‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 138 sur 165 · LES ADIEUX · texte numérisé non relu

LES ADIEUX

Le temps m'appelle : il faut finir ces vers. A ce penser défaillit mon courage.

Je vous salue, ô vallons que je perds! Écoulez-moi : c'est mon dernier hommage.

» Vers imprimés dans VAlmanach des Muses, annéB 4790, pag. 205. Voyez It Préface.

Loin, bin d'ici, sur la terre égaré,

Je vais traîner une importune vie ;

Mais, quelque part que j'habite, ignoré,

Ne craignez point qu'un ami vous oublie.

Oui, j'aimerai ce rivage enchanteur,

Ces monts déserts qui remplissaient mon cœur

Et de silence et de mélancolie ;

Surtout ces bois chers à ma rêverie,

Où je voyais, de buisson en buisson,

Voler sans bruit un couple solitaire,

Dont j'entendais, sous l'orme héréditaire

Seul, attendri, la dernière chanson.

Simples oiseaux, reliendrez-vous la mienne?

Parmi ces bois, ah ! qu'il vous en souvienne.

En te quittant je chante tes attraits.

Bord adoré ! de ton maître Adèle

Si les talents égalaient les regrets.

Ces derniers vers n'auraient point de modèle.

Mais aux pinceaux de la nature épris

La gloire échappe, et n'en est point le prix.

Ma muse est simple, et rougissante, et nue 5

Je dois mourir ainsi que l'humble Heur

Qui passe à l'ombre et seulement connue

De ces ruisseaux qui faisaient son bonheur.

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