‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 105 sur 234 · D AMOUR FUGITIF, INVENTION TE MAROT · texte numérisé non relu

D AMOUR FUGITIF, INVENTION TE MAROT

Le propre jour que Venus aux yeulx verts Parmy le monde alloit chanter ces vers, Désir de veoir et d'ouyr nouveauté Me feit courir après sa grand' beauté Jusque à Paris. Quand i'ut en plain carroy, Sus un liault lieu se meit en bel arroy, Monstrant en face avoir cueur assez triste, Ce néanmoins en liabitz cointe et miste.

Lors d'une voix plus doulce et résonnante Que d'Orpheus la harpe bien sonnante Chanta les vers que dessus declairons, Plus liault et cleir que trompes et clairons : Dont maintes gens eust alors entour elle. L'un y couroit, l'autre en une tournelle Mettoit le nez ; tous peuples espanduz Droict là se sont à la fouUe renduz Pour veoir Venus et ouyr son parler.

Son cry finy, se feit mener par Taer Dedans son char avec ses grâces belles Soubz le conduict de douze columbelles, Ce qui donna grand' admiration Aux regardans de mainte nation.

Or quand Venus eurent perdu de veue, De là se part ceste assemblée esmeue A grans trouppeaulx. L'un s'en va devisant De son cher filz,. qu'elle a perdu, disant : « Pleust or à Dieu qu'en mer ou terre sceusse. Luy enseigner, afin que je receusse Un doulx baiser de sa bouche riant !

— Ha! Ciipido(disoit l'autre en criant), Si te teno^'s lié de cordons maints, Croy qu"à grand'peine istroys hors de mes mains Que de ta mère, en beauté l'outrepasse, N'eusse le don qui le baiser surpasse. »

Mais quant à moy, n"en eu aucun désir.

Car qu'ay je affaire aller chercher plaisir Qui soit compris en Venus la déesse, Veu que en Pallas gist toute ma liesse ?

Ainsi me teu, en contemplant la geste Des gens raviz d'un tel regard céleste, Entre lesquelz vey à part une tourbe D'hommes piteux, ayans la teste courbe, L'œil vers la terre à grand' cerimonie, Pleins (à les veoir) de dueil et agonie, Disans à eulx mondanitez adverses, Et en habitz monstrans sectes diverses.

L'un en corbeau se vest pour triste signe ; L'autre s'habille à la façon d'un cygne ; L'autre s'accoustre ainsi qu'un ramonneur ; L'autre tout gris; l'autre, grand sermonneur, Porte sur soy les couleurs d'une pie ; 0 bonnes gens pour bien servir d'espie !

Que diray plus? Bien loger sans danger. Dormir sans peur, sans coust boyre et manger, Ne faire rien, aucun mestier n'apprendre, Rien ne donner, et le bien d'autruy prendre, Gras et puissant, bien nourry, bien vestu, C'est (selon eux) povreté et vertu ; Aussi (pour vray) il ne sort de leur bouche Que motz sucerez; quant au cueur, je n'y touche: Mais c'est un peuple à celluy resemblant Que Jean de Mehun appelle Faulx Semblant, Forgeant Abus dessoubz Religion.

Incontinent que ceste légion (Selon le cry de Venus) sent et voit Que Cupido le dieu d'amour avoit Prins sa voilée ainsi qu'un vacabond, Chascun pensa de luy donner le bond.

Si vont quérir libelles sophistiques.

Corps enchâssez et bulles papistiques, Et là dessus vouèrent tous à Dieu Et au patron de leur convent et lieu De Cupido lyer, prendre et estraindre, Et son pouvoir par leurs œuvres contraindre, Plus pour loyer céleste en recevoir Que pour amour qu'en Dieu puissent avoir.

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Voylà comment par voyes mal directes Les presumaus oultrecuydées sectes Seures se font d'avoir de Dieu la grâce, Et de garder chose que humaine race Ne peult de soy. Or se sont ilz esparts De Ghrestienté aux quatre coings et parts, Tous en propos de Cupido happer.

Et que ainsi soit, afin que d'eschapper Ne trouve lieu ne façons, s'il est pris, Aucuns d'iceulx par serment entrepris Portent sur eux des cordes à gros noudz Pour luy lier jambes, piedz et genoulx.

Et sur ce poinct prendra repos ma muse, Ne voulant plus qu'à ce propos m'amuse, Ains que je pense à dresser autre compte, En concluant que cestuy cy racompte, A qui aura bien compris mon traicté.

Dont procéda le vœu de chasteté.

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