CHEVALIERS DE MALTE
Il n'y a pas un beau souvenir, pas une belle institution dans les siècles modernes , que le christianisme ne réclame. Les seuls temps poétiques de notre histoire, les temps chevaleresques, lui appartiennent encore ; la vraie religion a le singulier mérite d'avoir créé parmi nous l'âge de la féerie et des enchantements.
M. de Sainte-Palaye semble vouloir séparer la chevalerie militaire de la chevalerie religieuse , et tout invite au contraire à les confondre. Il ne croit pas qu'on puisse faire remonter l'institution de la première au delà du onzième siècle' ; or, c'est précisément l'époque des croisades qui donna naissance aux hospitaliers, aux templiers, et à l'ordre Teutonique^ La loi formelle par laquelle la chevalerie militaire s'engageait à défendre la foi, la ressemblance de ses cérémonies avec celles des sacrements de l'Église, ses jeûnes, ses ablutions, ses confessions, ses prières, ses engagements mouasii-
• Mém. sur l'anc. chev., tom. i, 2* part., pag. 66.
' HÉN., Hist. de France, lom, i, pag. 167. Flburt, Hist. ecclés., tom. xiv, pag. 387, tom. xv, pag. 604. Hélyot, Hist. des ordres religieux, tom. m, pag. 74, 143.
ques', montrent suffisamment que tous les chevaliers avaient la même origine religieuse. Enfin, le vœu de célibat qui parait établir une différence essentielle entre des héros chastes eldes gue:riers qui ne parlent que d'amour, n'est pas une chose qui doive arrêter; car ce vœu n'était pas général dans les ordres militaires chrétiens : les chevaliers de Saint-Jacques del'Épée, en Espagne, pouvaient se marier 2; et dans l'ordre de Malte on n'est obligé de renoncer au lien conjugal qu'en passant aux dignités de l'ordre, ou en entrant en jouissance de ses bénéfices.
D'après l'abbé Giustiniani, ou sur le témoignage plus certain, mais moins açcréable, du frère Hélyot, on trouve trente ordres religieux militaires : neuf sous la règle de saint Basile, quatorze sons celle de saint Augustin, et sept attachés à l'institut de saint Benoît. Nous ne parliM-ons que des principaux, à savoir : les hospitaliers ou chevaliers de Malte en Orient, les teutoniques à l'Occident et au Nord, et les chevaliers de Calatrava ( en y comprenant ceux d'Alcanlara et de Saint- Jacques de l'Épée ) au midi de l'Europe.
Si les historiens sont exacts, on peut compter encore plus de vingt-huit autres ordres militaires, qui, n'étant point soumis à des règles particulières, ne sont considérés que comme d'illustres confréries religieuses : tels sont ces chevaliers du Lion, du Croissant, du Dragon, de l'Aigle Blanche, du Lis, du For d'Or ; et ces chevaliers de la Hache, dont les noms rappellent les Roland, les Roger, les Renaud, lesClorinde, les Bradamante, et les prodiges delà Table ronde.
Quelques marchands d'Amalfi, dans le royaume deNaples, obtiennent de Romensor, calife d'Egypte, la permission de bâtir une église latine à Jérusalem ; ils y ajoutent un hôpital pour y recevoir les étrangers et les pèlerins : Gérard de Provence les gouverne.
' Sainte-Palate, loc. cit., et la note M.
a Fleurt, Uist. ecclés., lom.iv, liv. lxxii, pag. 406, édit. 1719, in-4*.