‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 266 sur 358 · ADIEUX DU PRINCE A CETTE ARMÉE · texte numérisé non relu

ADIEUX DU PRINCE A CETTE ARMÉE

Monseigneur le duc de Berry se trouvoit ainsi pour un moment absent de l’armée R lorsqu’il écrivit au prince de Condé cette lettre si touchante par la tendresse et la noblesse des sentiments :

«Enfin, monsieur, mon frère est arrivé hier: vous jugerez facilement de la joie que j’ai éprouvée en le revoyant. Ma joie est d’autant plus vive que mon retour à l’armée sera très-prompt; nous ne devons rester que cinq ou six jours ici, et nous ne perdrons pas de temps en chemin pour revenir. Je fais bien des vœux pour qu’on ne tire pas des coups de fusil pendant mon absence; mais que cette campagne, qu’on peut bien regarder, je crois , comme la dernière , soit active. Je le désire vivement pour mon instruction et pour mon frère ; car je suis persuadé qu’il faut que les Bourbons se montrent , et beaucoup, et que hors de la France ils doivent commencer par gagner l’estime des François avec leur amour, a

MÉMOIRES

Cette campagne de 1797 ne fut pas longue. L’armistice conclu à Léoben 1 entre Buonaparte et le prince Charles changea les destinées de l’armée de Condé : elle passa au service de la Russie, et se retira en Volhinie ; elle étoit encore forte de plus de dix mille hommes. Msr le duc de Berry en avoit pris le commandement pendant l’absence de M«r le prince de Condé. Avant de quitter cette brave armée, pour se rendre à Blakembourg, il lui fit part d’une lettre de satisfaction dont le roi l’avoit chargé pour elle, et il mit à l’ordre du jour les adieux suivants :

« Après avoir été si longtemps au milieu et à la tête de la noblesse françoise, qui, toujours fidèle, toujours guidée par l’honneur, n’a pas cessé un instant de combattre pour le rétablissement de l’autel et du trône , il est bien affligeant pour moi de me séparer d’elle dans un moment surtout où elle donne une nouvelle preuve d’attachement à la cause qu’elle a embrassée, en préférant abandonner ses biens et sa patrie, plutôt que de plier jamais sa tête sous le joug républicain.

a Au milieu des peines qui m’affligent, j’éprouve une véritable consolation en voyant un souverain aussi généreux que S. M. l’empereur de Russie recueillir et recevoir le dépôt précieux de cette noblesse malheureuse, en la laissant toujours sous la conduite d’un prince que l’Europe admire, que les bons François chérissent, et qui m’a servi de guide et de père depuis trois ans que je combats sous ses ordres.

« Je vais rejoindre le roi : je ne lui parlerai pas du zèle, de l’activité et de l’attachement dont la noblesse françoise a donné tant de preuves dans cette guerre : il connoît tous ses mérites, et sait les apprécier. Je me bornerai à lui marquer le vif désir que j’ai et que j’aurai toujours de rejoindre mes braves compagnons d’armes; et je les prie d’être bien persuadés que, quelque distance qui me sépare d’eux, mon cœur leur sera éternellement attaché, et que je n’oublierai jamais les nombreux sacrifices qu’ils ont faits et les vertus héroïques dont ils ont donné tant d’exemples. »

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