‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 8 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE LINCARNATION.

L'Incarnalion nous présente le Souverain des cieux dans une bergerie i celui qui lance la foudre, entouré de bandelettes de lin; celui que l'univers ne peut contenir, renfermé dans le sein d'une femme. L'antiquité eût bien su tirer parti de cette merveille. Quels tableaux Homère et Virgile ne nous auraient-ils pas laissés de la nativité d'un Dieu dans une crèche, des pasteurs accourus au berceau, des Mages conduits par une étoile, des anges descendant dans le désert, d'une Vierge mère adorant son nouveau-né, et de tout ce mélange d'innocence, d'enchantement et de grandeur!

En laissant à part ce que nos mystères ont de direct et de sacré, on pourrait retrouver encore sous leurs voiles les vérités les plus ravissantes de la nature. Ces secrets du ciel, sans parler de leur partie mystique, sont peut-être le type des lois morales et physiques du monde: cela serait très-digne de la gloire de Dieu, et l'on entreverrait alors pourquoi il lui a plu de se manifester dans ces mystères, de préférence à tout autre qu'il eiit pu choisir. Jésus- Christ (par exemple, ou le monde moral), prenant naissance dans le sein d'une Vierge, nous enseignerait le prodige de la création physique, cl nous montrerait l'univers se formant dans le sein de l'amour céleste. Les paraboles et les figures de ce mystère seraient ensuite gravées dans chaque objet autour de nous. Partout, eu effet, la force naît de la grâce : le fleuve sort de la fontaine j le lion est

DU CHRISTIANISME. 9b

d'abord nourri d'un lait pareil à celui que suce l'agneau -, et parmi les hommes, le Tout-Puissant a promis la gloire du eiel à ceux m\i pratiquent les plus humbles vertus.

Ceux qui ne découvrirent dans la chaste Reine des anges que do« mystères d'obscurité sont bien à plaindre. Il nous semble qu'on pourrait dire quelque chose d'assez touchant sur cette femme mortelle, devenue une mère immortelle d^un Dieu rédempteur ; sur cette Marie à la fois vierge et mère, les deux états les plus divins de la femme j sur cette jeune tijle de l'aBliqBe Jacob, qui vient au secours des misères humaines, et sacrilie un fils pour sauver la race de ses pères. Celte tendre TnédiatFice entre nous et rÉterncI ouvre, avec la douce vertu de son sexe, un cœur plein de pitié à nos tristes confidences, et désarme un Dieu miié : deg'me enchanté qui adoucit la terreur d'un Dieu, en interposait 1» beauté entre notre néant et la majesté divine.

Les cantiques de l'Église nous peignent la bienheureuse Marie assi e sur un trône de candeur plus éclatant que la neige-, elle brille sur ce trône comme une rose mystérieuse *, ou comme V étoile ûu matm, précurseur du soleil de la grâce ^; les plus beaux anges la servent, les harpes et les voix célestes forment un concert autour d'elle-, on reconnaît dans cette fille des hommes le refuge des pécheurs 3, la consolation des affligés * ; elle ignore les saintes e^ilèrcs du Seigneur, elle esttmite bonté, toute compassion, toutinduJgenee.

'Marie est la divinîfé de rinnacence, de la faiblesse et dumaftfur. La foule de ses adorateurs dans nos églises se compose de poiivres matelots qu'elle a sauvés du naufrage, de vieux invalides quVIlea arrachés à la mort, sous le fer des ennemis de la France, déjeunes femmes dont elle a calmé les douleurs. Celles-ci apportent leur? nourrissons devant son image ; et le cœur du nouveau-né, qui ne

' Rnsa mytfira.

^niella ma tu lina.

' Rrfugium p'C-nfnritm.

* (on^alniiir afjïic:(mvn.

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