MAL ATTRIBUEE PAR CI DEVANT A MAROT
Quand j'ay bien leu ces livres nouvellets, Ces Ghantz royaulx, Epistres, Rondeletz, Mis en avant par nos deux secrétaires.
Qui en rithmant traictent plusieurs affaires, Je leur escris par moyen de plaisir, Et de ce faire ay bien prins le loysir ; Car raison veut que je les advertisse Qu'ils n'ont pas eu du Poëte notice Qui dit qu'on doit garder ses vers neuf ans, Pource qu'on doit craindre flottes et vents Lorsqu'on transporte et qu'on mect en lumière Des escrivans leur ouvrage première.
Laquelle il faut reveoir diligemment.
Et de plusieurs avoir le jugement.
Geluy est sot qui son imparfaict œuvre A toutes gens impudemment descœuvre.
Plusieurs sçavans disent : « Qui sont ces veaulx Qui à rithmer se rompent les cerveaulx ? »
Il semble à voir, quand leur rithme on entonne, Que tout partout là où on Toyt il tonne. Tout leur escrit est rude, estrange, obscur, Tant l'un que Tautre, et en sa veine dur.
Il est bien vray que cest art d'escripture Est bien séant quand on Ta de nature, Ce qu'on cognoist à la £sicilité ; Et ne court point sans grande vérité Ce commun dit : « On ne faict rien qui serve Quand on le feict bon gré maulgré Minerve. » Ce que les gens d'esprit et de sçavoir Facilement peuvent appercevoir.
On voit tant bien une œuvre qui sent Thuile Ou esventée et seiche comme tuyle I Il est facile à discerner les vers Qui n'ont point vie et gisent à l'envers ; Il est facile, on le sent à la trace, Quand aucuns vers viennent de bonne race.
Je ne veulx pas pourtant les abbaisser A celle fin de mon stile haulser.
Car je congnois la petite science Que Dieu me donne, et prens en patience ; Mais seulement je veux mettre en avant Le jugement de maint homme sçavant Et de plusieurs qui leur maistre seroyent Quand en cest art leur plume adresseroyent.
Je ne veux donc trencher du parangon Pour me monstrer ennemy de Sagon ; Je ne pretens ne plaid ne huterie Avec Sagon ne La Hueterie ; Ce nonobstant, s'ils en veulent à moy Je n'en seray (ce croi je) en grand esmoy. Car je voy bien à peu près que leur veine Est un petit trop débile et trop vaine Pour bien jouer. Cela très bien je sçay A veoir sans plus leur povre coup d'essay»
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Si dessus moy leurcholere s'allume La Dieu mercy, nous avons encre et plume Pour leur respondre un peu plus sagement Qu'ilz n'ont escript tous deux premièrement ; Que bien, que mal, selon nos fantasies Nous escrivons souvent des poësies.
Si ne suffist d'escrire maint blason, Mais il convient garder rithme et raison ; Rithme et raison, ainsi comme il me semble Doivent tousjours estre logez ensemble.
L'homme rassis doit son cas disposer De longue main, premier que d'exposer Son escripture et ses petits ouvrages Dessous les yeux de tant de personnages. Dont plusieurs n'ont mis en jeu leurs volumes, Combien qu'ilz soyent faicts d'excellentes plumes. Tant moins doit on faire un œuvre imprimer Où il y a grandement à limer.
Il faut souvent y approcher la lime Avant qu'il soit permis que l'on imprime ; Car les sçavans disent : « Bran du rithmeur, Pareillement, merde pour l'imprimeur Lequel nous vient cy rompre les cervelles De ses traictez non vallans deux groiselles. »
Titres haultains ne nous font qu'abuser A celle fin qu'on y voyse muser ; Il n'y a point de plaisir en leur muse Non plus qu'au son de vieille cornemuse. Je n'eusse pas pensé que de six ans On eust peu veoir de si sots courtisans, Qui eussent eu la plume si legiere Qu'elle auroit peur de demeurer derrière ; On jugeroit que ces compositeurs Sont aussi tost poètes qu'orateurs.
O courtisans, vostre veine petite Pour bons rithmeurs va un petit trop viste. Non fait, que dis je ? Ains, pour le faire court, Il faut ainsi avoir bruit en la court. Un bon rithmeur, et tant d'expérience Que de nature il ayt caste science.
En second point, il ne doit tant errer
Qu'il n'ayt povoir de sa main tempérer A ce que par quelque manière 4asche Dessus autruy ses aiguillons ne lasche, Effrenement l'assaillant le premier.
O le beau faict que l'on doit premier 1
Je ne vey onc depuis que suis en vie Escrire plus d'ardeur, gloire et envie.
Certes, l'escript le plus à détester, C'est par ranqueur mesdire et contester. Celuy lequel aguise ainsi son stile Doit à bon droit estre appelle Zoïle.
Tu monstres bien ta maie affection, A l'affligé donnant affliction.
Ce n'est pas là, ce n'est pas là la voye Qui gens d'esprit à bon renom convoyé.
Communément de tel commencement On n'en voit pas fort bon advancement.
C'en est bien loing ; il y a trop à dire Qu'on vienne à bien par blasmer et mesdirè. Certes, avant qu'il soit jamais dix ans, On montrera au doit lés mesdisans.
Desja on dit de La Hueterie Et de Sagon : Ce n'est que flatterie.
A Fentour d'eux de cent pas on la sent. Je l'ay desja bien ouy dire à cent.
Sage n'est pas celuy qui se soulace A dire mal pensant acquérir grâce, Et mesmement qui dict mal de celuy Qui ne s'en doubte et est bien loing de luy, Dont il prétend avoir le bien et gages ; Mais beau temps vient après pluye et orages.
Facilement et sans prendre grand soing On dict du mal de celuy qui est loing. Que Ton pourroit avoir en révérence Pour son sçavoir quand il est en présence. - Quand telles gens se cuident advancer, Lors on les veoit tant plus desadvancer; Il ne faut pas par moyen deshonneste Penser venir à quelque fin honneste.
Et qu'y a il plus loing d'honnesteté Que de mesdire avec une aspreté?
Voilà comment pour le moins (à ce compte) De vostre faict ne^peult sortir que honte Et deshonneur, si vous n^estes comptez Pour gens qui sont desja tous eshontez.
Je m'esbahys comment tu as peu estre Si aveuglé de te prendre à ton maistre. Vous en deussiez tous deux mourir de dueil, On le congnoist et au doit et à rœil. D'autant s'en faut que la vostre marotte Ne luy ressemble : elle est trop jeune et sotte.
Un peu trop tost vous voulustes frotter De Pensuivir pour contremarotter; L'un va rithmant la fere contre affaire. Et l'autre aussi frère contre desplaire; L'autre par trop les oreilles m'offence Quand pour allume a voulu dire accense L'autre redit moyctié et amytié En douze vers et moins de la moytié ; L'autre descript après, Dieu sçait comment, Un chascun ciel et chascun élément; L'astronomie, ausM l'astrologie, Vous la diriez estre par eulx régie.
Maistre et remettre, aussi cueurs et obscurs, Ce sont beaulx mots, mais en rithme ilz sont durs. Et puis on veult pour agréable avoir Œuvre tant sot et mal plaisant à veoirl
Tantost après vingt et deux si arrivent Qui pas à pas l'un et l'autre s'ensuivent. Puis Sagon fonde, en docteur Arcadique, Quatre raisons, sans texte evangelique.
Aussi plusieurs personnages divers Onques n'ont peu m'exposer ces deux vers : Ton mal penser mect bien loing ta pensée Près du soucy de ton ame offensée. "
Près et bien loing s'entresuivent très mal ; Aussi sent il troubler l'esprit vital, Et cela vient de trop d'audace prinse.
Qui de plusieurs pourroit estre reprinse ; Ce nonobstant, par telle folle audace, Nul d'eulx ne quiert que d'estre mis en grâce, Ce qui leur est chose plus qu'impossible.
Que s'il m'estoit par bon loisyr possible, J*aurois assez pour esmouvoir maints cueurs Des sots propos de ces rhetoçiqneurs.
Ne sçay si bons la commune les clame, Mais je sçay bien que tout sçavant les blasme ; Voilà que c'est : noz compositions Veulent régner par noz aflTections.
Je n'ay loysir plus avant m'entremettre ; Mieux mç vaudroit entreprendre autre mètre Où Ton pourroit cueillir quelque bon fruict. Car je ne veux comme eux acquérir bruit ; Mais je sçaurois voluntiers quel homme est ce Qui m'asseurast en sa foy et promesse Qui auroit peu tirer nn seul prof fit De ces traictez que l'un et l'autre fit. Tant froids vers Dieu, vers le monde et l'Eglise; Tant seulement chascun d'eulx temporise A celle fin d'obtenir quelque don ; Leur stile est doulx voire comme un chardon; Ce nonobstant cuydent en ceste sorte Que de l'honneur et prouffit il en sorte.
Homme ne doit s'entremettre en quelque art Duquel jamais n'entendit bien le quart.
LUI