‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 313 sur 358 · SUITE DU PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

SUITE DU PRÉCÉDENT

Gracieux, délicat, élégant, ingénieux dans ses souvenirs avec les personnes d’un rang plus élevé, M^r le duc de Berry trouvoit toujours quelque chose d’heureux à leur dire. Il écrivoit à M. le marquis de Gontaut : « En confiant à la vicomtesse de Gontaut le soin de ce que j’aurai de plus cher au monde, j’ai cru lui donner une marque de mon estime particulière, et j’ai saisi avec empressement cette occasion de montrer à tout ce qui porte le nom de Biron combien je compte sur un zèle et un dévouement auxquels nous sommes accoutumés depuis des siècles. »

Le général Levavasseur venoit de perdre son fils; Monseigneur lui écrivit aussitôt : « J’apprends avec beaucoup de peine, mon cher Levavasseur, la perte cruelle que vous venez de faire : elle est du nombre de ces événements pour lesquels on ne peut offrir des consolations. Si l’assurance du très -véritable intérêt que je prends à votre malheur en adoucissoit l’amertume, vous pouvez y compter positivement. Votre pauvre fils annonçoit des dispositions qui auraient fait votre bonheur. 11 vous en reste un ; toutes vos affections vont se concentrer sur lui : il faut espérer qu’il s’en rendra digne et vous dédommagera, autant qu’il sera en lui, du chagrin que vous éprouvez en ce moment. Je regrette que ce soit un si triste événement qui me donne l’occasion, mon cher Levavasseur, de vous renouveler l’assurance de mon attachement et de ma parfaite estime. »

Quatre mois après, Monseigneur donne un bal ; il pense au général Levavasseur et recommande de ne pas lui envoyer d’ invitation. Quelle mémoire ! Le jour même de sa mort, M?r le duc de Berry ne fut occupé que des moyens d’arranger les affaires d’un homme qu’il aimoit et qu’il avoit attaché à son service.

Cette vie simple n’étoit point perdue pour le trône. On s’apercevoit. d’un progrès sensible dans la raison du prince, d’un adoucissement graduel dans son caractère. Ses idées se fixoient ; à l’égard des hommes, il les voyoit mieux. La première partie de ses jours s’étoit passée tout en expériences, la seconde tout en réflexions : il recueilloit pour son règne le fruit de ses malheurs et le résultat de ses jugements.

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