‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 108 sur 239 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Origine des noms des factions • la Montagne et la Plaine.

Solon voulut couronner ses travaux pnr un sacrifice. 'V^oyant que sa présence faisait nnîire des iroubics à Athènes, il résolut de s'en b;mnir par un exil volontaire. Il s'anacha dojic pour dix ans * au s<'jour si doux d(; la patrie, après avoir lait promettre à ses concitoyens qu'ils vivraient en paix jusqu'à son retour. On s'aperçut bientôt qu'on n'ajourne point les passions des hommes.

Depuis longlenips l'Etat nourrissait dans son sein trois fictions qui ne cessaient de le déchirer. Quelquefois, réunies par intérêt on tranquilles par lassitude, elles semblaient s'éteindre unuioineai; mais bientôt elles éclataient avec une nouvelle furie.

La première, appelée ?e/)arfi(Ze ?a ^/onfa(7tie, élait composée, ainsi que le fameux parti du même nom en France, des citoyens les plus pauvres de la répiibli(|ue, qui voulaient une pure démocratie^. Par l'ciabliNsement du» sénat ^, et 1 admission exclusive des riches aux charges de la magistrature*, Solon avait opposé une digue puissante à la fougue populaire; et la Montagne, trompée dans ses espérances, n'attendait que l'occasion favorable de s'insurger contre les dernières mstituiions. C'étaient les Jacobins d'Athènes.

autre loi de Solon , par laquelle il était permis de tuer le magistrat qui conservait sa place après la destruction de la démocratie.

3 Ce jugement est dur, mais il ne porte évidemment que sur l'état d'ivresse ok l'on prétend que se trouvaient les membres de l'assemblée constituante dans la nuit du 4 août 1789. J'examinerais aujourd'hui avec plus d'impartialité un fait historique avant d'en faire la base d'un raisonnement. (N. Éd.)

•> Il faut entendre ici, non pas les français en général^ mais les Fiançais de celte époque. (N. Éd.)

<^ J'ai déjh fait une note sur ce ton suffisant, sur celte bouffissure de l'auteur de VEssai. A peine aujourd'hui aurais-je assez d'autorité pour parler de nioi avec tant d'importance. Pour dire avec quelque convenance, on m'a souvent reproché de voir, etc., il faudrait être depuis longtemps connu du public; cela fait pitié quand c'est un écolier, dont on ne sait j^as même le nom, qui, daus son premier barbouillage, affecte ces airs do docteur. (N. Ed.)

« Plut., in Solon.

a Hkrod., I I). i,(ap. LiX; PLUT , tn Solon.

3 HltHOD., Ilb. I, p. 88.

4 Arist., -ie Rvp., lib. II, cap. Xil, p. 336.

Le second parti, connu sous le nom de la Plaine, réunissait les riches possesseurs d.; ienes qui, trouvant que le iigislateur avait trop éiendu ie pouvoir du petit peuple, deuiandaientlacoiistiluliou oligarchique, plus favorable à leurs iniéf êis *. C'étaient les Aristocrates.

Enfin, sous un troisième parti, dislînîïU'^ par l'appell tion de la Côte, se rangeaient tous les négociants de l'Atiique. Ceux-ci, également effrayés de la licence des pauvres et de la tyrannie des grands, inclinaient à un gouvernornent mixte, propre à réprimer l'une et l'autre ^ : ils jouaient le rôle des Modérés.

Athènes se trouvait ainsi, à penprès, dans la même position que la France républicaine : nul ne goûtait la nouvelle constitution; tous en demandaient une autre ; et chacun voulait ceile-ci d'après ses vues paniculières. On voit encore ici la source d'où les Français ont tiré les noms des partis qui les divisaient '; comme si mes malheureux compatriotes n'avaient déjà pas trop de leurs haines nationales, sans aller remuer les cendres des faciious étrangères parmi les ruines des Etats qu'elles ont dévorés !

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