‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 139 sur 239 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Cartilage.

Nous trouvons sur la côte d'Afrique les célèbres Carthaginois , qui , de tous les peuples de lantiquité, présentent les plus grands rapports avec les nations modernes. Aristote a fait un magnifique éloge de leurs institutions politiques *. Le corps du gouvernement était composé : de deux suffètes ou consuls annuels; d'un sénat; d'un tribunal des cent, qui servait de conire-puiils aux deux premières branches de la constitution ; d'un conseil des cinq, dont les pouvoirs s'étendaient à une espèce de censure générale sur toute la législature; enlin, de l'assemblée du peuple, sans laquelle il n y a point de république *° ".

Carthage adopte en morale les principes de Lacédénione. Elle bannit les sciences et défendit même qu'on enseignât le grec aux enfants". Elle se mit ainsi à l'abri des sophismes et de la faconde de l'Attique. Il serait inutile dere-

» Dans sa plus haute prospérité, elle était couverte des monuments en ruine d'un peuple antien qui florissail avant l'invasion des Pasteurs.

2 Les Lycurgue , les Pylliagore. — Sous les Médicis.

3 La langue liiéroglyphique. — Le latin. . . ^

4 T} r avait quelques ports sur le golle Arabique, mais elle les perdit bientôt. — Commerce de Florence, de Venise, de Livourne avec l'Egypte, avant ia découverte du passage par le cap de Bonne-Espérance.

5 Dans la guerre Médique, que nous verrons incessamment.

6 TuucYU.,lib. i,cap. cil. ^ . , . ,

7 Inarus, qui insurgea l'Egypte contre Artaxerxès, roi des Perses. Les Français n ont envahi rilalie qu'en semant la corru|ttion autour d'eux, et en lomenlanl des insurrections a Gcues, a Rome, à Turin, etc. .,,•.• rr i

8 Les Grecs j furent presque anéantis, étant obligés de se rendre a discrétion Trop loin de leur pays, ils ne pouvaient en recevoir les secours nécessaires . la moine position attirera tôt ou lard les mwies désastres aux Français en Italie, si la paix ne prévient I eUusion du saiig.

9 Arist., de Hep., lib. Il , cap. XL r> «i « • to ARlST., de Rep.; POLYB., lib. IV, p. 493; JUST., lib. XIX, cap. II; CORIf. NlP., i»

Ânnib., cap vu.

« Le jeune auteur se plaît évidemment au détail de ces combinaisons politiques, qui rentrent dans son système favori. Il est vrai qu'il n'y avait point de république sans assemblée du peuple , avant que la république représentative eût été trouvée. (N.ED.)

*» JcsTiN., lib. II, cap. V.

chercher l'état des lumières chez un pareil peuple. Je parlerai incessamment de !a partie des ans, dans laquelle il avait fait des progrès considérables.

Atroces dans leur religion, les Carthaginois jetaient, eu l'honneur de leurs dieux, des enfants dans des fours embrasés * ; soit qu'ils crussent que la candeur de la victime était plus agréable à la Divinité, soit qu'ils pensassent faire un acte d'humanité en délivrant ces eues innocents de la vie avant qu'ils en connussent l'amertume.

Leurs principes militaires différaient aussi de coux du reste de leur siècle. ' Ces marchands africains, rcuferaiés dans leurs compioirs, laissaient à des mercenaires, de même que les p 'uplcs modernes, le soin de défendre la patrie ^. Ils achetaient le sang d s hommes au prix de l'or acquis à la sueur du front de leurs esclaves, et tournaient ainsi au profil de leur bonheur la fureur et riinbécillité de la race humaine.

Mais les habitants des terres puniques se distinguaient surtout par leur génie conmierçant. Déjà ils avaient jeté des colonies en Espagne, en Sardaigne, en Sicile, le long des côtes du continent de l'Afiique, dont ils osèrent mesurer la vaste circonférence: déjà ils s'étaient aventurés jusiiu'au fond des mers dangereuses des Gaules et des îles Cassitérides'. Malgré l'état imparfait delà navigation, l'avarice, plus puissante que h s iiiveuiions humaines, leur avait servi de bousiole sur les déserls de l'Océan *.

Page 1