadius et Honorius; à Thessalonique le peuple avoit égorgé Botheric, commandant de la garnison, en vindicte de l’emprisonnement d’un infâme cocher du cirque, épris de la beauté d’un jeune esclave de Botheric. Théodose donna l’ordre d’exterminer ce peuple; ordre qu’il révoqua quand il étoit exécuté. La foule, appelée aux jeux du cirque, fut assaillie par des troupes cachées dans les édifices environnants. Un marchand avoit conduit ses deux fils au spectacle; entouré de meurtriers, il leur offre sa vie et sa fortune pour la rançon de ses fils : les soldats répondent qu’ils sont obligés de fournir un certain nombre de têtes, mais ils consentent à épargner une des deux victimes, et pressent le marchand de désigner celle qu’il veut sauver. Tandis que le père regarde en pleurant ses deux fils et qu’il hésite, les impatients barbares épargnent à sa tendresse l’horreur du choix : ils égorgent les deux enfants1 2.
Saint Ambroise apprend à Milan le massacre de Thessalonique; il se retire à la campagne, et refuse de venir à la cour. Il écrit à l’empereur : a Je n’oserois offrir le sacrifice, si vous prétendez y assister. Ce qui me seroit interdit pour le sang répandu d’un seul homme me seroit-il permis parle meurtre d’une foule d’innocents3? »
Théodose n’est point retenu par cette lettre; il veut entrer dans l’église; il trouve sous le portique un homme qui l’arrête; c’est Am-
1. Pacat., Panegyr. ad Theod. , pag. 280, inter veteres Panegyricos duodecimus.
2. Mercator quidam, pro duobus filiis qui comprehensi fuerant semetipsum offerens, rogabat ut ipse quidem necaretur, filii vero abirent incolumes : et pro bu jus beneficii mercede quidquid habebat auri militibus pollicebatur. Illi calamitatem hominis miserati, pro altero ex filiis quem vellet supplicationem ejus admiserunt. Utrumque vero dimittere haud quaquam sibi tutum fore dixerunt, eo quod numéros deficeret. Verum pater cum ambos aspiceret tiens et gemens neutrum ex duobus eximere valuit. Sed dubius ancepsque animi quoad interficerentur permansit, utriusque amore ex æquo flagrans. (Sozomeni Hist. eccles., lib. vu, pag. 747; Parisiis, 1078.)
3. Offerre non audeo sacrificium, si volueris assistere : an quod in unius innoc.entis sanguine non licet m multorum licet? (Ambr., epist. li, n. 11.)
bruise : « Tu as imité David dans son crime, s’écrie le saint, imite-le dans son repentir E »
Huit mois s’écoulèrent; l’empereur n’obtenoit point la permission de pénétrer dans le saint lieu. « Le temple de Dieu, répétoit-il, est ouvert aux esclaves et aux mendiants, et il m’est fermé! » Ambroise demeuroit inexorable; il répondoit à Rufin, qui le pressoit : « Si Théodose veut changer sa puissance en tyrannie, je lui livrerai ma vie avec joie 2. » Enfin, touché du repentir de l’empereur, l’évêque lui accorda l’expiation publique; mais en échange de cette faveur il obtint une loi suspensive des exécutions à mort pendant trente jours, depuis le prononcé de l’arrêt : belle et admirable loi, qui donnoit le temps à la colère de mourir ét à la pitié de naître! sublime leçon qui tournoit au profit de l’humanité et de la justice! Si trente jours s’étoient écoulés entre la sentence de Théodose et l’accomplissement de cette sentence, le peuple de Thessalonique eût été sauvé1 2 3.
Dépouillé des marques du pouvoir suprême, l’empereur fit pénitence au milieu de la cathédrale de Milan. Prosterné sur le pavé, il implora la merci du ciel avec sanglots et prières4. Saint Ambroise, lui prêtant le secours de ses larmes, sembloit être pécheur et tombé avec lui5. Cet exemple, à jamais fameux, apprenoit au peuple que les crimes font descendre au dernier rang ce qu’il y a de plus élevé; que la cité de Dieu ne connoît ni grand ni petit; que la religion nivelle tout et rétablit l’égalité parmi les hommes. C’est un de ces faits complets, rares dans l’histoire, où les trois vérités, religieuse, philosophique et politique, ont agi de concert. A quelle immense distance le paganisme est ici laissé! L’action de saint Ambroise est une action féconde, qui renferme déjà les actions analogues d’un monde avenir :
1. Secutus es errantem, sequere corrigentem. (Paul., in Vita Ambrosii, in t. I Operum, pag. G2.)
2. Quod si imperium mutarit in tyrannidem, cædem quidem lubens excipiam. (Theod., lib. v, cap. xviii.)
3. Ambr., De Oh. Theocl , cap. xxxiv; Aug., De Civit. Del , lib. v, cap. xxvi. Il y a dans le code Théodosien (lib. xm, De Pœn.) une loi semblable qui porte le nom de Gratien, datée du consulat d’Antoine et de Syagrius, 18 août 382. Ce ne peut être celle rendue en 390 par Théodose, sur la demande de saint Ambroise. Apparemment que la loi de Gratien n’étoit, point exécutée.
4. In templum ingressus, non stans, Dominum precatus est, nec genibus flexis, sed pronus humique abjectus, versum ilium Davidis recitavit : « Adhæsit pavimento anima mea, vivifica me secundum verbum tuum. » (Tiieod., lib. v, Hist ., cap. xiv.)
5. Si quidem quotiescunque illi aliquis ad percipiendam pœnitentiam lapsus suos confessus esset, ita flebat ut ilium flere compelleret; videbatur enim sibi cum jacente jacere. (Paul., in Vita Ambrosii, pag. 05.)
c’est la révélation d’une puissance engendrée dans la décomposition de toutes les autres.
Théodose rétablit Valentinien III dans la possession de l’empire d’Occident, et retourna à Constantinople. Justine mourut.
Arbogaste, élevé aux grandes charges militaires, s’empara de la maison du jeune prince : on a pu voir, à propos de Mellobaudes, que les Franks s’introduisirent dans toutes les affaires du palais et de l’État. Retenu quasi prisonnier à Vienne dans les Gaules par son hautain sujet, Valentinien fit connoître sa position à saint Ambroise et à Théodose; mais il n’eut pas la patience d’attendre. Il mande Arbogaste, le reçoit assis sur son trône, et lui remet l’ordre qui le destitue de ses emplois. « Tu ne m’as pas donné le pouvoir, tu ne me le peux ôter, » dit le Frank en jetant le papier à terre1 2. Valentinien saisit l’épée d’un de ses gardes pour s’en frapper ou pour en percer Arbogaste 2. On le désarma : quelques jours après il fut trouvé étouffé dans son lit3 4.
Arbogaste dédaigna de revêtir la pourpre; il en emmaillotta un Romain, jadis son secrétaire, Eugène, professeur de rhétorique latine, et devenu garde-sac, place du palais U Théodose se prépare deux années entières à venger Valentinien ; il envoie consulter Jean, solitaire de la Thébaïde, qui lui promet la victoire 5. Stilicon rassemble les légions avec Timasius ; les barbares auxiliaires joignent l’armée; Alaric, le destructeur de Rome, se trou voit parmi les recrues de Théodose : la plupart des personnages qui dévoient voir tomber la ville éternelle étoient maintenant sur la scène.
Le soldat frank Arbogaste attendit sur les confins de l’Italie, avec son empereur Eugène, le soldat goth Alaric, qui venoit avec son empereur Théodose. Premier choc sous les murs d’Aquilée; dix mille Goths périssent avec Bacurius , général des Ibères. Théodose passa la nuit retranché sur les montagnes; au lever du jour, il s’aperçut 'que sa retraite était coupée : il eut recours à un expédient souvent employé auprès des barbares, peu soucieux et de la cause et des maîtres pour lesquels ils versoient leur sang ; il entama des négociations avec Arbi-
1. Nec imperium mihi declisti , ait, nec auferre poteris; discerptoque libello et in terram abjecte, discedebat. (Zos., pag. 83; Basileæ.)
2. Gladio ducem confodere voluit, et sibi ipsi manus inferre Valentinianus finxit. (Philost., li b. xi, cap. 1, pag. 144 et 145.)
3. Imperatori dormienti gulam fregerunt. (Socr., lib. v, c. xxv; pag. 294. Zos., lib. vu, cap. xxii, pag. 739.)
4. Grammaticus quidam, qui, cum litteras latinas docuisset, tandem in palatio militavit et magister scriniorum imperatoris factus est. — Ce n’est pas le scrinii magister de la chancellerie. (Socr., lib. v, pag. 240.)