‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 150 sur 219 · V. Seigneur, écoutez ma prière · texte numérisé non relu

V. Seigneur, écoutez ma prière

Vi^ Et que mes cris s'élèvent jusqu'à vous.

Alors le sacrificateur monte à l'autel, s'incline, et baise avec respect la pierre qui, dans les anciens jours, cachait les os des martyrs.

Souvenir des catacombes.

En ce moment le prêtre est saisi d'un feu divin : comme les prophètes d'Israël, il entonne le cantique chanté par les anges sur le berceau du Sauveur, et donlÉzéchiel entendit une partie dans la nue.

« Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel, et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre! Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, Roi du ciel, dans votre gloire immense ! etc. »

L'épîtrc succède au cantique. L'ami du Rédempteur du monde, Jean, fait entendre des paroles pleines de douceur, ou le sublime Paul, insultant à la mort, découvre les mystères de Dieu. Prêt à lire une leçon de l'Évangile, le prêtre s'arrête et supplie TÉternel de purifier ses lèvres avec le charbon de feu dont il toucha les lèvres d'Isaïe. Alors les paroles de Jésus-Christ retentissent dans l'assemblée : c'est le jugement sur la femme adultère; c'est le Samaritain versant le baume dans les plaies du voyageur : ce sont les petits enfants bénis dans leur innocence.

Que peuvent faire le prêtre et l'assemblée, après avoir entendu de telles paroles? Déclarer sans doute qu'ils croient fermement à Texistence d'un Dieu qui laissa de tels exemples à la terre. Le symbole de la foi est donc chanté en triomphe. La philosophie, qui se pique d'applaudir aux grandes choses, aurait dû remarquer t;ae c'est la première fois que tout un peuple a professé publiqiirnicnl le dogme de l'unilé erau Dieu : Credo in unum Deum.

Cependant le sacrificateur prépare l'hostie pour lui, pour les vivants, pour les morts. Il présente le calice : Seigneur, nous vous offrons la coupe de notre salut, o II bénit le pain et le vin. « Venez ! Dieu éternel, bénissez ce sacrifice. « Il lave ses mains.

« Je laverai mes mains entre les innocents.... Oh ! ne me faites point finir mes jours parmi ceux qui aiment le sang. »

Souvenir des persécutions.

Tout étant préparé, le célébrant se tourne vers le peuple et dit :

« Priez, mes frères. »

Le peuple répond :

« Que le Seigneur reçoive de Hos mains ce sacrifice. »

Le prêtre reste un moment en silence, puis tout à coup annonçant l'éternité : Per omnia sœcula sœculorum, il s'écrie :

« Élevez vos cœurs ! »

Et mille voix répondent :

« Habemus ad Dominum: IVous les élevons vers le Seigneur. »

La préface est chantée sur l'antique mélopée ou récitatif de la tragédie grecque ; les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Anges et les Séraphins sont invités à descendre avec la grande victime, et à répéter, avec le chœur des fidèles, le triple Sanclus et l'Hosannah éternel.

Enfin l'on touche au moment redoutable. Le canon, où la loi éternelle est gravée, vient de s'ouvrir : la consécration s'achève par les paroles mêmes de Jésus-Christ. « Seigneur, dilloprélre en s'inclinant profondément, que l'hostie sainte vous soit agréable comme les dons d'Abel le juste, comme le sacrifice d'Abraham notre patriarche, comme celui de votre grand prêtre Melchisédech. Nous vous supplions d^ordonner que ces dons soient portés à votre autel sublime par les mains de votre ange, en présence de votre divine majesté. >

A ces mois le mystère s'accomplit, TAgneau descend pour être immolé :

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0 moment solennel! ce peuple prosterné,

Ce temple dont la mousse a couvert les portiques,

Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques;

Celte lampe d'airain qui, dans l'antiquité,

Symbole du soleil et de l'éternité.

Luit (lovant le Très-Haut, jour et nuit suspendue;

La majesté d'un Dieu parmi nous descendue;

Les pleurs, les vœux, l'encens qui monte vers l'autel,

El de jeunes beautés qui, sous l'œil maternel,

Adoucissent encor par leur voix innocente

De la religion la pompe attendrissante ;

Cet or.aue qui se tait, ce silence pieux,

L'invisible union de la terre et des cieux,

Tout enflamme, agrandit, éraeut.rhomme sensible: •

Il croit avoir franchi ce monde inaccessible,

Où sur des harpes d'or l'immortel séraphin

Aux pieds de Jéhovah chante l'hymne sans fio.

Alors de toutes parts un Dieu se fait entendre;

11 se cache au savant, se révèle au cœur tendre.

11 doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir ' (11).

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