‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 206 sur 239 · EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

EMPÉDOCLE

teucippe, Démocrile,

et quelques auU'cs.

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icure.

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J'ai parlé ailleurs de leurs systèmes *. Ti açons rapidement la philosophie des fondateurs des principales sectes de ces deux écoles, nous bornant à Platon, Aristoie, Zenon , Epicure et Pyrrhon.

P/afon^. La sagesse, prise dans toute l'étendue platonique du mot, est la connaissance de ce qui esl^.

Philo>ophie, selon Platon, veut dire désir de science divine *. Elle se divise en trois classes : philosopliie de (Jial('Cli,|ue, philosophie de théorie, philosophie de pratique*. Je passe la première.

Philosophie de théorie. P\i»n ne se fait de rien. Di^ là deux principes de toute éternité : Dieu et la niatière. Le: premier imprima le mouvement et Tordre à la seconde. Dieu ne peut rien créer, il a lout arrangé®.

Dieu, le piincipe opposé à la matière, est un Etre entièrement spirituel, bon par excellmce, intelligent dans le degré le plus sunéreur', mais ron omnipui-^sant, car il ne peut subjngnei la propension au mal de la n»atière*.

Dieu a arrangé le monde d'après le modèle existant de toute éternité en lui-même^, d'après cetle raison delà Divinité, qui coniientles moules incr^'és des choses pa^^sécs, présenti s et à venir. Les idées de l'Essence spirituelle vivent d'elles-mêmes, comnie éires distincts ei réels ^^. Les objets visibles de cet univers ne sont que les ouibi es des idées de Dtcu, qui formentseules les vraies subsiances".

tnlin, outre ces idées préexistantes, la Divinité fit couler un souffle de sa vie dans l'univers, et en compos:» un tioisièuie pi incipe mixte, à la t'ois esprit et matière, appelé l'âme du monde *^.

Tel est le système théologique de Platon, d'où l'on prétend que les chrétiens ont emprunté leur njystère de la Trinité.

Au reste, Plaion adit)eii;»it 1 immorialité de Tâme *^ qui devait retourner, après la mort du corps, à Dieu, doni elle était émanée **. Quani à la politique, j'en parlerai ailleurs; j'observe seulement* ici que Piaton admettait la monarehie comme le meilleur gouvernement.

Arislote ** divisait la philosophie en trois sortes, de même que Platon ; sans parler de sa malheureuse dialectique, qui a si longtemps servi de retraite à l'ignorance, je ne m'arrête qu'à sa métaphysique.

La d( cirine des péripaiéiiciens est le sy,-.tème célèbre de la chaîne des êtres. Arisioie remonte d'action en action, et prouve qui! iaut qu'il existe

» Tlialès: l'eau, prlnripf de création. tMlhagore : système des harmonies. J'ajouterai que Thaïes troiivîi en matliématiqtifs ifs thcorémps suivants': les angles opposés aux sommets sont égaux ; les angles faits à la base du triangle isocèle sont égaux. Si deux angles et un côté d'un triangle sont égaux à deux angles et un côté d'un autre triangle , les deux triangles sont égaux. Pylhagore découvrit ces belles vérités : dans un triangle rectangle le carré de l'hypo- Ihénuse est égal à la somme des carrés laits sur les deux autres côtés; les seuls polygones qui puissent remplir un espace autour d'un point donné sont le triangle équilatéral, le quadrilatère et riiexagone : lepr<mur pris six fois, le second quatre, le troisième Hois. I*e toutes les manières de démonlrer le carre de l'bypolhénuse , celle de Bezout me semble la plus claire*.

2 Plnton, né avant J.-C. 429, ol. 87, 3' année; mort avant J.-C. 347, ol. 108.

3 In Phœd.,\).''21S.

4 Proiag-, p. 313.

5 Resp , lib. VI, p. 495.

6 Tim., p. 28; DioG., LAERT.,lib. III; Plut., de Gen. ^ntw.,p. 78.

7 De leg., p. 88i>; Tint., p. 30.

8 Poht.,\). 174.

9 2'tm.,p.249.

ïo Jd., iliid.

11 iîespwô., lib. Vif, p. .515.

»2 Tim , p. 34.

»ô Tout singulier que cela puisse paraître, il y a eu des auteurs qui ont prétendu que Platon ne croyait point à l'immortalité de l'âme, et ce n'est pas sans raison. »4 rtm.,p. 298.

»5 Aristoie, né avant J.-C. 384, ol. 99, 1" année; mort avant J.-C 332, ol. 114, 2* année.

* J'ai parlé ailleurs de mon premier planchant pour les maihématiques ; il faut pardonner celte note à un jeune homme élevé d'abord pour le service de la marine.

(N. ÉD

quelque part un premîer agent du mouvement. Or ce pr mier moMlc de 'Oicï chose incréée et mue est la seule substance en re;>os. Elle n'a, de néc^'^sité, ni quantité ni matière. Quant au problème insoluble, savoir: conimoiii 1 âujc agit sur le corps, leSi^gyrite croyait avoir répondu en attribuant le phénomène à u) acie immédiat de la volonté du Moteur universel*.

Il n'en savait pas davantaine sur la nature de l'àme, qu'il aopelnit un" parfaite énergie; non le premier mouvement, mais un principe de niouvein<Mit, etc. ^ : il la tenait inmiorielie.

Zénon^, père de la secte stoïcienne. La nbiîosophie est un eff.>;t de TâT.e vers la sagesse, et dtns cet effort consiste la v»'rtu *.

Le tr.onde s'arrangea par sa propre énergie. La nature e<^t ce tout, qui compr( nd tout, et doni tout ne peut être que membre ou p;iriie Ce lout se compose de deux principes, l'un actif, lauire passif, non existant séparés, mais unis ensemble. Le premier s'appelle Dieu ,- le second, matière. Die-t tM e.n pur éiher, un feu qui envclo;.>pe la i^uMaco extérieure et convexe iïn ciel : la miitière est une masse inerte lU à repos*.

Oiîire les deux principes, il en existe un troisième, auquel Dieu et la matière sont également soumis. Ce principe est la chaîne nécessaires des ciioses; c'est cet eff i qui l'ésulle des événements, et est en même temps 1;à cause mevii.îb'e : c'est la fatalité ^-

Dicu. la matière, la laialilé, ne font qu'un. Ils composent à la fois les roues, le inouvtment, les lois de la machine, et obéisseni, comuie putie?, aux :ois qu'ils dictent comme toul^.

Les st iïciens affirnKiient encore que le monde périra alternalivénient par Teau et le feu, pour renaître, ensuite sous la même forme ®; que i homme a une âme immortelle; et ils admettaient, comme l'Eglise romaine, les lrof8 étais «le récomp.'îise, de purification et de punition dans une autre V(e, ainsi que la ré- SUi reelinn des corps après lembrasement général du monde ^.

Epicure^^. La piiibisophie est la recherche du bonheur. Le bonheur consite dans la santé et ia paix de l'àme. Doux e>pèces d'études y conduisent : cdle de la physique et celle de la morale.

L'univers subsiste de toute éternité. Il ny a que deux choses dans la nature : le> corps et le vide **.

Les corps se composent de l'agrégation de parties de matière infutiment petites, ou d'atomes.

Les atomes ont un mouvement interne :1a gravité. Li ur motion se ferait dans le plan vertical*^, si, par une loi particulière, ils ne décrivaunt une ellipse dans le vide*^.

La terre, le ciel, les nlanèies, les étoiles, les animaux, l'homme comp;M>, naquirent du concours fortuit de ces atomes; et, lorsque la vertu >éminale du globe se fut évaporée, \c< races vivantes se perpétuèrent par la génération '*.

Les membres des animaux, formés au hasard, n'avaient aucune destination pai liculière. L'oreille concave n'était point creusée pour entendre, l'œil cun-

1 De Gen, Anim., lib. Il, cap. iii; Met., lib. Il, cap. VI, etc.; De Cœlo, lib. XI, cap. m, etc. 9 De Gen. Anim., lib- II, cap. IV; lib. III, cai). xi.

3 Zenon, ne avant. I.-C. 3;)9, oi. 195, 2^ ^nn«e; mort avant J.-C. 261,01. 129, l'« année. * Pi. UT., de l'iac. PhiL, lib. IV; Sen., Ep. i.xix.

5 Lakrt., lib. v; Stob., Eccl. l'hys., c;i|). xiV; Skn., Consol., cap. XXix.

6 Cic, de Nat. Deor., lib. i; ANTON., lib. VU.

7 l-oc- cit.

« Cic, de Nat. Deor., lib. iil, cap. XLVI; Laert., lib. vii; Sknec, Ep. ix, XXXVI, etc. 9 Sknkc, Ep. XC; PLUT.,fte*iyn. Stoic, p. Jl; LAEUT., lib. VII; SEN., oi Marc; PLUT., ée Fac. lun., p. 3s3.

»o Kpicurc, ne avant J.-C. 343, ol. 109, 3"= année; mort avant J.-C. 270, ol. 127, 2« année.

»« t-UCRET., lib II; Lakkt., lib. X.

»» l< picure iinapina ce mouvement de déclinaison pour éviter de tomber dans le système des falalislos qui exclut de droit toute lYclierche du bonheur. Mais l'hypothèse est absurde; car si ce motivouicnt est une loi, il est de nécessité : et comnieut une cause obligée produira- 1- elle uo «ffel libre?

»3 LUCRKT.,lib. II; I.ARRT., lib. X.

*^ LUCUBT., lib. v-X; Cic, de Ifat. Deor., lib. I, cap. TIII-IX.

vexe poli, pour voir; mnis, ces oigiofs se trouvant propres à ces diffcronls usages, les animaux s'en servirent maciiinalemeni, et de préférence à un autre sens*.

Il y a de<i dieux, non que la raison nous les montre, l'insiinct seul nons le dit. Mais ces dieux, cxuéniemint heureux, ne se mêlent ni ne peuvent se mêler des choses humaines. Ils résident au séjour inconnu de la purelé, des délices et de la paix^.

Morale. Dlux espèces déplaisirs : le premier consi'^te en un parfait npos d'esprit et de corps; l'autre, en une douce émotion des sens qui se communique à l'ànie. Par plaisir il ne f.mt pas entendre celte ivresse de passions qui nous subjugue, mais une tranquille absence de maux. Cet état de calme à sou tour ne doit pas être une profonde apathie, un marasme de l'âme, mais cette position où l'on se sent lorsque toutes les fonctions mentales et corporiiies s'accompli-seni avec une paisible harmonie. Une vie heureuse n'est ni un torrent rapide, ni une eau léthargique, mais un ruisseau qui passe leniement et en silence, répétant dans son onde limpide les fleurs et la verdure de ses rivages '.

Tel était le système charmant d'Epicure, si longtemps calomnié. Quanta Pyrrhnn, le vrai scepticisme antique n'était pas tant une négative universelle qu'une indiff*érence de tout. Le Pyr» honien ne rejetait pasl'existence des co ps, les accidents du chaud et du froid, eic. ; mnisil disait qu'il croyait apercevoir et sentir telle ou telle chose, sans savoir si cette chose était reellemeut, et sans qu'il importât qu'elle fût ou qu'elle ne fût pas. Dieu est ou n'est pas ; tel corps paraît rond, carré, ovale; il semble qu'il neige, que le soleil brille : voilà le langage du sceptique^ *.

Nous devons moins considérer ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ces systèmes que l'influence qu'ils ont eue sur le bonheur des peuples où ils lurent enseignés. Nous examinerons ailleurs cette influence. Nous remarquerons seulement ici que, par leur teneur, ils s'élevaient directement contre les institutions morale-, religieuses et politiques de la Grèee. Aussi les prôires elles magistrats de 1;) patrie s'y opposèrent-ils avec vigueur; ils sentaient qu'ils atlajuaieul rédifice jusquà labase; que des livres qui prôchnient moiiaiehie dans une république, athéi. me ou déisme chez des nations pleines de foi, devaient amener tut ou lard la destruction de l'ordre social. Ainsi les philosophes grecs.de n:ême que les nôtres, se trouvaient en guerre ouverte avec Ifur sièele. Mais ils disaient !a vérité! Et qu'importe? La vérité simple et absuMiie ne lait as toujours la vérité complexe ei relaiive. Ne précipitons point le (Oiirs des choses par nos opinions. Un gouvernement est-il mauvais, une religion

» LUCRïïT., lib IV- v.

2 Id., titj. X; CiC, de Nat. Deor.

3 Laert., lib. X; Cic, iuscul., lib. m, cap. xvii; de Finib., lib. i, cap. xi-xvii.

3 L'explication de ces systèmes a paru aux critiques du temps prouver quelque lecture. J'aimais passionnément la métaphysique; mais que n'aimais-je pas? Je me plaisais a l'algèbre comme ia la poésie, et j'avais pour l'érudition historique le goût d'un véritable bénédictin. (N. Éd.)

4 II resie touiours contre le pyrrlionisme une objection insurmontable dans les vérités raa- Ihémaliciiies. Que les corps ne soient que la moditioalion de mes sens, à la bonne lii'uie: înais les choses géométriques existent d'elles-mêmes. Les propriétés du cylindre, du poiygoiie, de la tanuente, de la sécante, etc., me sont démontrées à l'évidence, soit que je me considère roiiMue corps ou comme esprit. 11 y a donc quelque chose qui ne m'appartient pas, qui ne .'■aurait êUe une combinaison de mes pensées, parce que toute vérile qui peut se démontrer (il n'y a que lesvei iiés mallienialiqnps de cette espèce) est d'elle-même. D'ailleurs, si je suis esprit, ou (sarlie du tout. Dieu ou malière, comment la quantité mesurée de la ligne deviendrait-elle l'effet d'inio cuse incommfnsnr;ible ? Dès lors qu'il se trouve quelque chose hors de moi, le système des scciiticiens s'écroule; car, quoique je ne puisse prouver la réalité de tel objet, j'ai lieu de ciuirc à son identité, à moins qu'on n'admît les vérités mathématiques comme les Nombres de Pyihagore ou le Monde d'idées de Platon. Dans ce cas. elles seraient le vrai Dieu tant cherché dés pùilosophes *.

* On voit par celte note même, où je combats de si bonne foi le pyrrhonisme, combien j'étais loin au fond de lalhéisme et du malérialisme. (N. Éd.)

siipet slitieuse, laissons agir le temps, il y remédiera mienx que nons. liCS corps pol!li(jues, quand on l'S abandonne à eux-mêmes, ont leurs mélamorphdses naturell' s, comme les chrysalides. Longtemps Taiiimal, entouré des chaînes qu'il sVsl lui-même forgérs, languit dans le sommeil de l'abjtction, sous l'apparence la plus vile, lorsqu'un inaiin, aux regards surpris, il perce les murs de sa prison, et, déployant deux ailes brillantes, s'envole dans les champs de la liberlé; mais si, par nnf^ chaleur fnciice, vous cherchez à hâler le j)hénomène, souvent le ver meut t dans ropéralioa délicat) ; et, au lieu de reproduire la vie et la beauté, il ne vous re-le qu'un cadavre et des lormes hideuses* .

Avant de passer à ce grand sujet, de l'influence des opinions sur les mœurs et les gouvernements des peuples'' , rauprochoiis nos philosophes de ceux de la Grèce.

CM APURE XXIÏL Philosophes moJernes. — Depuis l'invasion des Barbares jusqu'à la renaissance des lettres.

L'Italie, la France, la Grande-Bretagne, étant tombées sous le joug des peuples du Nord, une philosophie barbaie s'élentlit sur l'Occident en même temps que la Ita-ne des scienc'S régnait dans ceux qui auraient pu les proléger. C était alors que di s empereurs faisaient des lois pour bannir les mathé' malicicns (>X\(i% sorciers^; que les papes incendinent les bibiiothèiiues de RoHîe^*^ .On étudiait avec ardeur dans les cloîtres le Tiviumei le Quadri" vium ^. V\n moine* inventait les noies de musique sur VUtqueant loxis^; et, pour comble de maux, vers le douzième siècle reparurent les ouvrages d'Arislote. A'ois on vits> former cette malheureuse philosophie scolasti'ine, qui se composait des subùiiiés de la dialectique péripaiéltcienne et du jargon mystique de Platon.

Bieutèt la nouvelle secte S'^ divJsa en norninalùtes, aJhcriîstes, occamisteSy réalistes. Souvent les champions en vmrentaux ma^ns, el les papes elles rois prenaient parti pour et coniri\ Entre les nouveaux phlosophes bnllèienl Thomas d'Aquin, Albert, Roger Bacon ; el, avasit eux, Abailai d, quil ne faut pas oublier. Il y a des morts dont le simple nom nous dit plus qu on ne saurait exprimer'^ ^.

a L'image est peut-être trop prolongée; mais elle renferme une grande vérité : il n'y a de révolution durable que celle que le temps amène graduelleineni et sans efforts. (N. ÉD.)

^ Ici mon système devient raisonnable; il est impossible de nier l'influence de ropinion sur les mœurs. ' (N. Ed.)

1 Cod. Just.y lib. X, lit. xviil ; Cod. Theod. de Pagan., p. 37.

a Sarisberiens. POLieRAT., lib. n-vui, cap. lï-vi.

Grégoire fil brûler la belle bibliothèque du leinpie d'ApoHon formée par les empereurs romains.

c C'est fort bien de ne pas vouloir qu'on brûle les livres; mais pourquoi vouloir mettre au nombre des calamités du temps le nom donné aux noies de musique par Guido Arelin? Quelle est la transition entre l'étude du Irivium el les preniièn s sylliihf^s d'une strophe de rf7/(i«e«»f/ajciA? Ll comment les ouvragesd'Aiislole ont-ils couiblé les maux commencés par uc, re, mija, sol, /a .^ Je savais tout cela il y a trente ans. (N. Éd.)

3 Alcuin., Op. Fab. Bibl. Lat. Med., tom. I, p. lî^i.

La science du Triviiim et du Qniidrivium cl.nl tonte reiilerméc dans ces deux vers fameux: Gramm. loqiiiUir, Da. veva «Socet. Hhet. verba colorât. Mus. canif, Ar. niimtrai, Geo. pondérât. Àst. colil nslra. ♦ Guido Arelin. Il trouva i'expnssion des six notes sur I il - mur. de Faut DiacOD : Ut queanl Iaxis. Re sonnre fibris.

Mi 'a seslcrum. Fa rnuli luornm.

Sol ve pullulis. La bus reatiun.

Sanclc Joancs.

5 Wkizius, in Ileortologio, p. 2G3.

•• Il faut convenir que c'est accrocher subtilement une noie a un mot. Voici, k pro-

6 J'ai bien éprouvé une lois dans ma vie cet effet d'un nom. C'était en Amérique. Je parlais

Cependant Constantinople venait de passer sous le joug des Turcs, et le resie des philosophes grecs fugitifs trouvèrent un asile en Italie. Les letires commencèrent à revivre de lout«^s parts. Dante et Pétrarque avaient paru Celui-ci est plus connu par ses Canzones que par ses traités De contemptu

Tique soptenlrionale. <.e ne sonldonc ni les voyages de Mackenzie ni les dernières expéditions des Anglais qui m'ont fait dire que j'avais voulu autrefois tenter la découverte du passage dans les mers polaires, au nord-ouest du t anada , découverte que poursuit dans ce moment même le capi laine Francklin. Mon projet avait précédé toutes ces entreprises ; en voila la preuve consignée dans VE'^sai publié 'a l.on«*' dres en 1797, il y a vingt-neuf ans C'est ainsi que la Providence m'a placé plusieurs fois "a l'entrée de diverses carrières oîi j'ai toujours eu en perspective le but le plus diflicile et le plus éloigné ; elle m'a mis tour a tour "a la main le bâton du voyageur, lépée du soldat, la plume de l'écrivain et le portefeuille du ministre. (N. Éd.)

alors pour le pays des Sauvascps, et Je me trouvais embarqué sur le paquebot qui remonte de New-Yoïli à Aibany par la rivière d'Hudson. La socielé des passagers était nombreuse el aimable, consistant en plusieurs femmes el quelques officiel s américains. Un vent frais nous conduisait mollement à notre destination. Vers le soir de la première journée, nous nous assemblâmes sur le pont pour prendre une collation de fruits et de lait. Les femmes s'assirent, sur les bancs du gaillard, el les hommes se mirent à leurs pieds. La conversation ne fui pas longiemps bruyante : j'ai toujours remarqué qu'à l'aspect d'un beau tableau de la nature on tombe involontairement dans le silence. Tout à coup je ne sais qui de la compagnie s'écria : ce c'est auprès de ce lieu que le major André lut exécuté. » Aussitôt voilà mes idées bouleversées : on pria une Américaine 1res jolie de chanter la romance de l'inlortuné jeune homme ; elle céda à nos instances, el commença à faire entendre une voix timide, pleine de voluple el d'émolion Le soleil se couchait; nous él'ions alors entre de hautes montagnes. On apercevait çà et là , suspendues sur (les abîmes, des cabanes rares qui disparaissaient et reparaissaient tour à tour entre des nuages, mi partis blancs et roses, qui fi aient horizontalement à la hauteur de ces habitations. Lorsque au-dessus de ces mêmes nuages on découvrait la cime des rochers et les sommets chevelus des sapins, on eût cru voir de petites îles flottantes dans les airs. La i «vière majestueuse, tantôt coulant nord et sud, s'étendait en ligne droite devant nous , encaissée entre deux rives parallèles comme une table de plomb; puis tout à coup, tournant à l'aspect du couchant , elle courbait ses flots d'or autour de quelque mont qui, s'avançant dans le fleuve avec toutes ses piaules, ressemblait à un gros bouquet de verdure noué au pied d'une zone bleue etau'ore. Nous gardions un profond silence; pour moi, j'osais à peine respirer. Rien n'interrompait le chant plainlil de la jeune passagère, hors le bruil msensible que le vai&seau. poussé par une légère brise, laisait en glissant sur l'onde. Quelquelois la voix se renflait un peu davantage lorsque nous rasions de plus près la rive; dans deux ou trois endroits elle fut ré[»étée par un laible écho : les anciens se seraient imaginé que l'âme d'André, attirée par celle mélodie touchante, se plaisait à en murmurer les derniers sons dans les montagnes. L'idée de ce jeune hommp, amant, poêle, brave et infortuné, qui, regretté de ses concitoyens et honoré des larmes de Washington, mourut dans la fleur de l'âge pour son pays, répandait sur cette scène romantique une teinte encore plus attendrissante. Les officiers américains et moi nous avions les humes aux yeux; moi, par lefifet du recueillement délicieux où j'étais plongé; eux, sans doute, par le souvenir des troubles passés de la patrie, qui redoublait le calme du moment présent, ils ne pouvaient contempler, sans une sorte d'extase de cœur, ces lieux naguère chargés de bataillons étincelanls et retentissants du bruit des armes, maintenant ensevelis dans une paix prolonde, éclairés des derniers feux du jour, décorés de la pompe de la nature, animés du <loux sifflement des cardinaux el du roucoulement des ramiers sauvages, et dont les simples habitants, assis sur la pointe d'un roc, à quelque distance de leurs chaumières , regardaient tranquillement no~ Ire vaisseau passer sur le fleuve au-dessous d'eux.

Au reste, ce voyage que j'entreprenais alors n'élait que le prélude d'un autre bien plus impor* tant, dont à mon tour j'avais communiqué les plans à M. de Malesherhes, qiu devait les présenter au gouvernement. Je ne me proposais rien moins que de déterminer par terre la grande question du passage de la mer du Sud dans l'Atlaniiquf par le nord. On sait que, maigre les efforts du capitaine Cook et des navigateurs subséquents, il est toujours resté un doute. Un vaisseau marchand, en 1786, prétendit avoir entré, par le 48" lat. N., dans une mer intérieure de l'Amérique septentrionale, et que toul ce qu'on avait pris pour la côte , au nord de la Californie, n'était qu'une longue chaîne d'îles extrêmement serrées. D'ime autre part, un voyageur, parti de la baie d'Hiulson, a vu la mer par les 71" de lat N. à l'f inbouchure de la rivière duCuivre. On dit qu'il est airivé l'été deinier une îrégale, que l'amitaiilé d*Aiigl«!erre avait chargée de vérifier la découverte du vaisseau marchand dont j'ai parié, et que celte frégate confirme la vérité des rapports de Cook. Quoi qu'il en soit, voici somraairei:nent le plan que je m'étais tracé :

Si le gouvernement avait favorisé mon projet, je me serais embarqué pour New-York, l.â, j'eusse fait construire deux immenses chariots couverts, traînés par quatre couples de bœufs. Je me semis procuré en outre six pelits chevaux, pareils à ceux dotil je me suis servi dans mon premier voyage. Trois domestiques européens et trois sauvages des Cinq-Nations m'eussent accompagné. Quelques raisons m'empêchent de m'étendre davantage sur les plans que je comp-

mtmdi , De sua ipsius et aliorum ignorantla, quoique ce dernier ouvrnge vaille mieux que la plupart de ses sonnets. Mais Laurc, Vaucluse, sont de doux noms, et les Iiommes se prennent plus aisément par le cœur que par la tête. Pic de la Mit andole, Polilien, Ficinus et mille autres furent des prodiges

tais suivre : le tout forme un petit volume en ma possession, qui ne serait pas inutile à ceux qui expioicnt des régions inconnues. Il me suffira tle dii c que l'eusse renonce à parcourir les déserts de l'Amérique, s'il en eût dûcoûier une larme à leurs simples habitants. J'aurais désiré que, parmi ces nations sauvages, l'homme à longue barbe^ longtemps après mon départ, eût voulu dire l'ami, le bienfaiteur des hommes.

Enfin tout étant préparé, je me serais mis en route, marchant directement à l'ouest, en loageanl les lacs du Canada jusqu'à la source du Mississipi , que j'aurais reconnue. De là, descendant par les plaines de la haute Louisiane, jusqu'au 40° degré de latitude nord, j'eusse repris ma route à l'ouest, de manière à attaquer la côte de la mer du Sud , un peu au-dessus de la tète du golfe de Calilorme. Suivant ici le contour des côtes, toujours en vue de la mer, j'aurais remonté droit au nord, tournant le dos au Nouveau-Mexique. Si aucune découverte n'eût arrêté ma niarche.je me fusse avancé jusqu'à l'embouchure de la grande rivière de Cook, et de là jusqu'à celle de la rivière du Cuivre^ par les 72 degrés de latitude septentrionale. Enfin, si nu!!e part je n'eusse trouvé un passage, et que je n'eusse pu doubler le cap le plus nord de l'Améiiqne, je serais rentré dans les Etats-Unis par la baie d'Hudson, le Labrador et le Canada.

Tel était l'immense et périlleux voj-age que je me proposais d'entreprendre pour le service de ma patrie et de l'Europe. Je calculais qu'il m'eût retenu (tout accident à part) de cinq à six ans. On ne saurait mettre en doute son utilité. J'aurais donné l'histoire des trois règnes de la nature, celle des peuples et de leurs mœurs, dessiné les principales vues, etc.

Quant à ce qui est des risques du voyage, ils sont grands sans doute; mais je suppose que ceux qui calculent tous les dangers ne vont guère voyager chez les Sauvages. Cependant on s'etfraye trop sur cet article. Lorsque je me suis vu exposé en Amérique, le péril venait toujours du local et de ma propre imprudence, mais presque jamais des hommes. Par exemple, à la caiaracle de Niagara, l'échelle indienne qui s'y trouvait jadis étant rompue, je voulus, en dépit des représentations de mon guide, me rendre au bas de la chute par un rocher à pic d'environ deux cents pieds de hauteur. Je m'aventurai dans la descente Malgré les rugissements de la cataracte et Tabime effrayant qui bouillonnait au-dessous de moi, je conservai ma têle, et parvins à une quarantaine de pieds du fond. Mais ici le rocher lisse et vertical n'offrait plus ni racines ni fentes où pouvoir reposer mes pieds Je demeurai suspendu par la main à toute ma longueur, ne pouvant ni remonter ni descendre, sentant mes doigts s'ouvrir peu à peu de lassitude sous le poids de mon corps, et voyant la mort inévitable : il y a peu d'hommes qui aient passé deux ininutes dans leur vie comme je les comptai alors, suspendu sur le gouffre du Niagara. Enfin mes mains s'ouvrirent, et je tombai. Par le bonheur le plus inouï je me trouvai sur le roc vif, où j'aurais dû me briser cent fois, et cependant je ne me sentais pas grand mal; j'étais à un demi-i»oucc de l'abîme, et je n'y avais pas roulé : mais lorsque le Iroid de l'eau commença à me pem-trof, je m'aperçus queje n'en étais pas quitte à aussi bon marché que je l'avais cru d'abord. Je sentis une douleur insu[iportable au bras gauclie; je l'avais cassé au-dessus du coude. Mon guide, qui me leg-rdait d'en haut, et auquel je fis signe, courut chercher quelques Sauvages qui, avec beaucoup de peine, me remontèrent avec des cordes de bouleau, et me transposèrent chez eux.

Ce ne fut pas le seul risque queje courus à Niagara : en arrivant, je m'étais rendu à la chute, tenant la bride de mon cheval cnlorlillée a mon bi-p.s. Tandis q:ie je me jtenchais pour rei^arder en bas, un serpent à soniietles remua dans les buissons voisins ; le cheval s'effraye, recule en se câblant et en approchant du gouffre; j<' ne puis désengager mon bras des rênes, et le o!ie val, toujours plus effarouché, m'entraîne après lui. Déjà ses pieds de devant quittaient la terre, et, accroupi sur le bord de l'abîme, il ne s'y tenait plus que par la lorce des reins. C'en était fait de moi, lorsque l'animal, étonné lui-même du tiouvenu péril, fait un dernier effort, s'abal en dedans par une j)irouelte, et s'élance à dix pieds loin du bord.

1.01 sque j'ai commencé cette note, je ne complais la fane que de quelques lignes; le suiet m'a entraîné : puisque la faute est commise, une demi-page de plus ne m'exposera pas davantage à la critique, elle lecteur sera peut-être bien aise qu'on lui dise un mot de celte fameuse cataracte du Canada, la plus belle du monde connu.

Elle est formée par la rivière Niagara, qui sort du lac E'ié et se jette dans l'Ontario. A environ neuf milles de ce dernier lac se trouve la chute ; sa hciuleur perpenclicukiire peut être d'environ deux cents [)ieds. Mais ce qui contribue à la rendre si violente, c'est que, depuis le lac Ené jusqu'à la cataracte, le fleuve arrive toujours en déclinant par une pente rapide, dans un cours de près de six lieues; en sorte qu'au moment même du saut, c'est moins une rivière qu'une mer impétueuse, dont les cent mille torrents se pressent à In bouche béante d'un gouffre. La cataracte se diviseeii deux branches, et se courbe en un ler à cheval d'environ un denii-mille de circuit. Entre les (Jeux chutes s'avance un énorme rociier creusé en dessous, qui pend avec tous ses sapins sur le chaos des ondes. La masse du fleuve qui se piccipile au midi se bombe et s'arrondit comme un vaste cylindre au moment qu'elle quitte le bord, puis se déroule en nappe de ne;ge, et brille au soleil de tontes les ct)uleui s du pi'ismo : ce'ie qui tombe au nord descend dans une ombi e elï'rayanle comme une colonne d'eau du déluge. Des arcs-en-ciel sans iiombie se coui bent et se croisent sur l'abîme, lioni les lenibles nruissemeuls se loni entendre à soixante milles à la ronde. L'onde, fra[)|iant le roc » branle, rejaillit en tourbillons d'écume qui, s'elevant au-dessus des forêts, res.iemblent auxfumees épaisses u'un vaste embiasemeni. Des rochers démesurés et giganlebques, taillés eu forme de faiilômes, décorent la scène sublime; des noyers sauvages, it'un aubier rougeâtre etécailleux, croissent chélivement sur ces squelettes fo.ssilcs. On ne voit auprès aucun animal vivant, hors des ai;;les qui, en plananl au-dessus de la cataracte OÙ ils vj;:uueut chercher leur proie, sont eiitrainés par le courant d'air, cl forcés de des-

d'érudition *. Erasme suivît : ses Lettres et son Eloge de la Folie sont pleins d'esprit et d'élégance. Bientôt les rélormaieurs de l'Eglise romaine attaquèrent plus vigoureusement encore la secte scol isiique^. On commença à faire revivre les autres philosophies (ie la Grèce- Gassendi lenouvelapeu après la secte d'Epicure*, et se rendit célèbre par son génie a«;ironomiq(ie. Trois hommes enfin, Jordan Bruno, Jérôme Cardan et François Bacon s'élevèrent en Europe, et. dédaignant de marcher sur ios pas des Grecs, se frayèrent une route nouvelle : en eux commence la philosophie moderne.

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