Ruf., De Vitis Patrurn, cap. i, pag
9. A dæmone in subliment raptum Joanni Baptistæ conviciatum esse eumque quas capite truncatum probris appetiisse, ita vociferando : « Tu me vincis, et exercitui meo insidiaris! » (Soz., pag. 743.)
être frappés de ces foudres ; l’empereur leur livra le dieu tonnant U
Les nombreuses réminiscences d’un autre ordre de choses, qui fourmillent dans ces récits, ne vous auront point échappé. Les fictions de l’hellénisme vivoient au fond des esprits convertis à l’Évangile; ils s’en accusoient, ils s’en défendoient comme du crime de magie, mais ils en étoient obsédés. Les poèmes d’Homère et de Virgile étoient comme des temples défendus par un démon puissant : les évêques, les prêtres, les solitaires ne les osoient brider; mais ils déroboient à ces édifices merveilleux tout ce qu’ils pouvoient convertir à un saint usage. Reine détrônée, régnant encore par ses charmes, la mythologie s’empara non-seulement de la littérature chrétienne, mais de l’histoire : il fallut que les nations Scandinaves et germaniques descendissent des Grecs et des Troyens, que L’Iliade et L’Énèide devinssent les premières chroniques desFranks. Les barbares du Nord se reconnurent enfants cFHomère, comme les Arabes veulent être fils d’Abraham ; miraculeux pouvoir du génie, qui donnoit pour père à la vérité le père des fables !
Nous voyons sous Théodose les destructeurs de l’empire établis dans l’empire; des Huns et des Goths au service des princes qu’ils alloient exterminer; des Franks, officiers du palais, faisant et défaisant des empereurs; des Calédoniens, des Maures, des Sarrasins, des Perses, des Ibériens cantonnés dans les provinces : l’occupation militaire du monde romain précéda de cinquante années le partage de ce monde. Les hommes mêmes qui défendoient encore le trône des césars, craquant sous les pas de tant d’ennemis, ne procédoient pas de la lignée des Sylla et des Marius : Stilicon étoit du sang des Vandales, Ætius du sang des Goths. L’empire latin -romain n’étoit plus que l’empire romain-barbare : il ressembloit à un camp immense que des armées étrangères avoient pris en passant pour une espèce de patrie commune et transitoire. 11 ne manquoit à l’achèvement de la conquête que quelques destructions, le mélange momentané des races, et ensuite leur séparation.
L’invasion morale s’étoit tenue à la hauteur de l’invasion physique ou matérielle; les chrétiens avoient créé des empereurs comme les barbares, et ils avoient soumis les barbares eux-mêmes: « Nous voyons, dit saint Jérôme, affluer sans cesse à Jérusalem des troupes de religieux qui nous arrivent des Indes, de la Perse, de l’Éthiopie. Les Arméniens déposent leurs carquois, les Huns commencent à chanter des psaumes. La chaleur de la foi pénètre jusque dans les froides régions de la Scjthie; l’armée des Goths, où flottent des chevelures
1. Eorumque fulmina quod aurea fuissent... se ab illis fulminari velle dicentibus hilariter benigniterque donavit. (Aug., De Civit. Dei , lib. v, cap. xxvi, p. 110.)
blondes et dorées, porte des tentes qu’elle transforme en églises1.
Des règnes de Théodose et de Gratien date la grande ruine du paganisme : ces princes frappèrent à la fois l’idolâtrie et l’hérésie.
Gratien s’empare des biens appartenant au collège des prêtres, à la congrégation des Vestales : il fit aussi enlever à Rome l’autel de la Victoire du lieu où les sénateurs avoient coutume de s’assembler; Constance l’avoit déjà abattu, et Julien restauré. Le sénat chargea Symmaque de solliciter le rétablissement de cet autel et la restitution des biens saisis. Le préfet de Rome plaida la cause du monde païen, l’évêque de Milan celle du monde chrétien. On est toujours obligé de rappeler le passage si connu du discours de Symmaque.
Rome, chargée d’années, s’adresse aux empereurs Théodose, Valentinien II et Arcadius :‘« Très-excellents princes, pères de la patrie, respectez les ans où ma piété m’a conduite; laissez-moi garder la religion de mes ancêtres; je ne me repens pas de l’avoir suivie. Que je vive selon mes mœurs, puisque je suis libre. Mon culte a rangé le monde sous mes lois; mes sacrifices ont éloigné Annibal de mes murailles et les Gaulois du Capitole. N’ai-je donc tant vécu que pour être insultée au bout de ma longue carrière? J’examinerai ce que Ton prétend régler; mais la réforme qui arrive dans la vieillesse est tardive et outrageuse2. »
Symmaque demande où seront jurées les lois des princes, si Ton détruit l’autel de la Victoire 3. Il soutient que la confiscation du revenu des temples, inique en fait, ajoute peu au trésor de l’État. Les adversités des empereurs, la famine dont Rome a été affligée, proviennent du délaissement de l’ancienne religion : le sacrilège a séché Tannée 4.
Saint Ambroise répond à Symmaque. Rome, s’exprimant par la voix d’un prêtre chrétien, déclare « que ses faux dieux ne sont point la cause de sa victoire, puisque ses ennemis vaincus adoroient les mêmes dieux : la valeur des légions a tout fait. Les empereurs qui se livrèrent à l’idolâtrie ne furent point exempts des calamités inséparables de la nature humaine : si Gratien, qui professoit l’Évangile, a éprouvé des malheurs, Julien l’Apostat a-t-il été plus heureux? La religion du