‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 116 sur 234 · AU VOYAGE DE NICE · texte numérisé non relu

AU VOYAGE DE NICE

Approche toy, Charles, tant loing tu soys, Du magnanime et puissant roy Françoys ; Approche toy, Françoys, tant loing sois tu. De Charles, plein de prudence et vertu ; Non pour tous deux en bataille vous joindre, Ne par fureur de voz lances vous poindre, Mais pour tirer Paix, la tant désirée, Du ciel trèshault, là où s'est retirée.

Si Mars cruel vous en feistes descendre. Ne pouvez vous le faire condescendre A s'en aller, pour ça bas donner lieu A Paix la belle, humble fille de Dieu ? Certainement, si vous deux ne le faictes, Du monde sont vaines les entrefaictes ; Recevez la, princes chevaleureux, Pour faire nous (voyre vous) bien heureux ; Ce vous sera trop plus d'honneur et gloire Qu'avoir chascun quelque grosse victoire : Recevez la, car si vous la fuyez, Elle dira que serez ennuyez De voz repos, et que portez envie A la doulceur de vostre heureuse vie.

Si pitié donc (ô princes triumphans) Vous ne prenez des peuples voz enfans, (Dont reciter Testât calamiteux

Seroit un cas trop long et trop piteux)

Si d'eulx n'avez commisération,

A tout le moins ayez compassion

Du noble sang et de France et d'Espaigne,

Dedans lequel ce cruel Mars se baigne.

Mars cy devant souloit taindre ses dars Dedans le sang de voz simples souldars ; Mais maintenant 'ô Dieu, quel dur esclandre !) Plaisir ne prend fors à celuy espandre Des nobles chefz, meritans diadesmes.

Et si respand souvent le vostre mesmes, Faisant servir les haults princes de butte Au vil souldart tirant de hacquebutte, Si que de Mars ne sont plus les trophées Fors enrichiz d'armes bien estoffées.

Plus ilz ne sont garniz et décorez Que de harnoys bien polys et dorez, Qui disent bien : < La despouille nous sommes De grans seigneurs et de vertueux hommes. »

0 quantz et quelz de vos plus favoriz Sont puis dix ans en la guerre periz 1 0 quantz encore en verrez desvyer, Si à ce coup paix n'y vient obvyer 1 Que pensez vous ? Cherchez vous les moyens De voz malheurs, nobles princes Troyens ? Ja pour tenir ou voz droictz ou voz torts Sont ruez jus voz plus vaillans Hectors. Gardez qu'en fin je, qui suis vostre Troye, Du puissant Grec ne devienne la proye.

Estimez vous que ce grand Eternel Ne voye bien du manoir supernel Les grans debas d'une et d'autre partie? Ne sçavez vous qu'un bon père chastie Plustost les siens que les desavouez ?

Si maintenant laictes ce que povez, Paix descendra, portant en main l'olive, Laurier en teste, en face couleur vive, Tousjours riant, claire comme le jour, Pour venir faire en mes terres séjour.

Et Mars, souillé tout de sang et de pouldre, Deslogera plus soudain que la fouldre ;

3'l6 CHANTS DIVERS

Car il n'est cueur, tant soit gros, qui ne tremble, Si voz vouloirs on sent uniz ensemble.

Vienne sur champs Mars avec son armée Vous présenter la bataille termée, Il la perdra. Ainsi donques, uniz, Et de pitié paternelle muniz, Vous eslirez quelque bienheuré lieu, Là où viendra de vous deux au milieu Pallas sans plus. Pallas, à sa venue.

Vous couvrira d'une céleste nue, Pour empescher que les malings trompeurs, D'heureuse paix trop malheureux rompeurs. Ne puissent veoir les moyens que tiendrez Alors qu'au poinct tant désiré viendrez, Si qu'ilz seront tout à coup esbahys Que sur le soir l'un et l'autre pays Reluyra tout de beaulx feuz de liesse, Pour le retour de Paix, noble déesse, Et que rendray, sans que Mars m'en relarde, Grâces au ciel. 0 moia Dieu ! qu'il me tarde !

Aproche toy, Charles, tant loing tu sois. Du magnanime et puissant roy Françoys ; Approche toy, Françoys, tant loing soys tu. De Charles, plein de prudence et vertu.

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