‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 145 sur 165 · NOUS VERRONS · texte numérisé non relu

NOUS VERRONS

raris, 181«.

Le passé n'est rien dans la vie, Et le présent est moins encor :

C'est à Ta venir qu'on se fie Pour nous donner joie et trésor.

Tout mortel dans ses vœux devance Cet avenir où nous courons ; Le bor.îeur est en espérance; Of' «it iT^B disant : Nous verrons.

Majs cet avenir plein de charmes, Qu'est-il lorsqu'il est arrivé ?

C'est le présent qui de nos larmes Matin et soir est abreuvé!

Aussitôt que s'ouvre la scène Qu'avec ardeur nous désirons, On baille, on la regarde à peine; On voit en disant : Nous verrons

Ce vieillard penche vers la terre; Il touche à ses derniers instants:

Ypensc-t-il? Non, il espère Vivre encore soixante et dix ans.

Un docteur, fort d'expérience, Veut lui prouver que nous mourons Le vieillard rit dé la sentence.

Et meurt, en disant : Nous verrons»

Valôre et Damis n'ont qu'une âme;

C'est le modèle des amis

Valère en un malheur' réclame

La bourse et les soins de Damis :

« Je viens à vous, ami sincère,

« Ou ce soir au fond des prisons. /.

« — Quoi ! ce soir même? — Oui! — Cher Valère,

« Revenez demain : Nous verrons. »

Gare ! faites place aux carrosses Où s'enfle l'orgueilleux manant Qui jadis conduisait deux rosses A trente sous, pour le passant!

Le peuple, écrasé par la roue.

Maudit l'enfant des Percherons Moi, du prince évitant la boue.

Je me range, et dis : Nous verrons.

Nous verrons est un mot magique Qui sert dans tous les cas fôcheux :

Nous verrons, dit le politique; Nous verrons, dit le malheureux.

Les grands homm;^s de nos gazettes, Les rois du'jour, les fanûrrons, Les faux amis et les coquettes, Tout cela. vous dit: Nous verrons.

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