‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 17 sur 234 · SUR LA NAISSANCE · texte numérisé non relu

SUR LA NAISSANCE

De la malice aujourd'liuy manifeste,

Elle sera si foible et si esteinle,

(Jue plus de rien la terre n'aura craincte ;

Puis, quand au ciel serez Dieux triumphans,

Ce nouveau né, heureux sus tous enfans,

Gouvernera le monde ainsi prospère

Par les verluz de l'un et l'autre père.

La terre donc, gracieux enfantin, Te produira serpolet et planlin, Treffle et serteuil sans culture venus Pouf engraisser tous l^s trouppeaulx menuz : Les chèvres lors au logis reviendront Pleines de laict ; les brebis ne craindront Lyon ne loup ; l'herbe qui venin porte Et la couleuvre aux champs dcmourra morte, Et l'odorant amome d Assyrie Sera commun comme herbe de prairie.

Regarde, enfant de céleste semence, Comme desja ce beau siècle commence :

Ja le laurier te prépare couronnes ; Ja le blanc lys dedans ton bers fleuronne. D'icy à peu, des hauts princes parfaits, Et du grand père aussi, les nobles faits Lire pourras, tandis que les louanges Du père tien par notions estranges Iront voilant, et deslors pourras tu Sçavoir combien vaut honneur et vertu.

En cestuy temps, stériles monts et plains Seront de bledz et de vignes tous pleins, Et verra l'on les chesnes plantureux Par les forests suer miel savoureux.

Ce neantmoins. des fraudes qui sont ores Quelque relique on pourra voir encores : La terre encor du soc on verra fendre, Villes et bourgz de murailles deffendre, Conduire en mer les navires volans.

Et aura France encores des Rolandz.

Mais quand les ans t'auront fait homme fort, Plus ne sera de guerre aucun effort :

Plus voile au vent ne fera la gallée Pour trafiquer dessus la mer sallée :

DU FI LZ DU DAUPHIN j9

Chacune terre à chacune cité

Apportera toute commodité ;

Arbres croistront d'eulx mesmes a la ligne ;

Besoing n'aura plus de serpe la vigne,

Et estera le laboureur champestre

Aux beufz le joug : plus ne feront que paistre.

La laine plus n'aura besoing d'apprendre

A feintement diverses couleurs prendre,

Car le bélier en chascune saison

De cramoisi portera la toyson,

Ou jaune, ou perse, et chacun aignelet

Sera vestu de pourpre violet.

Ce sont pour vrai choses déterminées

Par l'immuable arrest des destinées.

Commence, Enfant, d'entrer en ce bon heur : Reçois desja et l'hommage et l'honneur Du bien futur. Voy la ronde machine Qui sous le poids de ta grandeur s'encline : Voy comme tout ne se peut contenir De s'esgayer pour le siècle advenir.

0 si tant vivre en ce monde je peusse, Qu'avant mourir loisir de chanter j'eusse Tes nobles faits, ny Orplieus de Tlirace, Ky Apollo, qui Orpheus efface, Ne me vaincroit, non pas Clio la belle, Ny le dieu Pan, et Syringue y fust elle.

Or vy, enfant, vy, enfant bien heureux ; Donne à ta mère un doux ris amoureux : D'un petit ris commence à la congnoistre, Et fais les jours multiplier et croistre De ton ayeul, le grand berger de France, Qui en toi void renaistre son enfance.

Page 1