ELEGIE XXVII
a une mal contente
d'avoir esté sobrement louée
bt sb plaignant non sobrement
( Attribuée à Mellia de Saint-Gelais. j
Pour tous les biens qui sont deçà la mer. Je ne voudrois vous ny autre blasmer Contre raison, en sorte qu'on peut dire Que je me mets volontiers à mesdire.
Mais si faut il que vous croyez aussi
• f)lé;;ie poftthiimc, tirée lio IVdition de 1396.
Que je n'ay pas tant besoin, Dieu mercy, De vos faveurs, qu'on me fist consentir, En vous louant, de flater ou mentir.
Je laisse à ceux faire ceste courvée Qui n'ont encor' nulle amie trouvée, Et sont contens de prendre tout en gré Pour en amours avoir quelque degré.
Je laisse à faire à ces Italiens Ou Ëspagnolz tombez en voz liens, Qui disent plus qu'oncques ils ne pensèrent Pour avoir mieux encore qu'ils n'espèrent.
Car le plus lourd de telles nations Entend assez vos inclinations.
Et sçavent bien que des pays estranges Il ne vient rien si peu cher que louenges.
Ceux là diront que les rais de vos yeux Font devenir le soleil envieux, Et que ce sont deux astres reluysans, Tout leur bonheur et malheur produisans.
En vous voyant ilz seront esbahis Gomme Dieu mit tel bien en ce pays, Et béniront l'an, le ciel et l'idée D'où telle grâce en terre est précédée.
Hz vous diront que d'un ris seulement Vous eschauffez le plus froid élément.
Et que les biens dont Arabie est pleine N'approchent point de vostre douce aleine.
Ils-jugeront que vos mains sont d'yvoire Et que lèy neige au pris de vous est noire ; . Vos blanches dents, ou plustost diamans. Sont la prison des espritz des amants.
Et le coral où elles sont encloses Pallit le tint des plus vermeilles roses. De vos cheveux, c'est moins que la raison De faire d'eux à l'or comparaison.
Ils vous diront que vostre doux langage Les cœurs humains aliène et engage, Et que l'accueil de voz doulces manières Peult appaiser Mars entre ses banieres.
Si vous touchez espinettes ou lues, Vous appaisez le& sujets d'Eolus.
30^« ELIGIBg
£t si Palier par les champs vous délecte, A chascun pas croit une violette.
Brief, nostre siècle, où vous avez vescu, Ha les passez par vous seule vaincu ; Et qui sçauroit tant de fables redire Sans se &scher, ou sans mourir de rire? Ils dient tant que je croy que le tiers, ^
En escrivant, l'ait rougir les papien. j
Or quant à moy, je ne sçaurois avoir \
Sens ne loysir d'aprendre ce sçavoir, Ne mon esprit est d^assez bonne marque Pour suivre ainsi Jean de Meun ou Pétrarque.
Je dirai bien, et ne mentiray point, Que sous les draps vous estes en bon point ; Et que peut estre on voit mainte qui brague Qui beaucoup près n'est point si bonne bague.
Mais de parler qu'estes chose divine.
On me diroit que je songe et devine; Car en ce corps fait de succre et de miel Y ha des cas trop peu dignes du ciel.
DBS BNFANS SANS SOUCY (1512)
Qui sont ceulx là qui ont si grand' envie Dedans leur cueur, et triste marrisson, Dont, ce pendant que nous sommes en vie, De maistre Ennuy n'escoutons la leçon?
Hz ont grand' tort, veu qu'en bonne façon Nous consommons notre fleurissant aage : Saulter, danser, chanter à Tadvantage, Faulx Envieux, est ce chose qui blesse? Nenny, pour vray, mais toute gentillesse, Et Gay Vouloir, qui nous tient en ses laqs. Ne blasmez point doncques nostre jeunesse, Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Nous sommes druz, chagrin ne nous suyt mie; De froid soucy ne sentons le frisson ; Mais dequoy sert une teste endormie?
Autant qu'un bœuf dormant près d'un buysson. Languards picquans plus fort qu'un hérisson. Et plus recluz qu'un vieil corbeau en cage, Jamais d'autruy ne tiennent bon langage, Tousjours s'en vont songeans quelque finesse. Mais entre nous nous vivons sans tristesse, Sans mal penser, plus aises que prélats. D'en dire mal c'est doncques grand' simplesse. Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Bon cueur, bon corps, bonne phyzionomie, Boire matin, fuyr noise et tanson; Dessus le soir, pour l'amour de s'amye Devant son huys la petite chanson ; Trencher du brave et du mauvais garson.
Aller de nuyct, sans faire aucun oultrage ;
Se retirer, voylà le tripotage.
Le lendemain recommencer la presse.
Conclusion, nous demandons liesse ;
De la tenir jamais ne fusmes las,
Et maintenons que cela est noblesse,
Car noble cueur ne cherche que soûlas.
ENVOY
Prince d'amour, à qui devons hommage, Certainement, c'est un fort grand dommage Que nous n'aTons en ce moment largesse Des grans trésors de Juno la déesse Pour Venus suyvre, et que dame Pallas Nous vinst après resjouyr en vieillesse, Car noble cueur ne cherche que soûlas.
CRY DU JBU DE L'EMPIRE d'ORLEANS
Laissez à part voz vineuses tavernes, Museaulx ardans, de rouge enluminez ; Renjeunissez, saillez de vos cavernes, Vieux accroupiz, par aage examinez ; Voicy les jours qui sont déterminez A blasonner, à desgorger et dire ; Voicy le temps que suppostz de TËmpire Doivent par droict leurs coustumes tenir; Si voulez donc passer le temps et rire, N'y envoyez, mais pensez de venir.
Hamoys, chevaulx, fifres, tabours et trompes,
Riches habitz et grans bragues avoir,
Ce ne sont pas de l'Empire les pompes :
Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault veoir
Qui vouldra donc des nouvelles sçavoir.
Qui ne sçaura des foUies cent mille,
Qui ne sçaura mainte abusion vile,
Sans trop picquer Ten ferons souvenir ;
Pourtant, seigneurs de ceste noble ville.
N'y envoyez, mais pensez de venir.
N'ayez pas peur, dames gentes, mignonnes, Qu'en noz papiers on vous vueille coucher; Ghascun sçait bien qu'estes belles et bonnes ; On ne sçauroit à voz honneurs loucher.
Qui est morveulx si se voyse moucher.
Venez, venez, solz, sages, folz et folles. Vous, musequins qui tenez les escolles De caqueter, faire et entretenir, Pour bien juger que c'est de nos parolles, N'y envoyez, mais pensez de venir.
ENVOY
Prince, le temps et le terme s'approche Qu'Empiriens par dessus la Bazoche Triumpheront, pour honneur maintenir :
Toutes et tous, si trop fort on ne cloche. N'y envoyez, mais pensez de venir.