LYON JAMET A MAROT
SUSCRIPTION
Va, lettre, va, va t'en à l'adventure Droict à Clament, et s'il en fait lecture Uecorde toy de luy faire semonsc , Joyeusement de te donner réponse.
Mais voirement, amy Clément, Tout clairement dy moy comment .
EPISTBES 205
Tant et pourquoy tu te tiens quoy D'escrire à moy, qui suis à toy?
T'ay je laissé par le passé ?
T'ay je offensé ou courroussé?
Ay je à ton dict et intendict En faictou dict rien contredict?
Ay je à ton nom donné renom Autre que bon? Tu sçais que non, Ny ne vouldrois et ne sçauroys, Tant sont tes droicts justes et droicts.
Devant les yeux de tous les Dieux Et demy Dieux, jeunes et vieulx, J'atteste et jure et en rejure Qu'aucune injure ou malle augure, Nul laps de temps ne lieux distans, Escripts lactens ne vieulx Satans, N'ont peu avoir force et povoir De concevoir, c'est assavoir, Un seul congé qu'aye songé En son plongé d'avoir changé, Ne rien os té de mon costé En loyauté et feauté De nostre amour, pas un seul tour, Depuis le jour de ton retour ; Mais tant s'en fault qu'un tel deffault En froit ou chault ayt faict le sault En mon pourpris,^ que n'ays repris Qui ne t'a pris pour un grand pris.
Or donc, amy de ton amy, Qui ennemy n'a un demy Que veux tu dire? Est ce pour rire Que de prescrire et interdire Une amour vieille ? O grand merveille I Quand je sommeille elle m'esveille Et dys ainsi : «Dieul qu'est ce cy?
Cest homme icy est il transy?
Ses bons esprits, ses beaux escripts, De si haut prix, sont ilz prescripts?
Son cueur humain tant pur et plain De bon levain, changé de main Auroit il bien, pour quelque bien
Qu'il se veoit sien? Je n'en croy rien, Car les efifects de ses beaulx faicts N'ont esté faicts si contrefaicts.
Et quant et quant, il m'ayme tant Que luy estant bien mal contant Il ne sçauroit quant il vouldroit, Or qu'il eust droict en mon endroict , Sans ressentir ne consentir, Sans en mentir à moy martyr ; Car sçait il pas que tous noz pas Et tous noz cas sont par compas Comptez, nombrez et dénombrez, Puis obombrez et adombrez?
Si faict, si faict. Bien il le sçait Le tout parfe.ict bien luy a &ict Veoir et comprendre et tant apprendre Qu'il en peut vendre et en espendre ; Et davantage, il est de l'aage Et du pelage où l'homme est sage Ou jamais non. Et puis son nom D'estre tout bon a le renom. »
Or donc, Clément, tout clerement, Bien seurement et promptement, Escripts pourquoy tu te tiens coy De tenir loy au second toy.
Qui est icy sans grand soucy, La Dieu mercy et toy aussi.
C'est à Ferrare, au huictiesme an De la sienne proscription ; Mais à la tienne intention Que ce soit le dernier. Amen.
ADIBU AUX DAMBS DB LA COURT
AU MOIS d'octobre 1537
Adieu la Court, adieu les dames , Adieu les filles et les femmes, Adieu vous dy pour quelque temps, Adieu voz plaisans passetemps ;
EPiSTRi^s 20a
Adieu le bal, adieu la dance, Adieu mesure, adieu cadence, Tabourins, haulboys, violons, Puis qu'à la guerre nous allons.
Adieu donc les belles, adieu , Adieu Gupido vostre Dieu, Adieu ses flèches et flambeaux.
Adieu vos serviteurs tant beaulx, Tant polliz et tant dameretz :
0 comment vous les traicterez, Geulx qui vous servent à ceste heure!
Or adieu quiconque demeure, Adieu laquais, et le vallet, Adieu la torche et le mulet.
Adieu monsieur qui se retire Navré de Tamoureux martyre.
Qui la nuict sans dormir sera, Mais en ses amours pensera.
Adieu le bon jour du miatin, Et le blanc et le dur tetin De la belle qui n^est pas preste ; Adieu une autre qui s'enqueste SHl est jour ou non là dedans.
Adieu les signes evidens Que Tun est trop mieulx retenu Que Tautre n'est le bien venu.
Adieu qui n'est aymé de nulle.
Et ne sert que tenir la mule.
Adieu festes, adieu banquetz, Adieu devises et caquetz.
Où plus y a de beau langage Que de serviette d'ouvrage, Et moins vraye affection, Que de -dissimulation.
Adieu les regardz gracieux.
Messagers des cueur» sbucieui^ ; Adieu les profondes pensées, Satisfaictes ou offensées:
Adieu les armonieux sons ,
De rondeaulx, dizains et chansons ; Adieu, piteux département,
IS
S06 EPISTRB8
Adieu regretz, adieu tourment, Adieu la lettre, adieu le page, Adieu la court et Tequipage, Adieu Tamytié si loyalle, Qu'on la pourroit dire royalle, Estant gardée en ferme foy Par ferme cueur digne de roy.
Mais adieu peu d'amour semblable, Et beaucoup plus de variable.
Adieu celle qui se contente.
De qui Thonnesteté présente, Et les vertuz dont elle hérite, Recompensent bien son mérite.
Adieu les deux proches parentes, Pleines de grâces apparentes Dont l'une a ce qu'elle prétend, Et Vautre non ce qu'elle attend.
Adieu les cueurs uniz ensemble, A qui l'on faict tort, ce me semble, Qu'on ne donne fin amyable * A leur fermeté si louable.
Adieu celle qui tend au poinct A veoir un qui n'y pense point, Et qui reffuz ne feroit mye D'estre sisi femme en lieu d'amye; Adieu à qui gueres ne chault D'armer son tainct contre le chault Car elle sçait tresbien l'usage De changer souvent son visage ; Adieu, amyable autant qu'elle.
Celle que nïaistresse j'appelle.
Adieu l'espérance ennuyeuse OCi vit la belle et gracieuse.
Qui par se6 secrettes douleurs * En a prin«r les pasles couleurs ; Adieu l'autre, nouvelle pasle.
De qui la santé gist au masle; Adieu 1^ triste que la mort Cent foy s le jour poinct et remort*
Adieu m'amye la dernière, En vertuz et beauté première; • .
BPISTRES 207
Je vous pry me rendre à présent Le cueur dont je vous feiz présent»
Pour en la guerre, où il fault estre, En faire service à mon maistre.
Or quand de vous se souviendra, L'aiguillon d'honneur Tespoindra Aux armes et vertueux faict.
Et s'il en sortoit quelque effect Digne d'une louenge entière, Vous en seriez seule héritière.
Devostre cueur donc vous souvienne :
Car si Dieu veuU que je revienne, Je le rendray en ce beau lieu.
Or je fais fin à mon Adieu.
A MADAME LA DUCHBSSB DB PBRRARB
En traversant ton pays plantureux Fertile en biens, en dames bien heureux, Et bien semé de peuple obeyssant, Le tien Marot (fille de Roy puissant) S'est enhardy, voire et a protesté De saluer ta noble Majesté, Ains que passer tout oultre les limites, Estant certain que si bien tu imites De ton Saulveur la vraye intention, Tu n'y auras brin de presumption.
Car, estimant que par un bruict qui sonne Tu sçais mon nom, sans sçavoir ma personne. Et que jadis fut serviteur mon père De ta mère Anne, en son règne prospère ; Croyant tiussi que tu sçais que d'enfance Nourry je suis en la maison de France, De qui tu es royalle geniture ; Cela pensant, ne crainct mon escripture Que ta grandeur la vueille reffuser :
Mais quel besoing est il de m'excuser ?
Les oysselletz des champs en leurs langages Vont saluant les buyssons et boscages Par où ilz vont : quand le navire arriye Auprès du havre, il salue la rive Avec le son d'un canon racourcy ; Ma Muse donc, passant ceste court cy, Faict elle mal saluant toy. Princesse, Toy à qui rit ce beau pays sans cesse, Toy, qui de race ayme toute vertu, El qui en as le cueur tant bien vestu; Toy, dessoubz qui fleurissent ces grans plaines. De biens et gens si couvertes et plaines : Toy, qui leurs cueurs as sceu gaigner trèsbien, Toy qui de Dieu recongnois tout ce bien ?
Salut à toy donques trèshumblement, Humble salut, par ton humble Clément, Par ton Marot, le poète gallique, Qui s'en vient veoir le pays Italique, Pour quelque tems : si entre cy et là Te peult servir ma plume, et si elle a Sçavoir qui plaise à ta Majesté haulte, Groy que plus tost Feau du Pau fera faulte A contre val ses undes escouUer, Que ceste plume à s'estendre et veller LÀ où le vent de tes commandements La poulsera; mesme les éléments Lairront plus tost leur nature ordonnée ; Car TEtemel me Ta (certes) donnée Pour en louer premièrement son nom.
Puis pour servir les princes de renom.
Et exalter les princesses d'honneur, Qui au plus hault de fortune et bon heur S'humilier 'de cueur sont coustumieres, Auquel beau reng tu marches des premières.
A MONSBIGNBUa LB CARDINAL DB TOURNON MAROT RBTOURNANT DB FBRRARB A LYON
Puis que du Roy la bonté merveilleuse De France veult ne m'estre périlleuse, Puis que je suis de retourner mandé, Puis qu'il luy plaist, puis qu'il a commandé, Et que ce bien procède de sa grâce, No t'esbahys si j'ay suyvy la trace, Noble seigneur, pour en France tirer, Où lonç temps a je ne fais qu'aspirer.
Le niarinier qui prend terre, et s'arreste Pour la fureur de Torage et tempeste, Desanclre alors que les cieulx sont amys.
Le chevaulcheur qui à couvert s'est mis, Laissant passer ou la gresle ou la pluye, Dès que de loing veoit qu'Aquilon essuyé Le ciel mouillé, il entre en grand plaisir, Desloge et tire au lieu de son désir.
Certes, ainsi, Monseigneur redoubté, Si tost que j'euz mon retour escouté.
Et que je vey la grand' nue essuyer Qui en venant me pou voit ennuyer, Mon premier poinct ce fut de louer Dieu, Et le second de desloger du lieu Là où j'eslois, pour au pays venir D'où je n'ay sceu perdre le souvenir.
Nature à prins sur nous ceste puissance De nous tirer au lieu de sa nayssance ; Mesmes longs temps les bestes ne séjournent Hors de leurs creux, mais toujours y retournent.
Brief, du désir qu'au deparlir j'avoye, Je n'ay trouvé rien de dur en la voye, Ains m'ont semblé ces grans roches haultaines Préaulx herbuz, et les torrens fontaines ; Bise, verglatz, la neige et la froidure
210 ÉPISTRBji
Ne m'ont semblé que printemps et verdure, Si qu'à Dieu rendz grâces un million, Dont j'ay àttainct le gracieux Lyon, Où j^esperois à l'arriver transmettre Au roy Françoys humble salut en mètre.
Gonclud estoit : mais, puis qu'il en est hors, A qui le puis je et doy je addresser, fors, A toy qui tiens par prudence loyalle Icy le lieu de sa haulteur royaJle ?
S'il est ainsi que la puissance qu'as Toute s'estend en grans et petis cas, La raison veult doncques que maintenant, De ce salut tu sois son lieutenant ; Et'puis je suis à cela conformé, Pource qu'amy tu es, et bien aymé.
De rassemblée aux Muses tressacrées, Et qu'à Phebus en escrivant agrées.
Humblement donc sur ce je te salue, Heur de Tournon plein de haulte value ; Dieu gard aussi d'infecte adversité L'air amoureux de la noble cité.
Dieu gard la Sonne au port bien somptueux, Et son mary le Rosne impétueux, Qui puis un peu se demonstra si fier.
Que l'ennemi ne s'y osa fier.
Et dont n'agueres par diligence prompte S'est retiré Gesar avecques honte.
Si vous supply, o fleuves immortelz, Et toy, Prélat, dont il est peu de telz, Et toy, cité fameuse de hault prix, Ne me vouloir contemner par mespris, Ains recevoir tout amyablement L'humble Dieu gard de vostre humble Clément,