PHILIPPE DE COMMINES ET ROLLIN
Un chrétien a éminemment les qualités qu'un ancien demande de l'historien... un bon sens pour les choses du monde, et une agréable expression^
Comme écrivain de Vies, Philippe de Commines ressemble singulièrement à Plularque; sa simplicité est même plus franche que celle du biographe antique : Plutarque n'a souvent que le bon esprit d'être simple ; il court volontiers après la pensée : ce n'est qu'un agréable imposteur en tours naïfs.
A la vérité il est plus instruit que Commines; et néanmoins le vieux seigneur gaulois, avec l'Évangile et sa foi dans les ermites, a laissé, tout ignorant qu'il était, des mi moires pleins d'enseignement. Chez les anciens, il fallait être docte pour écrire ; parmi nous, un
'Lucien. Comment il faut écrire l'histoire, Iraduct. de Racine.
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simple chrétien, livré, pour seule étude, à l'amour do Dieu, a souvent eoraposé un admirable volume; c'est ce qui a fait dire à saint Paul : « Celui qui, dépourvu de la charité, s'iniagine être éclairé, ne sait rien. »
Rollin est le Fénelon de l'histoire, et, comme lui, il a embelli l'Egypte et la Grèce. Les premiers volumes de l'Histoire ancienne respirent le génie de l'antiquité : la narration du vertueux recteur est pleine, simple et tranquille, et le christianisme, attendrissant sa plume, lui a donné quelque chose qui remue les entrailles. Ses écrits décèlent cet homme de bien dont le cœur est une fête continuelle^ se^ Ion l'expression merveilleuse de l'Écriture. Nous ne connaissons point d'ouvrages qui reposent plus doucement l'àme. Rollin a répandu sur les crimes des hommes le calme d'une conscience sans reproche, et l'onctueuse charité d'un apôtre de Jésus-Christ. Ne verrons-nous jamais renaître ces temps oîi l'éducation de la jeunesse et l'espérance de la postérité étaient confiées à de pareilles mains'