‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 143 sur 358 · Ambr., Vit. P., cap. xlv · texte numérisé non relu

Ambr., Vit. P., cap. xlv

5. Deus noster refugium et virtus; sunt, quædam réfugia quo quisque cum fugerit magis infirmatur quam confirmetur. Confugis, verbi gratia, ad aliquem in seculo magnum... Tanta hujus seculi incerta sunt etita potentum ruinæ quotidianæ crebres-

Marcezel fut jeté dans une rivière près de Milan, par ordre de Stilicon, jaloux.

Les Scots et les Pietés ravagèrent l’Angleterre. Alaric sorti d’Italie y rentra vers la fin de Tan 402. L’histoire confuse de cette époque ne laisse pas voir les causes de ces mouvements divers. Les partis s’accusent mutuellement : tantôt c’est Alaric représenté comme un chef sans foi, se jouant des serments qu’il prête tour à tour aux deux empereurs Arcade et Honorius ; tantôt c’est Stilicon soupçonné de vouloir faire tomber la couronne sur la tête d’Eucher, son fils, et suscitant à dessein les barbares. Mais cette fièvre à redoublements n’étoit que l’effet de la décomposition du corps social dans sa maladie de mort. L’Italie fut consternée à la seconde irruption d’Alaric. Rome répara les murailles d’Aurélien ; Honorius, prêt à fuir, trembloit dans les marais de Ravenne. Stilicon attaque les Goths à Pollence, sur les confins de la Ligurie, et remporte une victoire chèrement achetée1. Les Goths avoient d’abord refusé le combat, à cause de la célébration des fêtes de Pâques (403). La femme et les enfants d’Alaric demeurèrent prisonniers entre les mains de Stilicon , et pour les délivrer Alaric consentit à évacuer ses conquêtes. Dieu avoit au milieu de l’Empire Romain deux armées de Goths investies de ses justices: Tune conduite par un Goth chrétien, Alaric, l’autre par un Goth païen, Radagaise, ou Rhodogaise, selon la forme grecque. L’armée de celui-ci étoit composée de toute la race gothe trans-danubienne et trans-rhénane. Il menoit aux batailles deux cent mille soldats.

Radagaise monta à son tour en Italie (405), comme une haute marée remplace celle qui est descendue. Stilicon rassemble des Alains, des Huns et d’autres Goths commandés par Sarus. Les ennemis pénètrent jusqu’à Florence. Saint Ambroise apparoît à un chrétien dont jadis il avoit été l’hôte dans cette ville, et lui promet une délivrance subite. Le lendemain Stilicon, par force ou par famine, contraint la multitude barbare à fuir ou à se rendre. Radagaise est pris, chargé de chaînes, et enfin exécuté; ses compagnons, parqués en troupeaux, sont vendus un écu pièce. Us moururent presque tous à la fois : ce qu’on avoit épargné en les achetant fut dépensé pour creuser leurs fosses.

Un an après la défaite de Radagaise (406), les Alains, les Vandales et les Suèves envahirent les Gaules, toujours, supposoit-on, excités

cunt, ut, cum ad taie refugium perveneris, plus tibi timere incipias. (Aug., Enarrationes in Psalmos , xlv, v. 2, p. 299, iv.)

1. Claud., De Bell. Get., p. 173; Prud., in Sym ., lib. n; Oros., lib. vu, cap. xxxvii; Jorn., p. G53. Pollence est encore un petit village dans le Piémont, sur le Tanaro.

par Stilicon , qui renversoit les barbares par ses batailles et les relevoit par ses intrigues.

Les Bourguignons et les Franks suivirent les Alains, les Vandales et les Suèves dans les Gaules, en Z* 07 , et n’en sortirent plus.

Les légions de la Grande-Bretagne élurent cette même année pour epipereur Marcus , qu’ils massacrèrent , et ensuite un soldat nommé Constantin. Celui-ci passa dans le continent, battit ce qu’il rencontra, et s’établit à Arles. 11 fut reconnu ou toléré par Honorius, qui faisoit paisiblement des lois assez bonnes pour des sujets qu’il n’avoit plus. Il proscrivit les priscillianistes et les donatistes.

Constant, fils de ce Constantin, empereur d’Arles, d’abord moine, ensuite césar et auguste, se rendit maître de l’Espagne. Il en ouvrit la porte aux barbares, en retirant la garde des Pyrénées aux fidèles et braves paysans chargés de les défendre *.

Honorius épouse, en /i08, Thermancie, seconde fille de Stilicon. Alaric traite avec Stilicon par députés : il obtient la qualité de général des armées d’Honorius, dans lTUyrie occidentale. Aetius, donné en otage à Alaric, passa trois ans auprès de lui.

Alaric, non encore satisfait, s’avança vers l’Italie, et demanda quatre mille livres pesant d’or, que Stilicon lui fit accorder.

Honorius commençoit à se défier de Stilicon, à la fois son oncle et son beau-père, et accusé de songer à la pourpre pour Euclier, son fils, ouvertement attaché au paganisme.

Un camp réuni à Pavie, secrètement travaillé par Olympe, favori d’Honorius, donna le signal de la révolte. Stilicon apprend cette révolte à Bologne, en devine la cause, et se retire à Ravenne. Deux ordres d’Honorius arrivent, l’un pour arrêter, l’autre pour tuer le sauveur de l’empire, déclaré ennemi public : il eut la tête tranchée le 23 août t|08 ; c’étoit. Rome qui portoit sa tête sur l'échafaud. Héraclien exécuta Stilicon de sa propre main, et fut fait comte d’Afrique : par line vertu d’extraction, le sang d’un grand homme anoblissoit son bourreau. Eucher, qui vouloit les temples et qui chercha à Rome un abri dans les églises, fut tué ; Thermancie, femme d’Honorius, eut le même sort. Olympe hérita de la faveur dont avoit joui Stilicon.

Durant ces troubles de l’Occident, l’Orient avoit été gouverné par Arcade, successivement gouverné lui -même par Rufin et par Eutrope ; l’un mauvais favori, qui se croyoit liai à cause de sa fortune, et ne l’étoit que pour sa personne; l’autre hideux, eunuque, devenu consul, d’esclave d’un palefrenier qu’il avoit été, avide publicain qui

Page 1