‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 118 sur 234 · CANTIQUE DE LA ROYNE SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY · texte numérisé non relu

CANTIQUE DE LA ROYNE SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY

(lo39)

S'esbahyt on si je suis esplorée, S'esbahyt on si suis descolorée, Voyant celuy qui m'a tant honorée Estre à la mort?

0 seigneur Dieu, tire son pied du bort D'obscure tumbe, ou bien, pour mon support, Avecques luy fais moy passer le port Du mortel fleuve.

Donne à tous deux, en un jour, tumbe neufve, A celle fin qu'en deux mortz ne s'esmeuve Qu'un dueil funèbre, et que France n'espreuve Dueil après dueil.

Ne soit, helas I ce mien larmoyant œil Si malheureux que de veoir au cercueil Jecter celluy qui en si doulx accueil M'a couronnée;

Qui m'a sur chef la couronne donnée La plus d"lionneur et gloire environnée Dont aujourd'huy l'Europe soit ornée, O tout puissant !

Si pitié n'as de mon cueur languissant, Si pitié n'as du bon Roy périssant, Aye pitié du peuple gémissant, Par ta clémence.

Laisse meurir la royalle semence, Sans que voyons l'extrême décadence Du père estant au sommet de prudence Pour dominer.

As tu basty pour après ruyncr?

As tu voulu planter et jardiner Pour ton labeur parfaict exterminer?

0 quelle perte !

Si elle advient, soyt la terre couverte D'air ténébreux: plus ne soit l'herbe verte; Soyt toute bouche ou muette, ou ouverte Pour faire crys.

Soyent de regretz tous volumes escripts, Tragiques soyent tous escrivans espritz, Et rien ne soyt celle qui a le prix D'estre nommée

Femme d'un Roy de si grand' renommée.

Rien plus ne soyt que pouldrc consommée, Pouldre avec luy, toutesfoys, inhumée :

Ce bien j'auray.

Ainsi tousjours sa compaigne seray, A son costé sans fin reposeray.

Et de langueur n'experimenteray La longue peine.

Mais pourquoy suis je ainsi de douleur pleine? Est espérance en moy ou morte ou vaine? Le tout puissant par sa bonté humaine Le guérira.

Noz cueurs bien tost de liesse emplira, Car mon Seigneur encor ne périra, Ains par longs jours son peuple régira. C'est ma fiance.

Croistra ses faictz, pays et alliance, Puis ayant tout fondé sur asseurance, Ira plein d'ans prendre sa demeurance Là hault es cieulx.

Qu''est ce, mes gens? pourquoy torchez vozyeulx? Quel nouveau pleur, quel maintien soucieux, Faict on encor? Vien, mon Dieu gracieux, Haste toy, Sire.

J'entens que Mort mon amy veult occire; Sa force fond ainsi qu'au feu la cyre, Dont tout bon cueur barbe et cheveux descire, Faisant regretz.

Semblent Troyens de nuict surprins des Grecz ; Semblent Rommains voyans (oultre leurs grez) César occis par traistres indiscretz.

Ha! Dieu mon père!

S'il est ainsi qu'à ta loy j'obtempère, De mon Seigneur les angoisses tempère, En me faisant ainsi qu'en toy j'espère A ceste foys.

Or a mon Dieu d'enhault ouy ma voix.

Et mys à fin l'espoir qu'en luy j'avoys. Sus! suyvez moy, au temple je m'en voys Luy rendre grâces.

Ostez ce noir, ostez moy ces préfaces Chantans des mortz ; osiez ces tristes faces , Il n'est pas temps que ce grand dueil tu faces. Pays heureux.

Le ciel n'a pas esté si rigoureux De s'enrichir pour povre et langoureux Te veoir ça bas ; ton trésor valureux Il te redonne.

Vy doncques, France, encor soubz la couronne Qui le chef meur et prudent environne.

Tandis la fleur de jeunesse fleuronne Pour faire fruict.

Soyt rOcean calme, sans vent, sans bruyt; Sechée aux champs soit toute herbe qui nuyt ; Comme le jour soyt luysante la nuict; Tout dueil se taise.

Ne pleurons plus, si ce n'est de grand aise, Puis qu'envers nous l'ire de Dieu s'appaise, Tant nous aymant, que de mortel mesaise Tirer le Roy.

Escrivez tous (poètes) cest effroy Et le hault bien dont Dieu nous faict octroy; Vous n'y fauldrez, et ainsi je le croy. Ha ! povres Muses !

S'il fut pery, vous estiez bien camuses. Doncques (enfans) descrivez les confuses Voyant celluy où elles sont infuses Esvanouyr.

Puis tost après faictes les resjouyr, Quand on leur faict les nouvelles ouyr De la santé dont Dieu les faict jouyr, Tant désirée.

Faictes Pallas pasle et fort descirée, Mars tout marry, sa personne empirée, En appelant d'Atropos trop irée Comme d'abus.

Puis tout à coup chantez comme Phebus Luy mesmes va par les préaux herbus Herbes cueillir, fleurs et boutons barbus, Fueille et racine,

Pour faire au Roy l'heureuse médecine, Prinse dessoubz tant benivole signe, Que nous verrons son chef blanc comme un cigne A l'advenir.

Cela chanté, vous fauldra souvenir De faire Mars tout joyeulx devenir.

Et à Pallas la couleur revenir Non plus marrie.

Faictes que tout pleure fort et puis rie, Ainsi que moy, vostre dame chérie; Certes, souvent de grande fascherie Grand plaisir vient.

Ainsi ferez, et mieulx, s'il en souvient : Mais à la fin de votre œuvre accomplie, Avecques moy conclurre vous convient Que jamais Dieu ceulx qui Tayment n'oublie.

SUR LA MALADIE DE S'aMYE

Dieu, qui voulus le plus liault ciel laisser, Et ta haultesse en la terre abbaisser.

Là oii santé donnas à maintz et maintes, Vueilles ouyr de toutes mes complainctes Une sans plus. Vueilles donner santé A celle-là par qui suis tourmenté.

Ta saincte voix en TEvangile crie Que tout vivant pour ses ennemys prie ; Guéris donc celle (ô médecin parfaict) Qui m'est contraire, et malade me faict.

Helas, Seigneur, il semble, tant est belle, Que plaisir prins à la composer telle.

Ne souffre pas advenir cest oultrage Que maladie efface ton ouvrage.

Son embonpoinct commence à se passer, Ja ce beau tainct commence à s'effacer, Et ces beaulx yeulx clairs et resplendissans, Qui m'ont navré, deviennent languissans.

Il est bien vray que ceste grand' beauté A desservy pour sa grand' cruauté Punition : mais, Syre, à Tadvenir Elle pourra plus doulce devenir.

Pardonne luy, et fais que maladie N'ayt point l'iionneur de la faire enlaydie. Assez à temps viendra vieillesse pasle, Qui de ce faire a charge principale.

Et cependant, si tu la maintiens saine, Ceulx qui verront sa beauté souveraine Béniront toy et ta fille Nature D'avoir formé si belle créature.

Et de ma part feray un beau cantique, Qui chantera le miracle autentique Que faict auras, admirable à chascun, D'en guérir deux en n'en guérissant qu'un.

Non que pour moy je levé au ciel la face; Non que pour moy prière je te face ; Car je te doy supplier pour son bien, Et je la doy requérir pour le mien.

FRANGE A L'eMPEREUR, A SON ARRIVÉE

Si ce bas monde et toute sa rondeur

Est embelly par la claire splendeur

Du seul renom qui court de la personne,

Que doys je faire, ayant receu tant d'heur

De veoir à l'œil la haultesse et grandeur

De ta sacrée et auguste couronne?

Sera ce assez que j'en dresse et ordonne

Arc triumphant, pyramide et colonne.

Pour vray record à la postérité?

Suffira il, Gesar, que je m'adonne

A te louer, tant que tout lieu resonne

Ta grand' vertu et ma prospérité?

Non, car je voy ta magnanimité

De si près joincte à la Divinité,

Que si je veulx parfaire chose telle,

Je faiz grand tort à l'immortalité.

Qui en louant ceste bénignité

Se pense rendre encor plus immortelle.

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