‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 159 sur 219 · LES GRECS ET LES ROMAINS · texte numérisé non relu

LES GRECS ET LES ROMAINS

Chez les Grecs et les Romains, les morts ordinaires reposaient à l'entrée des villes, le long des chemins publics, apparemment parce que les tombeaux sont les vrais monuments du voyageur. On ensevelissait souvent les morts fameux au bord de la mer.

Ces espèces de signaux funèbres, qui annonçaient de loin le rivage et recueil au navigateur, étaient pour lui, sans doute, un sujet de réflexions bien sérieuses. Oh! que la mer devait lui paraître un élément sûr et fidèle auprès de cette terre où l'orage avait brisé tant de hautes fortunes, englouti tant d'illustres vies! Près de la cité d'Alexandre on apercevait le petit monceau de sable élevé par la piété d'un affranchi et d'un vieux soldat aux mânes du grand Pompée; non loin des ruines de Carthage, on découvrait sur un rocher la statue armée consacrée à la mémoire de Caton ; sur les côtes de l'Italie, le mausolée de Scipion marquait le lieu où ce

grand homme mourut dans l'exil, et la tombe de Cicéron indiquait la place où- le père de la patrie fut indignement massacré.

Mais, tandis que la fatale Rome érigeait sur le rivage de la mer ces témoignages de son injustice, la Grèce, consolant l'humanité, pinçait au bord des mêmes flots de plus rianls souvenirs. Les disciples de Platon et de Pythagore, en voguant sur la terre d'Egypte, où ils allaient s'instruire touchant les dieux, passaient devant l'île d'io, à la vue du tombeau d'Homère. Il était naturel que le chantre d'Achille reposât sous la protection de Thétis; on pourrait supposer que l'ombre du poëte se plaisait encore à raconter les malheurs d'Ilion aux Néréides^ ou que, dans les douces nuit? de l'Ionie, elle disputait aux Sirènes le prix des concerts.

•CHAPITRE ni.

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