NOUS VERRONS
raris, 181«.
Le passé n'est rien dans la vie, Et le présent est moins encor :
C'est à Ta venir qu'on se fie Pour nous donner joie et trésor.
Tout mortel dans ses vœux devance Cet avenir où nous courons ; Le bor.îeur est en espérance; Of' «it iT^B disant : Nous verrons.
Majs cet avenir plein de charmes, Qu'est-il lorsqu'il est arrivé ?
C'est le présent qui de nos larmes Matin et soir est abreuvé!
Aussitôt que s'ouvre la scène Qu'avec ardeur nous désirons, On baille, on la regarde à peine; On voit en disant : Nous verrons
Ce vieillard penche vers la terre; Il touche à ses derniers instants:
Ypensc-t-il? Non, il espère Vivre encore soixante et dix ans.
Un docteur, fort d'expérience, Veut lui prouver que nous mourons Le vieillard rit dé la sentence.
Et meurt, en disant : Nous verrons»
Valôre et Damis n'ont qu'une âme;
C'est le modèle des amis
Valère en un malheur' réclame
La bourse et les soins de Damis :
« Je viens à vous, ami sincère,
« Ou ce soir au fond des prisons. /.
« — Quoi ! ce soir même? — Oui! — Cher Valère,
« Revenez demain : Nous verrons. »
Gare ! faites place aux carrosses Où s'enfle l'orgueilleux manant Qui jadis conduisait deux rosses A trente sous, pour le passant!
Le peuple, écrasé par la roue.
Maudit l'enfant des Percherons Moi, du prince évitant la boue.
Je me range, et dis : Nous verrons.
Nous verrons est un mot magique Qui sert dans tous les cas fôcheux :
Nous verrons, dit le politique; Nous verrons, dit le malheureux.
Les grands homm;^s de nos gazettes, Les rois du'jour, les fanûrrons, Les faux amis et les coquettes, Tout cela. vous dit: Nous verrons.