‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 12 sur 219 · GÉ:>ÎE · texte numérisé non relu

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d'habitants, et que, loin de multiplier les générations, il faudrait désormais les restreindre? A l'appui de cette opinion, on remarque que les États ne périssent jamais par le défaut, mais par le trop grand nombre d'hommes. Une population excessive est le fléau des empires. Les barbares du Nord ont dévasté le globe quand leurs forêts ont été remplies 5 la Suisse était obligée de verser ses industrieux habitants aux royaumes étrangers, comme elle leur verse ses rivières fécondes-, et sous nos propres yeux, au moment même où la France a perdu tant de laboureurs, la culture n'en paraît que plus florissante. Hélas! misérables insectes que nous sommes ! bourdonnant autour d'un coupe d'absinthe, où par hasard sont tombées quelques gouttes de miel, nous nous dévorons les uns les autres lorsque l'espace vient à manquer à notre multitude. Par un malheur plus grand encore, plus nous nous multiplions, plus il faut de champ à nos désirs. De ce terrain qui diminue toujours, et de ces passions qui augmentent sans cesse, doivent résulter tôt ou tard d'effroyables révolutions (3).

Au reste, les systèmes s'évanouissent devant des faits. L'Europe est-elle déserte, parce qu'on y voit un clergé catholique qui a fait vœu de célibat ? Les monastères mêmes sont favorables à la société, parce que les religieux, en consommant leurs denrées sur les lieux, répandent l'abondance dans la cabane du pauvre. Où voyaiton en France des paysans bien vêtus et des laboureurs dont le visage annonçait l'abondance et la joie, si ce n'était dans la dépendance de quelque riche abbaye ? Les grandes propriétés n'ont-elles pas toujours cet effet; et les abbayes étaient-elles autre chose que des domaines où les propriétaires résidaient? Mais ceci nous mènerait trop loin, et nous y reviendrons lors<:iue nous traiterons des Ordres monastiques. Disons pourtant encore que le clergé favorisait la population, en prêchant la concorde et l'union entre les époux, en arrêtant les progrès du libertinage, et en dirigeant les foudres de l'Église contre le système du petit nombre d'enfants, aik)plé par le peuple des villes.

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Enfin, il semble à peu près démontré qu'il faut dans un grand Élat des hommes qui, séparés du reste du monde, et revêtus d'un caiMctère auguste, puissent, sans enfents, sans épouse, sans les embarras du siècle, travailler au progrès des lumières, à la perfection de la morale et au soulagement du malheur. Quels mij'acles nos prêtres et nos religieux n'ont-ils point opérés sous ces trois rapports dans la société! Qu'on leur donne une famille, et ces éludes et cette charité qu'ils consacraient à leur patrie, ils les détourneront au profit de leurs parents 5 heureux, même si de vertus qu'elles sont, ils ne les tï'ansforment en vices!

Voilà ce que nous avions à répondre aux moralistes, sur le célibat des prêtres. Voyons si nous trouverons quelque chose pour les poètes ; ici, il nous faut d'autres raisons, d'autres autorités, et un autre style.

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