‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 31 sur 219 · ORGANISATION DES ANIMAUX ET DES PLANTES · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES ANIMAUX ET DES PLANTES

Descendons de ces notions générales à des idées particulières -, voyons si nous pouvons découvrir dans les parties de l'ouvrage cette même sagesse si bien exprimée dans le tout. Nous nous servirons d'abord du témoignage d'une seule classe d'hommes que les sciences et l'humanité réclament également : nous voulons parler des médecins. ,

Le docteur Nieuwentyt, dans son Traité de l'Existence de Dieu*, s'est attaché à démontrer la réalité des causes finales. Sans le suivre dans toutes ses observations, nous nous contenterons d'en rapporter quelques-unes.

En parlant des quatre éléments, qu'il considère dans leurs harmonies avec l'homme et la création en général, il fait voir, par rapport à l'air, comment nos corps sont miraculeusement conservés sous une colonne atmosphérique égale dans sa pression à un poids de vingt mille livres. Il prouve qu'une seule qualité changée, soit en raréfaction, soit en densité, dans l'élément qu'on respire, suffirait pour détruire les êtres vivants. C'est l'air qui fait monter les fumées, c'est l'air qui retient les liquides dans les vaisseaux; par ses mouvements il épure les cieux, et porte aux continents les nuages de la mer.

Nieuwentyt démontre ensuite la nécessité de l'eau par une foule d'expériences. Qui n'admirerait le prodige de cet clément, en ascension, contre les lois de la pesanteur, dans un élément plus léger que lui, afin de nous donner les pluies et les rosées? La disposition des

* Dans lotit ce que nous citons ici du Traité de Nieuwentyt , nous avons pris la liberté de refondre et d'nnimer un peu son sujet. Le docteur est savant, sage, judicieux, mais sec. Nous avons aussi niélé quelques observations aux siennes.

montagnes pour faire circuler les fleuves, la topographie de ces montagnes dans les îles et sur les continents, les ouvertures des golfes, des baies, des méditerranées, les innombrables utilités des mers, rien n'échappe à la sagacité de ce bon et savant homme. C'est de la même manière qu'il découvre l'excellence de la terre comme élément, et ses belles lois comme planète. Il décrit les avantages du feu, et le secours qu'en a su tirer l'industrie humaine '.

Quand il passe aux animaux, il observe que ceux que nous appelons domestiques naissent précisément avec le degré d'instinct nécessaire pour s'apprivoiser, tandis que les animaux inutiles à l'homme retiennent toujours leur naturel sauvage. Est-ce donc le hasard qui inspire aux bêtes douces et inutiles la résolution de vivre en société au milieu de nos champs, et aux bêtes malfaisantes celle d'errer solitaires dans les lieux infréquentés? Pourquoi ne voit-on pas des troupeaux de tigres conduits au son d'une musette par un pasteur ? et pourquoi les Uons ne se jouent-ils pas dans nos parcs parmi le thym et la rosée, comme ces légers animaux chantes par Jean La Fontaine? Ces animaux féroces n'ont jamais pu servir qu'à traîner le char de quelque triomphateur aussi cruel qu'eux, ou à dévorer des chrétiens dans un amphithéâtre 2 : les tigres ne se civilisent pas à l'école des hommes, mais les hommes se font quelquefois sauvages à l'école des tigres.

Les oiseaux ne présentent pas à notre naturaliste un sujet d'obseiy vation moins intéressant. Leurs ailes, convexes en dessus et creusées en dessous, sont des rames parfaitement taillées pour l'élément qu'elles doivent fendre. Le roitelet, qui se plaît dans ces haies de ronces et d'arbousiers, qui sont pour lui de grandes solitudes, est pourvu d'une double paupière, aûn de préserver ses yeux de tout

' La physique moderne pourra relever ici quelques erreurs ; mais les progrès de ccuc science, loin de reuverscr les causes (inales, fournisseiude nouvelles preuves de la bonlé de la Providence.

* On connaît ce fameux cri delà populace romaine: Les chrétiens aux lions! Voyez Tert., Apolog.

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