LIV
BPISTRB PBRDUB AU JBU GONTRB MADAliCB DB PONS
Dame de Pons, Nymphe de Parthenay, Pardonne moy si ceste carte n'ay Painte de fleurs à Minerve duysantes Et pour ton sens contenter suffisantes; Ma Muse est bien pour satisfaire habille Aucuns esprits ; mais trop se sent débile Pour toy, qui as lettres et bon sçavoir Autant ou plus que femme puisse avoir, Avecques œil pour veoir subit les fautes Et discerner choses basses des hautes.
Bien est il vray que ton cueur scet user D'une bonté de fautes excuser, Et de donner aux œuvres bien dictées En temps et lieu louenges méritées.
Mais je sens bien que Theure est advenue Qu'en cest escrîl de promesse tenue Plu« de besoin de ton excuse auray Que de bon los mériter ne sçaurai.
Et me suis veu (il n'en faut point mentir) D'avoir promis prest à me repentir ; Car dès qu'en main la plume je vins mettre, A peine sceu forger le premier mètre, Et commençay à dire et à penser :
« Presumptueux, que veux tu commencer?
I Les Épttres LIV à LXI sont des épttres posthumes compris»» dans l'édition de 1596.
BPISTRES 227
Faut il qu^à honte acquérir tu t'amuses, D'escrire ainsi à Tune des neuf Muses ? »
Ce neantmoins, pour promesse tenir, Ne me suis sceu d'escrire contenir ; Mais t'escrivant (ô noble esprit bien né) Trouvé me suis tout ainsi estonné Qu'un yillagois simple et pusillanime Qui paile en craincte à un Roy magnanime.
D'autre coslé, pour mon epistre orner, Je ne sçaurois quel propos enfourner.
De te parler de science latine.
D'en deviser près de toy ne suis digne ; Te deviser des amoureux soûlas, C'est temps perdu : tu aymes trop Pallas ; Chanter la guerre et des armes la mode, A ton mary la chose est plus commode ; De tes vertus bien blasonner et paindre, Taire vaut mieux que n'y pouvoir atteindre. Parquoy à droit devant toy je m'accuse Que cecy n'est Epistre, mais excuse; Cecy (pour vray) n'ha mérité le titre D'Envoy, de Lay, d'Elégie ou d'Epistre; Mais s'il te plaist, nonobstant sa basseur, Le recevoir en gré sous la douceur Qui est en toy par nayve coustume, J'estimeray avoir faict un volume.
Reçoy le donc en gré, je te supplie.
Et, l'ayant leu, ne le pers, mais le plie Pour le garder : au moins quand ce viendra Que serai mort, de moi te souviendra.
Et si d'icy à grand temps et long aage Du tien Clément se tient aucun langage Là où seras, par manière de rire Aux assistans pourras conter et dire (Qui ne sera pour moy un petit heur) Comment jadis fut bien ton serviteur; Et pour tesmoin de ce que leur diras, Ce mien escrit sur l'heure produiras.
En leur disant : « Quand Marot m'escrivoit Ces vers icy, à Ferrare il vivoit.
Là où j'estois, et lors à grande outrance
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Le povre gars estoit banni de France, Par le pourchas d'aucuns ayans envie De quoy Vertu perpetuoit sa vie ; Dont il trouvoit sa perte et son soucy Moins ennuyeux. » Leur conteras aussi Gomment durant ceste mienne destresse Tous deux servions une mesme maistresse, Fille de France, et duchesse Renée, Au gré de qui semble que tu sois née.
Mille autres cas, mille autres bons propos, Quand seras vieille, et chez toi à repos, Dire pourras de moy à Tadvenir, S'il t'en souvient ; et pour t'en souvenir, De bon cueur laisse à la tienne excellence Geste escriture, où j'impose silence.
A MADAME DB SOUBISB , PARTANT DB FBRRARE POUR s'en venir en FRANCE
Le cler soleil sur les champs puisse luyre. Dame prudente, et te vueille conduire Jusques au pied de ta noble maison.
Il est certain que plus tost oraison Pour ta demeure à Dieu je voudrois faire; Mais puis que luy et le temps et l'adfaire Veulent tous trois que ta bonté desplace, Monts et torrens te puissent faire place ; Dieu tout au long de ton allée entière, Soit eh ta voye et dedans ta litière, Voire en ton cueur, à celle fin (Madame) Que tout d'un train te garde corps et ame.
Or t'en va quand et où il te plaira; Plus iras loing, plus nous en desplaira; Et quand à moi, tu peux estre asseurée. Tant que j'aurai en ce monde durée.
Que serai tien, non point seulement pource Que, longtemps ha, tu fuz première source
De bon recaeil à mon psre, vivant, * Quand à la court du Roy fut arrivant, Où tu estois adoncq la mieux aymée D'Anne, par tout royne tant renommée ; Ne seulement pour autant que tu fis Mesme recueil dernièrement au filz En ce pays, tellement que ta grâce Semble estre encline à ma petite race ; Mais pour autant que d'instinct de nature Toy et les tiens aymez literature, Sçavoir exquis, vertus qui le ciel percent, Arts libéraux, et ceux qui s'y exercent. Cela, pour vrai, faict que trèsgrandement Je te révère en mon entendement.
Or adieu donc, noble Dame, qui uses D'bonnesteté tousjours envers les Muses; Adieu, par qui les Muses désolées Souventesfois ont esté consolées ; Adieu qui voir ne les peut en souffrance ; Adieu la main qui de Flandre en la France Tira jadis Jean Le Maire Belgeois, Qui l'ame avoit d'Homère le Grégeois.
Retirez vous, neige et temps pluvieux, De l'ennuyer ne soyez envieux.
Yien, le temps doulx; retire toy, la bise : Ne fasche point madame de Soubize ; Assez elle a de fascheuse tristesse D'abandonner sa dame et sa maistresse.
Assez d'ennuy elle a à son départ; Assez aussi elle nous en départ.
Mais puis qu'il plaist à Dieu qu'il soit ainsi, Fault prendre en gré. Sept ans a qu'es icy, Dame trèsnoble, et trente, ou à peu près, Que servie as et mère et fille après ; C'est bien raison que maintenant disposes De ta maison, et que tu y reposes Avecques Dieu le surplus de ton aage ; Ce te sera quasi nouveau mesnage, Après tant d'ans. Donc t'y transporteras, Et après toy honneur emporteras ; Avecques toy emporteras honneur,
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De tes travaux principal guerdonneur, ^ Et nous en brief sçaurons en ton absence Dequoy seryoit par deçà ta présence.
A UN SIBN JlUY (1543)
Contemple un peu, je te prie, et regarde, Amy parfait de bonne et belle garde, Quelle vertu souveraine ont en elles Nayvement les Muses étemelles, De nous avoir de vraie amour pourveuz L^un envers Tautre, ains que nous estre veuz ; De la doubler encor' après la veue, Et de ravoir de telle foy pourveue, Qui franchement et sans peur t'ay ouvert Le cueur de moi, tant fut clos et couvert, Et toi à moi fais congnoistre par preuve Qu'amy plus franc au monde ne se treuve.
En vérité, si des sœurs bien apprinses Nous n'eussions point les sciences comprinses, Il est certain, au moins est à penser, Que nostre amour seroit à commencer, Si qu'un tel bien ne me fust advenu; Et ne me tien aux Muses moins tenu Dont elles m'ont un tel amy gaigné Que de m'avoir en ma langue enseigné.
Que pleust à Dieu que Toccasion j'eusse Qu'auprès de toy user mes jours je peusse, Loing de tumulte, et loing des plaisirs cours Qui sont en ces ambitieuses Courts.
Là me plairoit mieux qu'avec princes vivre : Le chien, l'oyseau, l'espinette et le livre, Le deviser, l'amour (à un besoing) Et le masquer seroit tout nostre seing, Avec le Boys, d'histoires bien recors, Et le Bouchet, rond de cueur et de corps; Avec Gruffy, et Chables et Ramasse, Jeunesse en qui vertu croîst et s'amasse ;
Avec Grenton, propre et loyal amant,
Et Marcoussé, visage d' Allemant ;
Avec Bordeaux, qui a la bouche freche ;
Candie aussi, qui pas moins n'en despesche,
Et la Forest, fait de la riche taille,
Et Sainct Gassin, qui fut à la bataille,
Sans oublier Montigny ton aymé,
Qui pour escrire en vostre langue est né;
Sans oublier aussi Aignebelette,
Qui saute en chat et gravit en belette,
Et Rougemont, qui d'or la barbe porte,
Et Lampignam, qui l'a bien d'autre sorte ;
Avec Regart et nostre bon Gapris,
Qui d'instrument l'art a si bien apris;
Finalement, d'autres quinze fois sept, Dont la plus part lettres et armes scet. Te jurant Dieu que pas je ne sçavoye Que si grand fruit produisit la Savôye. Que Dieu vous hausse en fortune prospère 1
Mes chers enfans, buvez à vostre père ; Et si Amour au dard bien affiné Tiré Parvaus vers vous du Dauphiné, Je pry Bouche t, qui cognoit sa value, Que de ma part humblement le salue.
En telle troupe, et si plaisante vie, A ton advis, porterons nous envie A ceux qu'on voit si hautement jucher.
Pour mieux après lourdement trébucher?
Doué en biens, tel fut Cresus tenu.
Qui tout à coup un Job est devenu.
Nostre voler, qui haut ne bas ne tend, De l'entredeux seroit tousjours content : Car cestui là qui haut ne bas ne vole Va seurement, et jamais ne s'affolle.
Au demeurant, quel arrest ha Fortune, Sinon l'arrest du vent ou de la lune?
Tien toy certain qu'en Thomme tout périt. Fors seulement les biens de l'esperit.
Ne voy tu pas, encores qu'on me voye Privé des biens et estats que j'avoye, Des vieux amys du pays, de leur chère,
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De ceste Royne et maistresse tant chère, Qui m*a nourry (et si sans rien me rendre On m'a toUu tout ce qui se peut prendre), Ce neantmoins, par mont et par campagne Le mien esprit me suit et m'accompagne? Malgré fascheux j'en jouy et en use.
Abandonné jamais ne m'a la Muse; Aucun n'a sceu avoir puissance là.
Le Roy portoit mon bon droit en cela.
Et tant qu'ouy et nenny se dira, Par l'univers le monde me lira.
Toy donq aussi, qui as sçavoir et veine De la liqueur d'Helicon toute pleine, Escry et fay que mort, la fausse lyce. Rien que le corps de toy n'ensevelisse.
BPISTRB DU BIAU FYS DB PAZY PAR AUTRB QUB MAROT
Madame, je vous raime tan, Mais ne le dite pa pourtan; Les musaille ou derozeille.
Celui qui fit les gran merveille Nous doin bien to couché ensemble, Car je vous rayme, ce me semble, Si fort que ne vou lore dize.
Et vous Tay bien voulu escrize Afin de paslé de plus loing.
Pensé que j'avoy bien beroing De deveni si amouzeu I
O que je sesoy bien heuzeu.
Ha 1 Madame la renchesie.
Se n'est que vostre fachesie, Non pa pou vou le reprochez, May si to que je veu touchez Vostre joly tetin molet, Vou m'appelle peti folet, Et me diran : « Laissé cela :
Vou n'avé rien caché yla ;
Dieu, vous devené mou privé I Où pensé vou estre arrivé? »
Et me faite laide grimasse ; Et tout ainsi qu'une limasse Qui ses deu comuchon retise, Je me recuily san mo dise, Tou quinau et tout marmiteu.
Quan la dame a le cueur piteu, C'est une si joyeure chore !
Et dit le Nonnan de la Rore Si une fille est orgueilleure, C'est une chore pezilleure Pour un biau jeune fi et sage, Cap il n'y a si biau virage Qui ne s'en voire egratigné, May encor, qu'arié vou gaigné Si j'en mousoi, ou envison?
Ha! cœur plu dur qu'im potizon, Tant tu me donne de travaul Si tu sçaviez sen que je vau.
Tu feriez de moi plus gran feste.
J'ay eu le.pry de l'arbalestre :
Je chante comme un pazoquet; Je ne voua jamais san bouquet ; J'ay plus de bonnets que de teste ; J'ay mon biau pourpoint des gran feste, Des jour ouvrié et des dimanche; Tou les moy deu chemire blanche, Pour estre ny salle ny ort ; J'ay esté jusques à Nyort Déjà deu fois pour vois le monde.
Il est vrai que voureste blonde Et aussi blanche comme laict ; Et aussi je ne suy pas laid, Car chacun me dit en maint lieu :
« Adieu, haut le biau fy, adieu !
Adieu hau ! respon si tu veu, Le biau fy au jaune cheveu ! »
Je croi que trèsbien il entende.
Car j'ai les cheveu qui me pende Dessus la chemire froncée ;
La petite jambe troussée Pour dansez haye de Bretaigne Et les passepié d'Allemaigne.
Il est yray qu'à la basse dance Je n'y vien pa à la cadance ; May le branle et puy la recoupe, Des deu pié je les vou recouppe Menu comme chair à pasté. Le fy de Guillaume Gasté Au pri de moi n^est qu'un canar.
J'an veu bien croize Jan Benar Ou Chauvin, à qui Dieu pardoin.
A propo, vou souvien ty poin Du jour de la Sin Nicoula, Que j'etien tou deux si tresla D'avoir dancé ? Vou commensite, Aussi trèsbien vou rachevite ; Gest au jardin : mon peze entry, D'avantuze me rencontry Auprès de vous, et sy avoy Touriou Tyeu dessu vostre voy.
Laquelle me sembly depui Aussi claize que l'iau de puy May se Piar nou regardet, Qui de gran jalourie ardet ; Et quan il m'eu bien espié Vou me marçhiste sur le pié Si fort, en me ssurran la main, Que j'en clochy le lendemain.
LVin
RBSPONCB DB LA DAME AU JBUNE FT DE PAZT
Pour VOUS respondre, mon amy, J'ay veu vostre lettre à demy, Car mon mazy lor arrivit, Qui en la lirant me trouvit.
Et Dieu scet si je fu fâchée.
J'eusse voulu estre ecorchée, Parmanda, voize toute morte ;
May ce que plu me reconforte, C'est que mon mazy n'en vy rien, Et aussi que je sçay tro bien Qui n'en eu pas esté conten.
Notre aprenti vin ecoutan Pour ouy ce qui me diset; May mon pauvre cueur souspiset De gran douleur et de tristesse. Si je n'eusse esté la maistresse, Mon amy, j 'estes affolée.
Votre lettre m'a consolée Quan j'ai connu que m'aymez tan; Je ne le veux croize pourtan Car les homme son tou trompeu, Et les fenmies on touriou peu D'estre par leu dits aburée, J'enten qui ne son pas rurée.
Et de moy, la mercy à Dieu, Je puy bien allez en tou lieu Et fréquentez parmy le monde.
Vou me dites que je suis blonde, May je cray qui vous plait à dise; Aussi je ne m'en foua que rise ; Si sui je comm' une autre belle.
Vous m'escrivé que suis rebelle:
Et quan vou me voulé touchez.
Que je ne vou laisse aprochez :
Il est bien vrai que je m'en fâche, Car une belle dame cache Tou les jour et le plu souven Son biau tetin et son de van.
Par votre lettre vous vanté Que comme un oyreau vou chanté :
Je vou respon qu'en sui bien ayre ; Car quan je sezets à mallaire Vostre chan me resjouyset.
Un jour mon mazy me diset Qui voudroit sçavoir la musicle, Pour la chanté en la bouticle.
Vou me mandé par vostre lettre Qu'avez le pri de l'abalestre.
Et qu'este for propre et mignon,
Touriou vestu comme un oignon,
Don* en cela vou m'avé fait
Un singulier plaisir parfait;
Car c'est Thonneur d'un biau jeune homme
D'avoir habillemen gran somme,
Et aussi que c'est la raison
Qu'un biau fy de bonne maison
Set touriou fort bien accoustré.
De ma par, je vour ay montré, Si vouravé bonne memoise, Notre jeu de bille d'ivoise Et ma zobbe d'un fin dra noir.
Vous varriez, si voulé veoir, Tou mes manchesons de velour, Mes solié qui ne son pas lour Pour enjambez nostre ruissiau, Et ma cotte de dra de Siau Bien teinte, que me la donna Le sise Jean, quan ordonna Et voulut par son testamen Que je l'eusse soudainemen.
Ha ! si j'estien tou deu ensemble, Je vous contesoy, se me semble, Cen mille bon peti prepo.
Toute nui je per le repo.
Tan et si fort en vou je pense ; Je ne set quelle recompense Vous m'en fesez ; si suis je seuse Que n'atten maintenant que l'heuse Que vous reveniez de Lyon.
Vous me donrez un million De biau cordon de saye fine, Pour en donner en ma voisine.
Laquelle à vou se recommande.
Autre chore ne vou demande Qu'autant en un mot comme en cent Qu'a voùr aymé mon cœur consent, Vou supplian, mon douramy, N'estre à me respondre endormy, Si ne vené bien to icy,
Car je sesetz en gran souci, Si je n'avetz de vo nouvelle.
Je prie à Dieu qui seynt telle Que pour vrai je les vou desise, Et à tant fesay fin d'escrise.
C'est de Pazy ce jour et an Que je m'en ally droit à Lan. •