‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 342 sur 358 · ACTES DE LA PRÉFECTURE · texte numérisé non relu

ACTES DE LA PRÉFECTURE

Recherches des dépôts illicites d’armes et de munitions

de guerre.

« Le préfet du département des Deux-Sèvres, officier de la Légion d’Honneur, informé qu’il a été découvert dernièrement dans le département de la Vendée deux dépôts de poudre , cartouches , boulets et autres munitions de guerre provenant du débarquement fait en 1815, et présumant qu’il peut en exister de semblables dans le département des Deux-Sèvres, sans que les dépositaires se croient pour ce fait passibles d’aucune peine ou condamnation ;

« Voulant prévenir les dangers auxquels s’exposeroient ses administrés s’ils se trouvoient détenteurs de pareils objets, et leur fournir les moyens d’y obvier, — « Arrête :

« Art. Ier. Tout particulier détenteur ou dépositaire de munitions de guerre, armes de calibre ou d’artillerie, devra, dans la quinzaine de la publication du présent arrêté, en faire la déclaration au maire de sa commune; celui-ci, après en avoir constaté par procès-verbal la nature, le poids, la quantité et la qualité, lui en remettra décharge, et fera transporter le tout, sans aucun délai et avec les précautions convenables, au chef-lieu de la sous-préfecture.

« Les frais de transport seront acquittés de suite et sur la présentation des pièces régulières.

a Art. IL A défaut de la déclaration prescrite par l’article ci-dessus, toute personne chez qui se trouveroient déposées des munitions de guerre ou des armes de calibre et d’artillerie sera traduite devant les tribunaux pour y être jugée et condamnée conformément aux dispositions des lois et règlements dont les extraits sont relatés ci-après.

a Le présent sera imprimé, publié et affiché dans toutes les communes du département. »

DE LA VENDÉE

A la suite de cet arrêté se trouvent des extraits de la loi du 13 fructidor an v et du décret du 23 pluviôse an xra; le tout corroboré d’extraits d’ordonnances conformes^ à ladite loi et audit décret. Ces actes rappellent les peines encourues par les délinquants qui recéleroient poudres, armes de calibre, etc.

Mais quels sont les boulets, poudres, cartouches et autres munitions de guerre dont on a fait dans la Vendée la grande découverte? L’arrêté a pris soin de vous le dire : ce sont les boulets, poudres et cartouches qui furent débarqués pour le service du roi pendant les Cent Jours dans la Vendée. Ces munitions de guerre, dont l’entrée a coûté la vie à La Rochejaquelein, Beauregard et Suzannet, rendent passibles de peines et de condamnation les Vendéens qui en seroient dépositaires!

Et par quelles lois les Vendéens seront-ils frappés? Par la loi du 13 fructidor an v et par le décret du 23 pluviôse an xm. Ainsi les autorités ministérielles de la légitimité font exécuter contre les Vendéens les lois du Directoire et de l’ empire.

Buonaparte avoit aussi réclamé ces mêmes munitions de guerre ; mais il s’en rapporta à la loyauté des signataires de l’acte de pacification pour les lui remettre. Il ne menaça point les Vendéens du décret du 13 fructidor. Toutefois il traitoit avec des ennemis, et les poudres n’avoient point été fournies pour soutenir son autorité, mais pour la combattre.

L’article 2 de l’arrêté de M. le conseiller de préfecture ordonne la déclaration et la remise des armes de calibre ou d’artillerie. Nous ne savons pas si les Vendéens ont conservé des armes de calibre ou d’artillerie : nous ne le croyons pas; mais dans tous les cas ce sont donc les fusils et les canons qu’ils ont enlevés au prix de leur sang qu’on leur demande? Mais quand on leur aura ravi ces glorieux trophées de la fidélité, on n’aura désarmé ni les Bretons ni les Vendéens. Ne leur restera-t-il pas ces bâtons avec lesquels ils ont pris ces canons qui vous inquiètent? Voulez-vous aussi qu’on vous apporte ces bâtons suspects? Mais tous les bois n’ont pas été brûlés dans la Vendée, et ces arsenaux ne fourniront-ils pas au paysan de nouvelles armes pour enlever les canons aux ennemis du roi? Vous n’avez pas voulu distribuer aux royalistes de l’ouest les armes d’honneur que la magnanimité du roi leur destinoit ; ne peuvent-ils du moins garder celles qu’ils ont conquises pour le roi au champ d’honneur?

Vous réclamez les fusils des Cathelineau, des Stoffiet, des Bonchamp, des Lescure! Que ne demandez-vous aussi l’épée des Charette et des La Rochejaquelein? Ah! la main qui porta cette épée ne put être désarmée par 400,000 soldats; elle ne s’ouvrit pour céder le fer que

DE LA VENDÉE

lorsque la mort vint glacer le cœur qui guidoit cette main fidèle ! On avoit promis à cette épée la restauration de la monarchie; on lui avoit juré de livrer à sa garde le jeune Louis XVII et son auguste sœur. Le traité fut conclu à la vue des ruines de la Vendée, à la lueur des flammes qui dévoroient ce dernier asile de la monarchie. Quand on vous aura remis les armes vendéennes, qu’en ferez-vous? Elles ne sont point à votre usage : ce sont les armes de vieux Francs, trop pesantes pour votre bras.

Si les royalistes de l’ouest ont des armes, si on les leur demande de par le roi, ils les abandonneront, puisqu’ils ne les ont prises que pour le roi. Mais est-on bien sûr qu’on n’aura jamais besoin des Vendéens? Le système ministériel n’a- 1- il pas produit un premier 20 mars, et ne peut-il pas en amener un second? Qui nous défendra alors? Seront-ce les hommes qui nous ont déjà trahis? Chose remarquable! on veut désarmer les paysans de la Bretagne et de la Vendée, et l’on a fait rendre les armes qu’on avoit prises aux paysans de l’Isère, dans un département qui s’étoit insurgé contre le souverain légitime.

La faction qui pousse les ministres, et dont ils seront la victime, a ses raisons pour presser le désarmement de la Vendée. A diverses époques on a tenté ce désarmement, et l’on n’a jamais pu y réussir. Le nom du roi présente une chance : en employant cet auguste nom , on peut espérer que les paysans royalistes s’empresseront d’apporter les fusils qu’ils pourroient encore avoir. Mais dans ce pays il y a aussi des jacobins, et ceux-là ont très-certainement des armes, et ceux-là ne les rendront pas au nom du roi. Alors, s’il arrivoit jamais une catastrophe , non-seulement la population royaliste de l’ouest deviendroit inutile dans le premier moment à la cause de la légitimité, mais encore elle seroit livrée sans armes à la population révolutionnaire armée. Voilà pourtant à quoi nous exposent ces mesures déplorables.

La Vendée , que la Convention laissa libre , qu’elle exempta de réquisitions et de conscriptions; la Vendée, à qui elle permit de garder ses armes , et même la cocarde blanche ; la Vendée , dont elle paya les dettes, et dont elle promit de relever les chaumières; les Vendéens, que Buonaparte appeloit un peuple de géants, et au milieu desquels il vouloit bâtir une ville de son nom ; les Vendéens , que l’usurpateur traitoit avec estime ; les Vendéens, dont il reconnoissoit la loyauté , dont il plaçoit les enfants et pensionnoit les veuves : cette Vendée, ces Vendéens n’ont donc pu mériter par trente années de loyauté, de combats et de sacrifices, la bienveillance des ministres du roi !

Que si la loi des élections, en amenant une chambre démocratique, produisoit, par une conséquence naturelle , des ministres semblables

DE LA VENDÉE

à cette chambre; que si ces ministres, ennemis de toute monarchie, et surtout de toute monarchie légitime, conspiraient contre le gouvernement établi, que pourroient-ils faire de mieux que de persécuter la Vendée? Ils obtiendraient par cette persécution des résultats importants : ils feraient accuser le gouvernement monarchique d’ingratitude, d’absurdité et de folie ; ils le rendraient méprisable aux yeux de tous, odieux à son propre parti ; et quand la catastrophe arriverait, ils auraient ou désarmé les seuls hommes qui pourraient s’opposer à cette catastrophe, ou refroidi dans le cœur de ces hommes le sentiment de la fidélité. En administration , l’incapacité orgueilleuse et passionnée produit les mêmes effets que la trahison.

Heureusement il n’est donné à personne de détruire la haute vertu vendéenne : elle a résisté au fer et au feu de l’effroyable Convention, et ce ne sont pas de tristes agents ministériels , d’obscurs traîtres des Cent Jours, des espions, des commissaires de police, qui achèveront de démolir des débris impérissables : les petits serpents qui se cachent à Rome dans les fondements du Colisée peuvent-ils ébranler ces grandes ruines?

Quiconque a quelque goût de la vertu aime à s’entretenir des hommes qui sont devenus illustres par de saintes adversités et des devoirs accomplis. Leur mémoire, bénie de race en race, fait le contre-poids de l’abominable renommée d’une autre espèce d’hommes, lesquels vont aux âges futurs tout chargés de prospérités maudites et de crimes si énormes que ces crimes en prennent un faux air de gloire. Nous devions à la patrie et à l’honneur de venger la Vendée des outrages ministériels , de parler des Vendéens avec le respect et l’admiration qu’ils inspirent. Les noms immortels des Charette, des Cathelineau, des La Rochejaquelein , des Bonchamp, des Stofïlet, des Lescure, desd’Elbée, des Suzannet et de tant d’autres n’avoient pas besoin de nos éloges; mais du moins nous les aurons marqués dans cet écrit, comme le sculpteur inconnu qui grava les noms des compagnons de Léonidas sur la colonne funèbre aux Thermopyles.

FIN DE LA VENDEE

NOTICES NÉCROLOGIQUES

NOTICES NECROLOGIQUES

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