A UNE DAME POUR LA LOUER
Rondeau où toute aigreur abonde, Va -veoir la doulceur do ce monde :
Telle doulceur t'adoucira, Et ton aigreur ne l'aigrira.
Trop plus qu'en autre en moy s'est arresté Fascheulx ennuy : car yver et esté N'ay veu que fraulde, hayne, vice et oppresse Avec chagrin ; et durant ceste presse, Plus mort que vif au monde j'ay esté.
Mais le mien cueur lors de vie absent Commence à vivre et revient à santé, Et tout plaisir vers moy prend son adresse Trop plus qu'en autre.
Car maintenant j'appcrçoy loyaulté, Je voy à l'oeil Amour et féaulté, Je voy vertu, je voy pleine liesse.
Tout cela voy : voyre même en qui est-ce ? C'est en vous seule, où gist toute beauté Trop plus qu'en autre.
A LA FILLE d'uN PAINCTRE d'ORLEANS BELLE ENTRE LES AUTRES
Au temps passé Apelles, painctre sage, Feit seulement de Venus le visage, Par fiction; mais pour plus hault attaindre. Ton père a faict de Venus, sans rien feindre, Entièrement la face et le corsage ;
Car il est painctre, et tu es son ouvrage, Mieulx ressemblant A'enus de forme et d'aage Que le tableau qu'Apellos voulut paindre Au temps passé.
Vray est qu'il feit si belle son image. Qu'elle eschaufîoit en amour maint courage ; Mais celle là que ton perc a sceu taindre Y met le feu, et a dequoy Testaindre.
L'autre n'eut pas un si gros advantage Au temps passé.
DU BAISER DE S'aMYE
(lo24)
En la baisant m'a dit : « Amy sans blasme. Ce seul baiser, qui deux bouches embasme. Les arres sont du bien tant espéré. »
Ce mot elle a doulcement proféré, Pensant du tout appaiser ma grand' flame.
Mais le mien cueur adonc plus elle enflame. Car son alaine odorant plus que basme •
Souffloit le feu qu'Amour m'a préparé, En la baisant.
Bref, mon esprit, sans congnoissance d'ame, Vivoit alors sur la bouche à ma dame, Dont se mouroit le corps énamouré ; Et si la lèvre eust gueres demouré Contre la mienne, elle m'eust succé Tame En la baisant.