‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 54 sur 188 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

Mille douleurs te feront souspirer, Si en mon art tu ne veulx inspirer Le tien esprit par cure diligente :

Car bien peu sert la poésie gente, Si bien et loz on n'en veult attirer.

Et s'autrement tu n'y veulx aspirer, Certes, amy, pour ton dueil empirer, Tu souffriras de foys plus de cinquante Mille douleurs.

iâO EPiSTREt

Donc si tu quiers au grand chemin tirer D*lionneur et bien, veuille toy retirer Vers d'Alençon la duchesse excellente, Et de tes faictz, tels qu'ilz sont, lui présente, Car elle peult te garder d'endurer Mille douleurs.

l'authbur

Après ces motz, ses aesles esbranla, Et vers les cours célestes s'en alla L'éloquent dieu : mais à peine fut il Mx)nté au ciel par son voiler subtil, Que dedans moj (ainsi qu'il me sembla) Tout le plaisir du monde s'assembla.

Les bons propos, les raisons singulières. Je voys cherchant, et les belles matières, A celle fin de faire œuvre duisante Pour dame tant en vertus reluisante.

Que diray plus ? Certes les miens espritz Furent deslors comme de joye espris.

Bien disposez d'une veine subtile De vous escrire en un souverain style.

Mais tout soudain, dame trèsvertueuse, Vers moy s'en vint une vieille hideuse, Maigre de corps et de face blesmie, Qui se disoit de Fortune^ennemye ; Le cueur avoit plus froid que glace ou marbre, .Le corps tremblant comme la fueilleen l'arbre, Les yeulx baissez comme de paour estraincte, Et s'appeloit par son propre nom Crainte ; Laquelle lors d'un vouloir inhumain Me feit saillir la plume hors la main. Que sur papier tost je voulois coucher, Pour au labeur mes espritz empescher, Et tous ces motz de me dire print cure, Mal consonans à ceulx du dieu Mercure :

CRAINGTB

Trop hardiment entreprens, et mesfaicts, 0 toy tant jeune : oses tu bien tes faicts Si mal bastiz présenter devant celle Qui de sçavoir toutes autres precelleî

BPI8TRES 121

Mal peiiit aller qui charge trop grand faix.

Tous tes labeurs ne sont que contrefaicts, Auprès de ceulx des orateurs parfaicts Qui craignent bien de s'adresser à elle Trop hardiment.

Si ton sens foible advisoit les forfeiicts Âysez à faire en tes simples effects, Tu diroys bien que petite nasselle Trop plus souvent que la grande chancelle ; Et pour autant, regarde que tu fais Trop hardiment.

l'autheur.

Ces motz finiz, demeure mon semblant Triste, transy, tout terny, tout tremblant, Sombre, songeant, sans seure soustenance, Dur d'esperit, desnué d*esperance.

Mélancolie, morne, marry, musant, Pasle, perplex, paoureux, pensif, pensant, Foible, failly, foulé, fasché, forclus.

Confus, courcé ; croire Crainte concluz, Bien congnoissant que vérité disoit De celle là que tant elle prisoit ; Dont je perdz cueur, et audace me laisse, Craincte me tient, doubte me mené en laisse ; Plus dur devient le mien esprit qu'enclume . Si ruay jus encre, papier et plume, Voyre, et de feict proposois de non tistre Jamais pour vous rondeau, lay ou epistre, Si n'eust esté que sur ceste entreprise Vint arriver (à tout sa barbe grise) Un bon vieillard portant chère joyeuse, Confortatif, de parolle amoureuse, Bien ressemblant homme de grand renom, Et s'appelloit Bon Espoir par son nom ; Lequel, voyant ceste femme tremblante, Autre qu'humaine (à la veoir) ressemblante, Vouloir ainsi mon malheur pourchasser, . Fort rudement s'efforce à la chasser, En me incitant d'avoir hardy courage.

De besoingner et faire à ce coup rage ;

Puis folle Graincte, amye de Soucy, Irrita fort, en s*escriant ainsi :

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