‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 43 sur 239 · PAR M. ALEXAÎSDRE DE LABORDE · texte numérisé non relu

PAR M. ALEXAÎSDRE DE LABORDE

Juillet 1807.

H y a des genres deliKérature qui semblent appartenir à certaines époques de la société : ainsi la poésie convient plus pariicnlièrement à l'enfance des peuples, et l'histoire à leur vieillesse. La simplicité des mœurs pastorales ou la grandeur des mœurs héroïques veulent être chantées sur la lyre dHumère ; la raison et la corruption des nations civilisées demaniientlc pinceau de Thucydide. Cependant la muse a souvent retracé les crimes des hommes; mais il y a quelque chose de si beau dans le langage du poêle, (|ue les crimes mêmes en parais^enl embellis; Ihistoire seule peut les peindre sans en aff;iiblir l'horreur. Lorsque, dans le silence de l'olijection, l'on n'cFiteml plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'enc(tuiir sa faveur que de ujériter sa disgrâce, rhistorien paraît chargé de la vengeance des peu|)lrs. C'est en vain que Néron prospère. Tacite est déjà né danslempirè ; il croit inconnu auprès des ceiulres de Germanicus ; et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. Bientôt toutes les fausses vertus seront démasquées par l'auteur des Annales, bientôt il ne fera voir, dans le tyran déiflé,

» Voilà rarlicte qui fil supprimer le Mercure , et qni al lira une perst-ciilion violenle à l'auteur. Coiinne ce morceau esl devenu historique, on n'a pas voulu y loui 'ler, il l'on y a laisse les fragments de ÏUinéraire qui $'y Irouvcul. A celle époque Vliinéraire n'élait pas publie.

MÉLANGFS LITTÉP.AIHES. 555

que l'histrion, l'iiiceiKÎiairc et le pnrricîr!<^ : «;pml)^^î)]c à ros premiers chrétiens d'Egypte qui, au p'^il de leurs jours, ruineirai -01 dnns les temples de l'idoiàirie, saisissaient au fond d'un sanciuaire lôncijrcux la diviniié que le crime offrait à Tencens de la peur, et liaîuaicnlà !a lumière du soleil, au lieu dua dieu, quelque mousirehonible.

ÎMais si le rôI'Mle ^l)i^lorien est beau, il est souvent dangereux. Il ne suffît pas toujours, pour peiudie les actions des hommes, de se sentir une âme élevée, une imagination forte, un esprit lin (.t juste, un cœur compalissant et sincère : il faut encore trouver en soi un caracière iulrepide, il taulélrt; préparé à tous les malheurs, et avoir fait d'a\ ap.ce 1<; sacrifice de son repos et de sa vie. ïouiefois il est des pariies dans Thisloire qui ne demandent pas Je même courage dansThistorieu. Les Voyages, par exemple, <|iii lieimeut à la fuis de la poésie et de l'hisloire, couime celui que nous annonçous, peuvent être écrits sans péril. Et néanmoins les ruines et les tombeaux révèlent souvent <les vérités qu'on n'apprendrait point ailleurs ; car la face des lieux ne change pas comme le visage des hommes : Non ut hominum vultus ita locoruin faciès mutantur.

L'antiquité ne nous a laissé qu'un modèle de ce genre d'histoire : c'est le Voyage de Pausanias ; carie Journal de Néarque et le Périple d'ÎIannon sont des ouvrages d'un ordre différent. Si la gravure eût été connue du temps de Pausanias, nous posséderions aujourd hui un trésor inestimable ; nous verrioiiS en entier, et comme debout, ces temples dont nous allons encore admirer les débris. Les voyageurs modernes n'ont songé qu'assez tard à fixer, par l'art du dessin, 1 état des lieux et des monuments qu'ils avaient visités. Ch;; !in, Pococke et Tournefort sont peut-être les premiers qui aient eu cette hem c use idée. Avant eux on trouve, il est vrai, plusieurs relations ornées de planches; mais le travail de ces planches estatissi grossier qu'il est incomplet. Le plus ancien ouvrage de cette espèce que nous nous rappelions est celui de Monconys ; et cependant, depuis Benjamin de Tudèle jusqu'à nos jours, on peut compter à peu près cent trente-trois voyages exécutés dans la seule Palestine. C'est à M. l'abbé de Saint-Non et à M. de Choiseul-Gouffier qu il (luit donc rapporter l'origine des Voyages pittoresques proprement dits. Il est bien à désirer pour les arts que M. de Choiseul achève son bel ouvrage, et qu'il reprenne des travaux trop longtemps suspendus par de > malheurs : les amis de Cicéron cherchaient à le consoler des peines de la vie en lui remettant sous les yeux le tableau des ruines de la Grèce.

L'Italie, la Sicile, TEgypte, la Syrie, l'Asie mineure, la Dalmalie, ont eu des historiens de leurs chefs-d'œuvre : on conipt *. uik; foule de tours ou de voyages pittoresques d'Angleterre ; les monuments de la France sont gravés; il ne restait plus que l'Espagne à peindre, couîme le remai que M. de Labi.rde.

Dans une introduction écrite avec autant d élégance que de clarté, l'auteur trac^ ainsi le plan de son voyage :

a L'Espagne cst une des contrées les moins connues de l'Europe, et celle « qui renferme ce[>en(lant le plus de variété dans ses nmnumeuts et le plus « d intérêt dans son hisioire.

a Riche de toutes les productions de la nature, elle e'^t encore embellie par u l'industrie de plusieurs âges et le gétiie d; plusieurs peuples. La majesté « des temples romains y forme un contraste singulier avec la délicatesse des « nu)numents arabes, et l'architeciure gothique avec la beauté siujple des « édifices modernes.

« Cette réunion de tant de souvenirs, cet héritage de tant de siècles, nous « force à entrer dans quelques détails sur l'hisioire de l'Espagne, pour indi- « quer la marche que Ion a adoptée dans la description du pays. » L'auteur, après avoir décrit l> s diilérentes époques, ajoute : « Telle est l'csqjiase des priiu:i[)aux événements qui firent passer l'Espagne a sou^ diffJi entes dominations. Les révoluiions, les guerres ei le temps n'ont « p;i détruire eniièrement les monuments qui ornent cette belle contrée, et les « arts de quatre peuples différents qu l'ont tour à tour embellie.

656 MÉLÀNr,ES LITTÉaAÎRES.

« C'est aussi ce qui nous a eniragé à diviser ia desciplion de l'Espagne en « quatre parties, contenant chacune les provinces doiH les monuaieuis ont « le plus d'analogie entre eux, et se rapportent aux qualre époques principales « de son hisioire.

a Ainsi, le premier volume comprendra la Catalogne, le royaume de Va- « leYice, i'Eslramadourc, où se trouvent Tarragon^i, Sagonte,' iMérida, et la «pinp.irt des aulrcS colonies roinaines et carthaginoises; il sera précédé « d une notice hisloriiiue sur les lenips anciens de i Espagne.

« Le second volume renfermera les anli(iuilés de Grenade et de Cordoue, a et la description du reste de l'Andalousie, séjour principal des Maures; il a sera précédé d'un abrégé de lliisloire de ces peuples , tiré en partie des a njanuscriis arabes del'Escurial.

« Le troisième, consacré principalement aux édifices gothiques, tels que les « cathédrales de Burgos, de Valladolid, de Léon, de Saint- Jacques de Cornet poslelle, offrira aussi les contrées sauvages des Asiuries, l'Arai^mi, la a Navarre , la Biscaye, et sera précédé de recherches sur les arts en Espagne a avant le siècle de Ferdinand et d'Isabelle.

« Le quatrième volume, en reiraçantles beautés de Madrid et des environs, « renf(^rmera,deplus, tout ce qui peut servir à faire connaître la nation espa- « griole telle qu'elle est aujourd'hui : les fèlrs, les danses, les usages nalioa naux. Ce volume comprendra également Thisloirc «les arts, depuis leur « renaissance sous Ferdinand et Isabelle, Charles V" et Phdippe II, jusqu'à nos a jours ; il donnera une connaissance sulfisaniede la peinture espagnole et des « chefs-d œuvre qu'elle a produits : on y ojoutera quelques détails sur les a progrès des sciences et de la littérature en Espagne. »

On voit, par cet e^posé, que Tauleur a conçu son plan de la manière la plus heureuse, et qu'il pourra présenter sans conlnsion une immense galerie de tableaux. IM. de Laborde a été favorisé dans ses éludes; il a examiné les monuments des arts chez un peuple noble et civilisé ; il les a vus dans c 'lie belle Espagne, où du moins la foi et l'honneur sont restiis lorsque Ja prospérité et la gloire ont disparu. Il n'a point été obligé de s'er>foncer dans ces pays jadis célèbres, où le cœur du voyageur est flétri à chaque pas, où les ruines vivantes détournent votre alienlion des ruines de marbre et de pierre. C'est un chlant tout nu, le corps exténué par la faim, le visage défigure parla misère, qui nous a montré, dans un désert, les portes tombées de Mycènes et le tombeau d'Agameninon *. En vain, dans le Péloponèse, on veut se livrer aux illusions des muses : la triste vérilé vous poursuit. Des loges de boue desséchée, plus propres à servir de retraite à des animaux qu'à des hommes; des femmes et des enfanls en haillons, fuyant à lapproch ; de l'étranger et du janissaire; les chèvres mêmes effrayées, se di^peisani dans la montagne, et les chiens restant seuls pour vous recevoir avec" des hurhnitnts : vodà le spectacle qui vous arrache au charme des souvosiirs. La ;\Iorée est déserte : depuis la gueire des Russes, le joug des Tuics s'est appesanti sur les IVloraïtes; les Albanais ont massacré une partie de la population; on ne voit de louies parts que des villages détruits par le fer et par I ; feu ; dans les villes, comme à Misiira *, deslaubourgs entiers sont abandonnés ; nous avons souvent fait quinze lieues dans les campagnes sans rencontrer une seule habiation. De criantes avanies, des outrages de toutes espèces, achèvt nt de détruire dans la patrie de Léonidas l agriculture et la vie. Chasser un paysan grec <ie sa cabane, s'emparer de sa femme et de ses enfanls, le tuer sur le plus léger prétexte, est un jeu pour le moindre aga du plus petit village. Le IMoraïie, |)arvenu au dernier degré du malheur, s'arrache de son pays, et va chercher en Asie un sort moins rigou-

» Nous avons tlécouv^rl un autre lomboaii à Mycôncs, ppnl-êire celui de Tliyesle ou de CI/* temncslre. i Voyez P^ausanias.) Nous l',ivonsi;iil que à 51- Fiiuvel.

2 Misili'a n'tsl point vSparle. Celte dernière vi|!e se retrouve nu viHa|;ede Mascoula, à une lieue et deiuiede iVlisilra. [Nous avons coinpié à bparlc dix-sept ruines liors de lerre, la plupart au midi de la ciladellei sur le ciiemin d'Anijclée.

MÉLANGES LïTTÉUAîRES. 557

reux : ninis il ne peut f lir sa destiné'^; il retrouve des cadis et des pachas jusque dans les subies du Jourd;un cl les déserts de Palmyre.

Nous ne sommes point un de ces intrépides admirateurs d'' l'anliquilé qu'un veis dHomèrc console de tout. Nous n'avons jamais pu comprendre le sentimenl exprlAié p..r Lucrèce :

Suave mari map;no, lurhanlibus «qnora ventis, Ê lena magnum allerius snectare Uborem.

Loin d'aimer à conlcmp'er du riv.jge le naufrage des autres, nous souffrons quand nous voyons souffrir des hommes. Les Mu-es n'ont alors sur nous aucun pouvoir, hors celle qui attire I;i pitié sur le malheur. A Dieu ne plaise que nous tombions aujourd Itui dans ces déchimalion.s sur la liberté elTcsclav:ige, qui ont lait tant de mal à la pairie ! Mais si nous avions jamais pensé, avec des hommes dont ntms re pecious d'ailleurs le caractère et les talents,, que le gouvnnement absolu est le meilleur des gouvernements possibles, quelques mois de séjour en Turquie nous auraient bien guéri de cette opinion.

Les monuments n'ont pas moins à .^ouffi ir que les hommes de la barbarie ottomane. Un épais Tartare habit ' aujou'd'liui la citadelle remplie des chefsd'œuvre d'Ictinus et de Phidias, sans daigner demander quel peuple a laissé ces débi'is, sans daigner sortir de la masure qu'il s'estj)âtie sous les ruines des moMunients de Périclès. Quelquefois siulemt nt le tyran automate se traîne à la porte de sa tanière : assis les jambes croisées sur un sale tapis, tandis que la fuméedesa pipemonle à tiav<rs les colonnes du templ'^ di Minerve, il promène stupidement ses regards sur les lives de Salaniineetla mf^r d'Epidaura. Nous ne pourrions peindre les divers sentiments dont nous fûmes agité lorsqu'au milieu de la première nuit que nous passâmes à Athè/es, nous fûmes réveillé en sursaut par le tambourin et la musett'e lurque, dont les sons discordairts partaient des combles des l'ropyiées : en même temps un prêtre mwswrman chaulait en arabe l'heure passée à des Grecs chrétiens de la ville de Minerve. Ce derviche n'avait pas besoin de nous marquer ainsi la fuite des ans : sa voix seule dans ces lieux annonçait ass( z que les siècles s'étaient écoulés.

Cetie mobilité des choses humaines est d'autant plus frappante pour le voyageur, qu'elle est en contraste avec l'immobilité du reste de la nature : comme pour insulter à l'instabilité des peuples, les ariimaux mêmes n'éprouvent ni révolution dans leurs empires, ni changemenis dans leurs mœurs. Le lendemain de notre arrivée à Athènes, on nous fit remarquer des cigognes qui montaient dans les airs, se foimaiint en bataillon, et prenaient leurjiol vers l'Afrique. Depuis le règne de Cécrops jusqu'à nos jours, ces oiseaux ont fait chaque année le même pèlerinage, et sont revenus au même lieu. Mais combien de fois ont-ils retrouvé dans les larmes l'hôte qu'ils avaient laissé dans la joie! combien de fois ont-ils cherché vainement cet hôte, et le toit lucme où ils avaient accoutumé de bâtir leurs nids !

Depuis Athènes jusqu'à Jérusalem, le tableau le plus affligeant s'offre aux regards du voyageur; tableau doul l'horreur toujours croissante est- à son comble en Eg\pte. C'est là que nous avons vu cinq partis aimés se disputer des déserts et des ruines ' ; c'est là que nous avons vu l'Alhauais coucher en joue de malheureux enlauls qui cornaient se eacher'derrière les débris de leurs cabanes, connue accoutumés à ce terrible jeii. Sur cent cinquante villages que l'on compte au boid du Nil, eu remontant de Rosette au Cair»', il n'y en a pas un seul qui soilenlier. Une pialie tiu De la est en friche, chose «pii ne s'était peut-être jamais rencontrée depuis le siècle où Puaraon donna celte terre

> Ibrahim-Bey, dans la Hanle-Epypie, drux ppllls brys in(l('prn(I.Tnl.s, le pacljà delà l'orle au Caire, un pmU d'Albanais iiisurj^és . el Fi-ly Bey dr-ns la I5;isst-E^}[»lt'. il v a.im cs|irii de révolle dans l'Orifnl qui rend Ws vo.vapjfs dillirilcs "el d.mRerenx. I es Xrnlies tnent aujourd'hui les voyageurs, qu'ils «e contenlatenl de dépouiller iuilrefuis. hlnlre la nier Morte el .léinsalcm, dans un espact- (lequ;ilorze lieues, nous ;ivons été attaques diux lois, el nous essu\âmrs sur le Nil la lusillade de la ligne d't:i ly-Bey. Nous étions, dans celle dernière afTaii e, avec M. Calîe, néfïdci.inl de Rosette, qui, déjà sut l'â|;e, el j^ète de tamille, n'en risi|ua pas moins sa vie pour nous avec la pemrosite d'un Iranç.iis. ^ous"le nommons avec d'iuit.ml plus de plaisir, qu'il a icndu beaucoup de services à tous nos compaliiolcs ([ui ont eu bcsuin de ses secours. •

558 BIÉLANGES LITTÉRAIRES.

fertile à la postérité de Jacob ! La pliir-art des Miabs ont été égorgés ; le reste a passé dans la flaucEgyple. Les paysans qwi n'ont pu se résoudre à quitter leurs champs ont renoncé à élever une famille. L'homme qui naît dans la décadence «ies empires, et qtii n'aperçoit dans les temps futurs que des révolutions proba!)les, pourrait- il, en effet, trouver quelqtie joie à vq^r croître les héritiers d'un si triste avenir ! Il y a des époques où U faut dire avec le prophète : « Bienheureux soiit les morts î »

M. de Laborde ne sera point obligé, dans le cours de son bel ouvrage, de tracer des tableaux aussi affligeants. Dès les premiers pas il s'arréie à d'aimables, à de nobles souvenirs: ce sont les pommes d'or des Hespérides; 'c'est cette Bétique chantée par Home: e et embellie par Fénélon : « Le fleuve Bétis coule « dans un pays fertile et sous un ciel doux, qui est toujours serein..., Ce pays

« semble avoir conservé les délices de l'âge d'or*, etc » Paraît ensuite cet

• Annibîîl , dont la puissanie haine franchit les Pyrénées et les Alpes , et ne fut point assouvie dans le sang des milliers de Romains massacrés à Cannes et à Trasimène. Scipion commença en Espagne cette noble carrière dont le terme et la réciOBipense devaient êlrel'exil et la mort dans l'exil. Sertorius lutta, dans les champs ibériens , contre l'opprçsseur du n()onde ei de sa patrie. Il voulait marcher à Sylla, et

...."* Au bord du Tibre, une pique à la main, Lui demander raison pour le peuple romain.

Il succomba dans son entreprise : mais il est probable qu'if n'avait point compté sur le succès*. Il ne consulta que son devoir et la sainteté de la cause qu'il res- .taii seul à défendre. 11 va des autels, xomuie celuîlde l'honni ur, qui, bien qu'abandonnes , réclament "encore des sacrifices; le dieu n'est point anéanti parce que le. temple est déserf. Partout où il reste une chance à la fortune, il n'y a point d'héroïsme à la tenter. Les actions magnanimes sont celles dont le résultat prévu est le malheur et la mort. Après tout, qu'importent les revers, si noire nom, prononcé dans la postérité, va faire battre un cœur généreux deux mille ans après noire vie? Nous ne doutons point que, du temps de Sertorius, les âmes pusillaninK s^ qui prennent leur bassesse pour de la raison , ne trouvassent ridicule qu'un ciioyen obscur osai lutter seul contre toute la puissance de Sylla. Heureusemeni la postérité juge autrement les actions des honmies: ce n'est pas la lâcheté et le vice qui prononcent en dernier ressort suc Je courage et la vertu.

Celte terr^ d'Espagne produit si naturellement les grands cœurs, que l'on vit le Cajitabre belliqueux {hellicosm Cantaber) détetidreàson lour sa montagne contre les légions d'Auguste ; et le pays qui devait enfanter un jour le Cid et les chevaliers sans peur donna, à 1 univers romain Trajan, Adrien et Thdodose.

Après la description des monuments (je cette époque, M. de L:«borde passera aux dessins des monuments moresques : c'est la parue lapins riche et la plus neuve de son sujet. Les palais de Grenade nous ont intéressé et surpris-, même après 'avoir vu les mosquées du Caire et les temples d'Athènes. L'Alhambra semble éire l'habitation des génies : c'est un de ces édifices des Mille et une Nuits , que l'on croit voir moins en réalité qu'en songe. On ne peut se faire une juste idée de ces plâtres lîioulés et découpés à jour, de cette arcbitecture de dentelles, de ces bains, de ces fontaines, de ces jardins intérieurs, où des orangers et des grenadiers sauvages se mêlent à des ruines légères. Rien n'égale la finesse et la variété des arabesques dé l'Âlhambra. Les murs, chargés de ces ornemenis , ressemblent à ces étoffes de l'Orient que brodent*,. dans l'ennui du harem , dçs femmes esclave.^. Quelque chose de voltptueux , de religieux et de gU' nier, fait le caractère de ce singulier édifice, espèce de cloître de l'amour^ • où sont encore retracées les aventures des Abencerages ; retraites où le plaisir et la cruauté habilaienl ensen)ble , et où le roi maure faisait souvent tomber dans le bassin de n»arbre la léie «:harmante qu'il venait de caresser. On doit

» Tétémaque, ^ ^

MÉLANGES UTTÉRAIRE5. 559

bien désirer flu'un uleni délicat el heureux nous peigne quelque jour ces lieux iiia?iqiiPS.

l : f que d'Eupagne renfermerai ]e'>mr)j]\}-

mei... - . , - oe siyl<; ei les proporlious adniirabtes

de V^n "' M 1o^faIle . mais leurs rapports avec nos mœurs leur

-" • ' -t. !N<'US nous rappellerons loujoucs avec q«el

. ue Rhodes, BOUS 11 ou vàuies une peiiie Fiance Sku miheu de la C»<<;^c:

Vrocedô, et parvaiu Trojam, simulalague magiiis

Pfigaïaa, etc-

Nous par > avec un respect mêlé d'aiif^ndrît^sement une longue rue

appelée eue v , . rue des Cavaliers: vile est bordée de palais gothiques, et le^ mure dt ces palais soni pa?semés des armoiries des grandes familles de ^ . . r '»;; loîjj ^gl yne pelile chapelle desservie par

ée à i^.ilhl Louis, dont on retrouve l'iiiiage ;»s vu le lii de mort à Carlhage. Les Turcs,

c,. .... . , — .^delj Grèce,oi4 épargfteceuxde la che-

vaJ(rie: rbonopur cbréikn a etooné la bravoure infidèle, et les Salailin ûbC res}» .clé les Couci-

Ê, ! quand on a été assez heureux pour recevoir le jour dans le pays de ^ et de TnrniBf , pourrait-o» être indiflérent à la moindre des circon-

- s qui en Mppdl^i le souvenir ? Nous iwms trouvions à Bethléem , prêt iii.vhr pour la hk r IVJorie, lorsqu'on nous dit qu'il y avait un pète français d.ins le couveni. Nous 'iésii ' - voir. On nous pré^enta unhoiiime d'eavifoii qiiaraiile-citKj aris , » ;ire tranquille et sérieuse. Ses premiers

accents nousfiieni r, car nousn'avo is Jacnais enleudu , chez l'étran-

ge r, le son dtuiit- vo.A ^c.y.ise sans une vive éuioiioD ; nous soiBmes toujours prêt à nous rcuïer, connut rhilociète:

Ufi'^cfùeyu-m. TOiovS' xvipàç èv y^ovta fj.cat.ûtf.

Après un si long Irifips. ..*....

Oli 1 qoe cette partie à mon orerlle es\ chèfe !

N lis fîmes quflr ' :sàcer' Il nous dit qu'il s'appelait le

pèr; Clf^rncni. qui viroii"feo' .::f ; a e, se irouvaiii d>«ns un

il av;tit été déporte en l avec ut»e centaine de

V F-i rcjtpu <Kahord Vh- • ■ un eouvem de son

ni ensuite envj en Terre-Swinie.

c de I c. oj; >a patrie , et si! vouée un souiire amer: «Qui est-ce « qui *c S(i r» France d un capucin ? Siàis-je si j'ai encore det lières et

rc -'»•>., i . nr voici nj;< ■ ^ -^ ^'" '■.-». • r^ par le ovériiedr la.

i T. la foi ■ oriucer per&oiM*c , et

' , — L . . . . à ces mois, qu'il Fol

ie se retirer. Il courut sVnternier daus^^a cellule, et ne voulue jamais

ire: n(»ire préS'-v : ■■•■-' ' * • -jl

iii à étouller. f, I

: lï: ie> T

les: un i ^.. ^. ^\M

aux me Qt les souvenirs iuspirèi eot autres

'k\jiz jv |/ju:' L>-^du yt\^7- \..>iiiiiques Mil ^»iii>i>. uc la patrie •

S«i|ierflui&itta Bab^ion»!

Hélas! ces fils d'Aaron , qui suspendirent leur cinnor aux saules de Baby- Ion ' , ue renirèreiit pas tous d ms la cité de David i ces filles de Judée , qui fe écriaient suj les bords de l'Eupbraie :

560 IMÉLANGES LITTÉRAIRES.

0 rives dti Jourdain ! ô champs aimés des deux ! Sacré mont, fcililes vallées, Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées?

ces compagnes d'Esiher ne revirent pas toutes Emmaûs et Béthel ; plusieurs laissèrent leurs dépouilles aux champs de !a captivité; et c'est ainsi qu'^ nous rencontrâmes loin de la France le tombeau de deux nouvelles Israélites:

Ljrnessi domus alla, solo Laurente sepulcrum !

Il nous était réservé de retrouver au fond de la mer Adriatique le tombeau de deux filles de rois dont nous avions entendu prononcer l'oiaison funèbre dans un grenier à Londres*. Ah ! du moins la tombe qui renferme ces nobles daines aura vu une fois inlerroinpre son silence; le bruit des pas d'un Français aura fait tressaillir deux Françaises dans leur cercueil^ Les respects d'un pauvre gentilhomme , à Versailles , n'euSsent été rien pour des princesses ; la prière d'un chrétien, en terre étrangère, aura peut-être été agréable à des saintes.

M. de Laborde nous pardonnera ces digressions. Il est voyageur, nous le sommes comme lui ; et que n'a-t-on pas à corner lorsqu'on vient du pays des Arabes ! A en juger par l'introduction du Voyage pittoresque, l'auteur nous paraît surtout éminemment fait pour peindre les siècles des Pélasge et des Alphonse , et pour mettre dans ses dessins l'expression des teiTips et des mœurs. Les sentiments nobles lui sont familiers ; tout annonce en lui un écri- • vain qui a du sang dans le cœur. On peut compter sur sa constance dans ses travaux, puisqu'il ne paraît point détourné 4les sentiers de l'élude par les soucis de l'ambition. Il s'est souvenu des vers du poëte:

Lieto nido, esca dolce, aura cortesc, Bramauo i cign', e non si va in Parnasso Con le cure mordaci.

Il nous retracera donc dignement ces hauts faits d'armes qui inspirèrent à nos trou'.iadoursla ehanson de Roland; à nos sires de Joinville, leurs vieilles chroniques; à nos comtes de Champagne, leurs ballades gauloises; et au Tasse, ce poëme plein d Imnneur et de chevalerie, qui semble écrit sur un bouclier : il nous dira ces jours où le courage, la foi et la loyauté étaient tout; où le déloyal et le lâche étaient obligés de s'ensevelir au fond d'un cloître, et ne comptaient plus parmi les vivants. «Il y a deux moyens de sortir delà vie, ditSha- « kespeare : la honte et la mort, shame and death.n

Enfin, dans la quairième époque du Voyage, l'auteur donnera les vues dos monuments modernes de 1 Espagne : un des plus remarquables, sans douie, est l'Escurial, bàli par Philippe II, sur les montagnes désertes de la Vieille Caslille. La cour vient chaque année s'établir dans ce monastère, comme pour dojiner à des solitaires morts au monde le spectacle de loutes les passions, et recevoir d'eux ces leçons dont les grands ne profitent jamais. C'est là que l'on voit encore la chapelle funèbre où les rois d'Espagne sont ensevelis dans des tombeaux pareils, disposés en échelons les uns au-dessus des autres; de sorte que toute cette poussière est étiquetée et rangée en ordre comme les richesses du Muséum. Il y a des sépulcres vides pour les souverains (jui ne sont point en< ore descendus dans ces lieux; et la reine actuelle a écrit son nom sur celui qu'elle doit occuper ?

Non-seulement l'auteur nous donnera les dessins de tant d'édifices; mais, comme il paraît avoir des connaissant es très-variées, il ne négligera point la numismatique et les inscriptions. L'Espagne est très riche dans ce genre, et quoique Ponce ail lait beaucoup de recherches sur ce sujet, il est loin de l'avoir épuisé. On sait d'ailleurs (junn peut faire chaque jour, sur le monument le plus connu, des découvertes loutes nouvelles. Ainsi, par exemple, rinstilut d'Egypte n'a pu lire sur la colonne de Pompée, à Alexandrie, rinscriptioncUUcée que des sous-lieutenants anglais ont relevée depuis avec du plâtre.

Pocockc en avait rapporté quelques lettres, sans prétendre les c.\pliqiicrj

* Mesdadies Victoire et Adélaïde de France, tantei de Louis XVI.

plusieurs autres voyageurs l'avaient aperçue, et nous ne connaissons que M. Sonnini qui n'ait pu rien découvrir sur la base où elle esi gravée. Pour nous, nous avons déchifFré distinctement à ToRii nu plusieurs traits, et entre autres le coniinencemcnt de ce mot Aioc, qui est décisif. Comme cette inscription d'une colonne fameuse est peu ou point connue ea France, nous la rapporterons ici.

On lit :

TO-...nTAT0N, AYTOKPATOPA

TON noAiovxoN, aaeHanapeias

AIOK. H lANONTON . TON

no. . EHAPxos AirnTOr.

^1 faut d'abord suppléer à la tête de l'in'îcripiion le mot nPOS; après le premier point, N. 20*; après le second. A; après le troisième, T; au quatrième, ATrOT2; au cinquième, enfifi, il faut ajouter AIQN, On voit (ju'il n'y a ici d'arbitraire que le mot AITOY^ton,. qui est d'ailîeurs peu important. Ainsi on peut lire:

TONSO^QTATONATTOKPATOPA TONnOAIOrXONAAEiANAPEIAS AlOKAIITIAlNONTONArrOrSTON

noAinNEnAPKOSAinnTor.

(/est-à-dire :

« Au très-sage empereur, protecteur d'Alexandrie, Dioclétien Auguste, a PollioM, préfet d'Egypte. »

Ainsi, tous les doutes sur la colonne de. Pompée sont écl.iircis. Mais Thistoire garde-t-elle le silence sur ce sujet? Il nous semble que, dans la Vie d'un des Pères du désert, écrite en grec par un contemporain, on lit que, pendant un tremblement de terre qui eut lieu à Alexandrie, toutes les colonnes tombèrent, excepté celle de Dioclétien.

Nous nous sommes fait un vrai plaisir, malgré le besoin que nous avons de repos, d'annoncer le magnifique ouvrage dont M. de Laborde publie aujourd hui les deux premières livraisons. On peut y avoir toute c nliance. Ce n'est point ici une spéculation de librairie; c'est l'entreprise d'un amateur éclairé, qui apporte à son travail les lumières suffisantes -et les restes d'une grande fortune. Employer ainsi les débris de ses ricbesses, c'est faire un reproche bien noble à cette révolution qui en a tari les principales sources. Quand on'se rappelle que les dçux frères de* M de Laborde oni péri dans le voyage de M. de la Peyrouse, victimes de l'ardeur de s'instruire, pourrait-on n'être pas touché de voir le dernier rejeton d'une famille amie des arts se consacrer à un genre de fatigues et d'études déjà fatal à ses frèies ?

Sic fratres Helenae

Venlorumqiie regat pater

Navis

.... Finibiis Alticis Reddas incolumen, precori

On se fait aujourd'hui une obligation de trouver des taches dans les ouvrages les plus parfaits. Pour remplir ce triste dev( irde la critique, nous dirons que les planches de celle première livraison ont peul-élre un peu de sécheresse; mais on doit observer que ce défaut tient à la nature même des objets ^représentés. Il eût été facile à l'auleur de commencer sa publication par les dessins de l'Alhambra ou de la cathédrale de Cordoue. Au-dessus de cette petite charlalanerie, il a suivi Tordre des monuments, et cet ordre l'a forcé à donner d'abord des perspectives de villes : or, ces perspectives sont nalurelledieni froides de style et vagues d'expression. Barcelone, privée du mouvement et du bruit, iie peut offrir qu'un amas immobile d'édifices.

D'ailleurs, on peut l'aire le même reproche de sécheresse aux des>iiis de toutes les villes. N(<us avons dans ce moment même sous les yeux une vue de Jérusalem, tirée du Voyage pittoresque de Syrie: quel que soit le mérite des

562 • MÉLANGES £ïTTÉRAÏHES. •

artistes, nous ne reconnaisi;ons point là le site terrible et le caractère particulier' de la Ville sainte.

Vue de la montagne des Oliviers, de Tautre côté de la vallée de l.f)«a|ftîai, Jérût^alem présente un plan incliné sur un s^l qui descend du coucha nî. «u levant. Une muraille crénelée, fortifiée par des tours et par un cliàii'au gothique, enfej-me la ville dans son entier, laissant toutefois au dehors une|»aTtie delà montagne de Sion, qu'elle embrassait autrefois.

Dans la région du couchant, et au centre de la ville, vers le Calvaire, les maisons se servent d'assez près; mais au levant, le long de la Vallée de Cédron, on aperçoit des espaces vides, entre autccs l'enceinte qui régne auiour dt^la mosquée bâtie sur )es débris du temple, et lé terrain presque abandonné où s'élevait le château Ântonia et le second palais d'Hérode.

Les m'aisons de Jérusulem sont de lourdes massés carrées fort basses, sans cheminées et sans fenêtres; elles se terminent en terrasses ap'aties -ou en dômes, et elles ressemblent à des prisons ou à des sépulcres. Tout serait à l'œil d'un niveau égal, si les clochers des égises, les minarets des mosquées, les cimes de quelques cyprès, et les buissons des aloès et des nopals, ne rompaient runif(»rmité du plan. A la vue de ces maisons de pier^ res renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont paâ là les monuments confus d'un cimetière au milieu d'un désert. ^

Entrez dans la ville, rien ne vous consolera de la tristesse extérieure : v«u$ v.ous égarez dans de petites rues non pavées qui niontent et descendent sur un sol inégal, et vous marchez dans des flots de poussière ou parmi des caiiloAix roulants; des toiles jetées d'une maison à l'autre augmentent Tobscurilé decelabyrinihe; des bazars voûtés et infects achèvent d'ôler I;i lumière à la ville désolée; quelques chétive> boutiques n'étalent aux yeux que la misère; et souvent ces boutiques mêmes sont fermées, dans la crainte du passage d'un cadij personne dans" les rues. [5ersonne aux portas de la ville; quelquefois seulement un paysan se gli>se dans l'ombre, cachant -sous ses habits les fiu.lts de son labeur, dans la crainte d'être dépouillera»' le soldat; dans un coin à l'écart, 4e boucher arabe égorge quelque bête suspendue parles pieds à un mur en ruines; à l'air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglaulés, vous proi" riez qu'd vient plutôt de tuer son semblable que d'immoler un agneau. Pour tout bruit dans la cité déicide, on entend par intervalle U galop de la cavale du désert; c'est le janissaire oui apporte la tête du bédouin, ou qui va piller Ic fellah. . . * • ,

Au milieu de cette î''SolaiM)n extraordinaire, il faut s'arrêter un niomeiU pour contempler des cLioses plus extraordinaires encore. Parmi les ruines de Jérusalem, deux espèces ^e peuples indépendants trouvent dans leur foi de quoi surçionter tant d horreurs et de misères.- Là vivent des religieux chrétiens que rien né peut forcer à abandonner le tombeau de Jésits-CiiriSi, ni spoliations, ni mauvais iraiJemenls, ni menaces de la moi t. Leurs cantiques retentissent nuit et jour autour du Saint-Sépulcre. .Dépouillés le matin par un gouverneur turc, le soir les retroufc^e au pied du "Calvaire, priant au lieu où Jésus-Chrisi soulfrit pour lesàlut des hommes. Leur front est serein, leur bouche riautp. Ils reçoivent 1 étranger avec joie. Sans forces -M sans s^yldals, -rls'pfotégcnl des villages entiers contre l'iniquité. Pressés par le bàion et par le sabre, les femmes, les enfants, les troupeaux des campagnes se réfugient dans les cloîtres des solitaires. 'Qui empêche le méchant armé de poursuivre sa proie et de renverser d'aussi faibles remparts? La charité des moines : ils se; privent des dernières ressources de la vie pour racheter leurs suppliiwils. Turcs, Arabes, Grecs, chrétiens schismaiiques, tous se jettent sous la protection de quelques pauvres religieux francs qui ne peuvent se défendre euxmêmes : c'est ici qu il faut reconnaitie, avec Bossud, «que des maius levées « vers le ciel enfoncent plus de ba;aillons que des mains ;;rmées de javelots. »

Tandis que la nouvelle Jérusalem son ainsi du désert, brillante de clarté^ jetez les yeux enj,re la montagne de Sion et le temple, voyez cet aulrc petit peuple qui vit séparé du reste des habitants de la cité. Objet pariieuber de

tous les mépris, il baisse la téie sans se plaindre, il souffre toutes les avanies sans demander justice, il se laisse nccahler de coups sans soupirer : on lui deniamie sa lèie, il la présente au cimeterre. Si quelque membre de cette société ' proscriie vient a mourir, son conipai;non ira, pendant la nuit, l'enterrer furtivement daris la vallée de Josapliat, à Tombre du temple deSalbmon. Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez -dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui le feront lire à leur tour à leurs enfants. Ce qu'il fai>iiii il y-a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté six foisà la rtrinw de J< rusalem, et rien ne peut le décourager, rien ne peut L'empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon'la parole de Dieu, on est surjM'is sans doute; mais^ pour être frappé jd'iln étonnement surnaturel, il faut les feirouver à Jérusalem; il fsrut voir ces légitimes maîtres dé la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays; il faut les voir/attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la croix qui les condamne, et qui est plantée sur leurs têtes, près du temple, dOnt il/ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent dan§ leur déplofable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de la terre; et un petit peuple, dont l'origine précéda celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les natiim^, porte le caractère du nnracle, nous pensons qu'on doit le trouver ici. Et qu'y a-t-il.de plus merveilleux, même aux yeux du philosophe, que cette rencontré de l'antique et de la nouvelle Jérusaleili au pied du Calvaire : la première s'afflii^eant à l'aspect du s<'pulcre de Jésus-Christ ressuscité; la seconde se consolant auprès du- seul tombeau qui n'aura rien à rendre à la ûu des siècles ? .

SUR LES

ou

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